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CQFD N°052


TRAVAILLER PLUS TUE PLUS TÔT

LE POINT-RETRAITE A USÉ GÉGÉ

Mis à jour le :15 janvier 2008. Auteur : Fred Morisse.

Les vieux doivent se rendre utiles, puisqu’il n’y a plus de travail pour que les jeunes paient leur retraite. Absurde ? La fiction économique tourne parfois au film d’épouvante. Figurant sous-payé, papy Gégé a senti la trappe s’ouvrir sous ses pieds.

« IL EST INDISPENSABLE de préparer les salariés à travailler plus longtemps. » C’était la conclusion du scénario de l’OCDE du 23 février 2006. Cette synthèse des vingt et une études nationales publiées dans le rapport « Vieillissement et politiques de l’emploi » précisait qu’« un grand nombre de politiques, pratiques et attitudes découragent les personnes âgées de travailler. […] Elles ne sont plus adaptées à la réalité, elles doivent être révisées. Elles empêchent non seulement les travailleurs âgés de choisir quand et comment prendre leur retraite mais elles sont aussi onéreuses pour les entreprises, l’économie et la société ». Plusieurs mesures concrètes furent alors communiquées aux autorités françaises afin d’inciter, ou d’obliger, les plus de cinquante ans à repousser l’âge de la retraite, ad vitam æternam si possible, arguant que les pays qui ont tenu ce pari l’ont fait « dans un contexte de promotion de l’emploi pour tous ». Ah ! La valeur-travail…
Les petits vieux qui sabotent l’équilibre démographique en restant vaillants de plus en plus tard devront financer eux-mêmes leur retraite en bossant le plus longtemps possible, ou en reprenant un taf… pendant leur retraite. Il suffisait d’y penser ! « Travailler plus longtemps » est depuis devenu l’antienne à la mode. Et le matraquage médiatique cogne dur, asséné par les impénitents haut-parleurs de la propagande. Ça résonne d’ailleurs en écho au slogan du Medef inventé par le baron Seillière, « travailler plus et gagner plus », diligemment repris par Tom-Pouce 1er. L’OCDE prédit, le Medef médit et Sarko exécute. Et toi, papy Gégé, mon vieux poto, voilà que tu fais baisser la moyenne de l’espérance de vie masculine. Voilà que, saligaud, tu fais mentir tous ces fins rapporteurs. On ne casse pas sa pipe à soixante-sept ans ! Dans la force de l’âge ! T’as pas lu le rapport, ou quoi ? C’est l’OCDE qui le dit : on vit plus longtemps, Gégé !!! Bon, certains plus longtemps que d’autres,mais le rapport ne le précise pas.

Bah ! T’auras quand même profité d’une grosse année de retraite. De nos jours, ça risque de devenir un privilège, un luxe du temps d’avant la rupture. Pourtant, t’aurais bien voulu travailler plus, et plus longtemps. Et même, si t’avais pu, tu y serais mort, au taf. Une première fois, la doctoresse de la médecine du travail, inquiète de ton état de fatigue, avait bien tenté de te pousser sur la touche. Mais tu t’es fâché tout rouge. T’as dû lui faire peur, à la dame : t’as rempilé pour une année. C’est surtout que t’avais pas le choix. Inconséquent dilettante, t’avais pas assez cotisé pour tes vieux jours. Quelle inconscience t’habitait donc, en ta jeunesse, à vouloir profiter de la vie autrement qu’en la vouant au travail ? Vil jouisseur ! Impardonnable hédoniste ! T’avais plus qu’à t’échiner plus, et plus longtemps, jusqu’à l’éreintement. Puis, victime de plusieurs malaises dans le métro en partant bosser, le verdict du médecin fut cette fois sans appel : au repos ! Fini le labeur ! Le coeur n’y était plus, hein ? Au sens propre comme au figuré. Pourtant tu n’émettais jamais une plainte. Tu bossais le jour, le soir, et parfois la nuit. Toi qui avais été ton propre boss autrefois, tu en fus réduit à jouer l’huissier et l’agent de sécurité pour les pontes de la banque Lazard. Au royaume de la finance, dans le temple des fusions-acquisitions, tu amassais ton petit capital pour ta retraite, euro par euro, conscient qu’autour de toi on brassait millions et milliards. Mais tu sais, tu peux partir l’esprit tranquille, d’autres se chargent d’élever la moyenne de l’espérance de vie. Antoine Bernheim (83 ans, et présent à l’agape du Fouquet’s le 6 mai), Bruno Roger (75 ans), David Weil (76 ans), Hubert Heilbronn (77 ans) : tous ces patrons de Lazard, que tu voyais défiler devant ton pupitre, se portent bien, merci pour eux. Il cavalent toujours après l’argent, voyagent, et ont suffisamment de force pour manier le club de golf.
Sarkozy, alors en campagne, et fidèle aux recommandations de l’OCDE, encourageait les retraités à prendre un emploi à temps partiel – grabataires de tout le pays, relevez-vous ! Mon pauvre Gégé, t’auras même pas pu expérimenter ce programme révolutionnaire. T’es mort avant, mon Gégé. Y en a qui disent que tu fumais trop, que tu tirais de trop longues taffes. Mais c’est surtout sur la corde du taf que t’as trop tiré. La bise, mon Gégé, et bon vent.

Publié dans CQFD n°52, janvier 2008






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