Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°052
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°052


LES RISQUES DU MÉTIER

HISTOIRES DE FAUCHEURS TÊTUS

Mis à jour le :15 janvier 2008. Auteur : Christophe Goby.

Au Grenelle de l’esbroufe, Borloo a annoncé un moratoire sur les OGM. Qui prend fin au printemps, pour que les trusts puissent semer leurs chimères en toute légalité. Qu’en disent les faucheurs ?

FAUCHER INCOGNITO. En octobre 2007, lors du festival Peace and Landes, une femme officier de police judiciaire, grimée en « beatnik », assiste au debriefing des actions : « Quinze jours après, je suis convoquée à la gendarmerie », raconte Monique, porte-parole des faucheurs. Question : « Monique, c’est votre nom de guerre ? –Non, quitte à choisir j’aurais pris Géronimo ! ».

Fauchage chaud devant. Près de Grenade, dans le Tarn-et-Garonne, des faucheurs repèrent une parcelle. « Très reconnaissable : deux maïs castrés, deux maïs femelles, etc. On va vérifier. C’était situé près de la ferme. Je remplis mes poches avec les prélèvements. Le proprio fonce sur moi en 4X4… » Le test se révèlera positif. Faucheurs, son et lumière. « On fauchait tranquillement, Nord-Sud. Quand tout à coup des feux nous aveuglent ! On s’arrête. On guette. Puis, on s’aperçoit qu’il n’y a plus personne autour de nous. Silence assourdissant. Petit à petit on se regroupe, à trois, puis à quatre. » D’autres noctambules sont tapis dans un bois en attendant la fin de l’alerte.

Faucher en vrac. Une parcelle dans le centre de la France,la nuit. Certains s’égarent. « Ils doivent être au bout ! –Il n’y a plus personne ! –Qu’est-ce qu’on fait ? » Un gars inquiet part en éclaireur. Un autre continue seul à casser les épis, malgré l’humidité. « On fauche encore cinq minutes… » Un groupe repart vers le haut. « Là,des uniformes… On est pris ! » Non, c’est les copains qui redescendent. Mais on a vu pire : « Dans le Maine-et-Loire, on en a perdu un ! On l’a retrouvé au matin, épuisé. Pourtant on fonctionnait en binôme ! »

Fauchage maousse. « Treize hectares en deux heures et demie ! » En football, on parlerait de sélection nationale après cette action dans le Poitou. Il s’agit de maïs–semence de la firme Terrena, qui possède d’ailleurs une filière bio. « Dans la presse, ils ont pensé qu’on était au moins trois cents ! » Le chiffre exact reste secret. Faucheur, ce mal-aimé. Dans le bulletin de la FDSEA Haute-Garonne (FNSEA) : « Face aux faucheurs, des producteurs s’organisent… Ils opposent avec efficacité leur solidarité à la violence des activistes. » Dans cette région particulièrement intoxiquée, les « agroculteurs » sont remontés. On se souvient des menaces de mort avant Verdun-sur-Garonne (voir CQFD 47). « Le maître mot, c’est la réactivité », souligne Luc Mesbah, secrétaire du syndicat local. Une réactivité qui sent le 4x4 et le manche de pioche… Le Réseau d’Alerte Fauchage prétend pouvoir mobiliser par SMS jusqu’à trois cents anti-faucheurs. Christophe Terrain, le tout-puissant chef des « oléagineux », signe un édito dans SCOP Info, avec sa trogne rouge pivoine en médaillon : « L’enjeu, il est de promouvoir une agriculture à finalité économique, tournée vers les marchés, dotée d’entreprises productives et n’ayant pas à rougir de ses pratiques. »

Les Faucheurs sont-ils la huitième plaie d’Égypte ? « Il y a des primo-faucheurs à chaque fois ! », malgré l’avalanche de procès. Monique et Gaétan évoquent José Bové, qui n’est plus l’emblème incontournable : « C’est un mouvement de citoyens. » Ils ajoutent : « Aujourd’hui, on privilégie l’efficacité plutôt que les procès. » Et en chemin, de bonnes nouvelles : « À la gendarmerie de Marmande, un brigadier a demandé à être mis au repos. Il ne voulait plus nous gazer ! »

Publié dans CQFD n°52, janvier 2008






>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |