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CQFD N°052


MICROTROTTOIR ET OCCUPATION DE LA CNIL

INFORMATIQUE EN LIBERTÉ

Mis à jour le :15 janvier 2008. Auteur : Gilles Lucas.

« Protéger la vie privée et les libertés individuelles et publiques » tout en nous convainquant d’« accepter leur affaiblissement afin de renforcer la sécurité collective ». Voilà l’ubuesque et très officielle mission de la Commission nationale informatique et libertés (CNIL).

UNE DAME D’UN CERTAIN ÂGE : « C’est pas normal. Et puis, tous ces moyens utilisés pour contrôler les gens,je ne crois pas que c’est pour leur sécurité. C’est comme les caméras dans les rues, ça coûte cher et ça ne marche pas toujours bien. » Un jeune couple : « Ça fait peur ! Un jour, ça pourrait être utilisé contre les gens. On vit dans un monde complètement paranoïaque. Tout ça, c’est fait pour tenir les gens. On a l’impression d’être en cage alors qu’on nous dit qu’on est libre. Ça crée un sentiment de frustration. » La fille poursuit : « Il y a deux semaines, j’ai donné ma démission dans mon boulot. J’étais chargée des ressources humaines dans une boîte de formation juridique. Ils surveillaient mes recherches sur Internet. J’ai claqué la porte. » Le garçon reprend : « Quoi faire ? Remettre les compteurs à zéro ? Changer de pays ? Faire une espèce de révolution ? » Cette jeune femme, qui marche d’un pas vif : « C’est inéluctable. C’est aux gens d’être plus malins, c’est tout. Quand on achète en ligne, il y a en bas de la page une case à cocher pour dire qu’on refuse d’entrer dans un fichier. Si les gens le font pas, c’est leur problème. Quant aux mails, il faut vraiment être con pour dire des choses qui craignent, genre qu’on vend de la coke. Qu’on soit tous dans des fichiers, que des traces soient gardées par la justice, même si on a été blanchi d’une accusation ou si on est une victime, c’est normal. Les gens, ils la veulent cette société de contrôle, ils ont voté pour, non ? » Le sourire de ces deux jeunes s’efface. Ils hésitent : « Y a du bien et du moins bien… Mais bon, c’est quand même un viol de l’intimité. » Silence, regard en coin. « On a rien à dire. On le sait, tout ça. » Nouveau silence : « De toute façon, on a rien à se reprocher. » La soixantaine blanchie, ce monsieur rouspète : « Nos libertés sont de plus en plus réduites. Et puis ça peut tomber entre de mauvaises mains… Ce qui est déjà le cas en partie aujourd’hui avec ce pouvoir qui est un mélange d’autoritarisme et de marketing. Je n’ai pas envie de ce monde-là. Ce n’est pas compliqué de voir que l’argument de l’insécurité est un moyen de pression sur la population. J’ai encore un peu un sentiment de liberté, mais je sais qu’il est très fragile,avec ce qui se passe aujourd’hui où la moindre petite bêtise peut avoir de très graves conséquences… » Ces deux-là ont une vingtaine d’années, le look un peu lascar : « Ça fait peur. C’est notre vie privée. On est comme des chiens, comme des robots. On a de moins en moins un sentiment de liberté, on a plus la liberté qu’avaient nos parents. Mais c’est comme ça et ça va pas changer… »

Que n’étaient-ils pas là le 14 décembre,tous ces interlocuteurs de hasard, questionnés dans la rue à propos de la mise en fichiers des populations, la numérisation des identités et l’intrusion électronique dans la vie privée, lors de l’assaut qu’a subi la fumeuse Commission nationale informatique et libertés ! Ce jour-là, une soixantaine de personnes, venues de toute la France, envahit les locaux, appelle le personnel à se rassembler et déclare : [1] « Main dans la main avec les gouvernements et les industriels, [la CNIL] a concrètement travaillé à ce que l’inacceptable semble acceptable […] Sa mission a consisté à endormir toute critique et toute révolte, en jugeant à notre place et en notre nom de ce qui pouvait porter le nom de liberté. Loin de “protéger les libertés” comme elle le prétend, la CNIL favorise le développement du contrôle policier des populations via les nouvelles technologies dites “de l’information et de la communication” ; prolifération des fichiers policiers, vidéosurveillance, biométrie, fichage ADN, puces RFID, passeport biométrique, traçabilité des internautes, etc. […] Cet organe administratif, avec ses dix-sept membres, tous grands commis de l’État [2], ne mérite ni moyens ni compétences supplémentaires, mais sa dissolution pure et simple. »
Alors que les occupants commencent à déballer des victuailles en vue d’une installation prolongée, gendarmes mobiles et BAC surgissent, à la demande de Yann Padova, sécretaire général de la susdite CNIL. Encerclement et bousculade. L’identité des intrus est contrôlée. Sur le trottoir, les employés qui, l’instant d’avant, bavardaient avec les erroristes, observent l’intervention policière avec un certain malaise. L’un deux lâche : « C’est pas normal. Je devrais pas être là ! Je devrais être de leur côté ! » Perte de contrôle momentanée, due sans doute à quelque défaillance de ses réseaux électroniques ?

Publié dans CQFD n°52, janvier 2008.


[1] Pour consulter l’intégralité du tract : http://www.piecesetmaindoeuvre.com (« Après l’occupation de la CNIL »)

[2] Dont Philippe Lemoine, qui cumule, en toute illégalité, les fonctions de commissaire à la CNIL et de PDG de Laser et de Cofinoga. En 2005, à Caen, la société Laser avait testé le paiement automatisé par le téléphone portable. Fin 2006, elle a mis en place aux Galeries Lafayette le paiement à distance grâce à la technologie RFID. Alex Türk, président de la CNIL depuis 2004, est aussi le sénateur qui a contribué à retoquer la loi Informatique et Libertés, ôtant à la CNIL ses pouvoirs contraignants et légalisant tous les fichiers de police jusque-là hors la loi. Le 9 juillet 2007, il a rappelé que « la CNIL n’est pas contre la mise en place de réseaux de vidéosurveillance par principe »





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