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CQFD N°052



DE L’IMPOSSIBLE RETOUR À LA VIE CIVILE

Mis à jour le :15 janvier 2008. Auteur : Sara G. Mendeza.


LES RÉCENTES TRIBULATIONS autour de l’affaire des otages des FARC ne peuvent se comprendre qu’au regard de l’histoire colombienne récente et des multiples tentatives de négociation et de démobilisation des trente dernières années. Le pays est plongé dans une guerre fratricide depuis 1948 dont le point de départ est l’assassinat du très populaire candidat libéral à la présidence, Eliecer Gaitán. Ces événements sont connus sous le nom de la Violencia. S’en suit une période trouble où près de 300000 personnes trouvent la mort. Les premiers mouvements d’autodéfense paysanne apparaissent, sur lesquels le parti communiste s’appuiera pour, en 1964, créer les FARC. De leur côté, libéraux et conservateurs, pour sauvegarder leur oligarchie, arrivent à un accord en 1957, le Frente Nacional : pendant seize ans, les deux partis se partagent le pouvoir en alternance.
Proche de Moscou à l’époque de la guerre froide, les FARC-EP [1] sont d’inspiration marxiste-léniniste. Elles sont composées à 90% de paysans, elles peinent à s’implanter dans les villes. Répartis sur près de soixante fronts, on estime leurs effectifs entre 15000 à 20000 combattants, dont 40% seraient des femmes. Mais depuis les années 1980, et face à la montée en puissance des armements adverses, les FARC se financent grâce à un impôt révolutionnaire prélevé sur les producteurs de coca et aux enlèvements contre rançon. Ce qui les a rendues très impopulaires. De plus, coincée depuis près de quarante-cinq ans dans une logique de guerre, la structure militaire, oubliant qu’elle n’était qu’un moyen, devient une fin en soi, comme l’exprime le contrôle territorial parfois violent qu’elle exerce sur les populations civiles.
Pourtant, la guérilla a plusieurs fois tenté la démobilisation et la recherche d’accords de paix. En 1982, après plus de vingt ans de combats, les FARC-EP entament des pourparlers avec le président Belisario Betancur. Ils aboutissent, en 1985, à une première étape de démobilisation : l’Union Patriotique (UP) est créée. Aux guérilleros démobilisés s’associent d’autres secteurs d’une société lasse d’un système politique immobilisée par l’alternance métronomique entre libéraux et conservateurs. Dès 1986, l’UP remporte un franc succès aux élections législatives. Succès qui dérange : les années suivantes, plus de 3000 de ses militants et sympathisants sont assassinés. D’autres disparaissent et nombre d’entre eux sont contraints à l’exil. Les FARC, quant à elles, retournent à leurs fusils.
En 1989, s’ouvrent des négociations qui engagent cette fois-ci une autre guérilla, le M-19, connue pour ses actions plus spectaculaires que militaires [2]. Son leader, le charismatique Carlos Pizarro et son incontournable chapeau Panama, est abattu cette même année lors d’un meeting de campagne présidentielle… Enfin, entre 1999 et 2002, commence une nouvelle période de négociation entre les FARC et le gouvernement d’Andrés Pastrana. Une zone de la taille de la Suisse est démilitarisée pour accueillir les négociateurs. Mise sous pression par le Plan Colombie – conçu et financé par les États-Unis –, l’expérience prend fin avec l’arrivée au pouvoir d’Álvaro Uribe.
Quant aux paramilitaires, un rapport de la Commission interaméricaine des droits de l’Homme, publié en octobre 2007, émet de sérieux doutes sur les termes et la réalité de leur démobilisation. Amnesty International se pose aussi la question : ne s’agit-il pas là d’une légalisation des paramilitaires plutôt que d’un dépôt des armes ?

Publié dans CQFD n°52, janvier 2008


[1] Fuerzas Armadas Revolucionarias de Columbia-Ejército del Pueblo, « Forces Armées Révolutionnaires de Colombie-Armée du Peuple ».

[2] Le M-19 avait notamment dérobé l’épée de Simon Bolivar !





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