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CQFD N°052


MA CABANE PAS AU CANADA

PAR ICI LA MONNAIE DE SINGE

Mis à jour le :15 janvier 2008. Auteur : François Maliet.

Quand deux hurluberlus dégotent un atelier à Marseille pour concocter leurs livres d’images, ils se retrouvent à la tête d’un grand et beau fourretout où s’entremêlent livres, journaux, revues, sérigraphies, tasses de thé et bols de soupe… Et presque tout à prix libre, bien sûr !

DIMANCHE 6 JANVIER, 15 heures : les tenanciers de la médiathèquo-librairo-infokiosk baptisée Monnaie de singe émergent d’une bamboula qui s’est clôturée par un petit roupillon sur la plage. On les retrouve dans leur antre, rue Consolat, à quelques pas des locaux de CQFD. Les Têtes raides dans le poste et une tisane bien chaude dans la théière. « Et un anti-inflammatoire pour mon genou ! », gémit Guillaume, réputé pour ses articulations sensibles aux variations hygrométriques. On se fait une place sur la table encombrée de papelards, de bouquins, de boutanches et d’un petit E.T. en papier mâché confortablement installé dans une soupière en alu. Une expo de nos collègues du Dernier Cri orne le haut des murs, et des étagères pleines de bouquins s’occupent du reste. « On cherchait juste un atelier pour faire nos livres ailleurs qu’à la maison », explique Lionel. Car, de surcroît, les deux acolytes éditent leurs propres ouvrages ! Mais le local a fait l’occasion de ces joyeux larrons : spacieux, pourvu d’une mezzanine et d’une vitrine donnant sur la rue, leur loft abrite aisément, depuis le printemps dernier, un infokiosk et son lot de brochures photocopiées, une médiathèque éclectique et une librairie importante. « On propose une cinquantaine d’éditeurs, en privilégiant ceux qui ne dépendent pas de Lagardère and co… On fait quelques entorses pour certains bons bouquins, mais on a tout de même une écrasante majorité d’indépendants », poursuit Lionel. On déniche ici quelques perles, comme les Notes sur l’enfermement sensoriel, La fête est finie, et autres éditions anonymes, ainsi que les superbes livres pour minots de Passage Piétons. « Il existe plein de chouettes textes que personne ne veut diffuser car il est impossible de se faire de la maille avec ! », s’exalte Lionel.

Outre l’accueil du quidam dans leur repaire, les deux loustics se plaisent à traîner dehors, « à sortir les livres », comme dit Lionel. « On a tenu un stand lors du concert de Keny Arkana, mais… on a fini par le confier à des inconnus pour aller danser ! », rigolent-ils en choeur. « On est aussi allé jusqu’à la braderie de Lille : on s’est régalé, et c’est la seule fois qu’on s’est fait un peu de sous en vendant un petit paquet de bouquins », raconte Guillaume. Une exception car, au quotidien, leurs maîtres mots sont « troc » et « prix libre ». « Si on commence à se poser la question des thunes, j’arrête ! », lance-t-il, catégorique. De fait, ils semblent prendre un malin plaisir à se débrouiller sans : « Pour nous approvisionner, il nous arrive d’échanger nos bouquins avec d’autres éditeurs. » Et puis, il suffit de ne pas être aux pièces : « On prépare un recueil de grafs de Mrjo… On a imprimé les premières pages, mais on attend d’avoir un autre projet à imbriquer dans celui-ci pour finaliser l’ouvrage à moindre coût… » Si le principe fonctionne pour nourrir l’esprit, il doit être inventif pour alimenter le corps : en collaboration avec quelques collègues, les deux comparses se mettent occasionnellement aux fourneaux. « Le mercredi, on récupère des légumes et du pain sur le marché paysan », explique Lionel. « Avec ça, le jeudi, on fait une soupe, on s’installe dans la rue et on partage avec tous ceux qui veulent un bol. » Le tout pour pas un rond…
Guillaume aura le mot de la fin : « On continue tant que ça nous fait marrer, tant qu’on n’a pas de rythme de croisière. » Puis, à sa copine : « on, on va se coucher ? On mangera au lit… »

Publié dans CQFD n°52, janvier 2008.






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