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CQFD N°052


DOCU LULU

REMEMBER SPAIN

Mis à jour le :15 janvier 2008. Auteur : Nicolas Arraitz.


UNE DRÔLE DE BALADE entre révolution et compassion, voilà ce que nous offre le documentaire d’Isabelle Millé.On y dépeint l’œuvre d’une intello américaine, Nancy MacDonald, fondatrice du Spanish Refugee Aid, qui parrainait des républicains espagnols exilés dans le Sud-ouest de la France. Ce fonds, qui a fonctionné pendant plus de quarante ans, a été soutenu par des anonymes ou des célébrités, comme le sculpteur Alexander Calder. Il a cessé ses activités en 2006.
Dans ce film, des donateurs américains parlent de leurs motivations, de la nécessaire mémoire. Et les bénéficiaires témoignent aussi. Comme Montserrat, qui s’entête à ne pas retourner en Espagne. Elle ne veut même pas s’inscrire au consulat : « Je suis toujours une réfugiée politique. Je réclame une république chez moi, comme j’avais avant. Je ne veux pas de Franco, je ne veux pas de roi, je ne veux rien ! Je ne suis pas espagnole du tout. Je suis catalane, je suis européenne. Les Français ne me veulent pas. Alors, pourquoi m’inscrire ? Tu leur demanderas où est-ce qu’il était, le consulat, il y a soixante ans. »
L’image suivante montre la retirada, le chemin de l’exil à travers l’hiver 1939. Des documents déchirés jonchent le sol devant une officine abandonnée. Une pancarte manuscrite annonce : « No hay más consulado. » Un autre petit vieux, Eduardo, à qui une jeune femme apporte des madeleines dans un hospice de Montauban : « Ça ne m’a jamais plu, la politique. J’étais anti-politique. Et je continue de l’être. Je ne crois en personne (maladroitement traduit par « je ne crois en rien »). » Eduardo fixe la caméra, le regard vif, comme pour mettre les choses au clair : « Si vous me faites l’aumône, vous vous trompez d’adresse. »
La partie centrale du document mêle images d’archives, affiches, interviews et extraits de films. On y revoit ce que tout le monde a voulu oublier (« les Soviétiques n’en voulaient pas, les démocraties non plus, et bien évidemment les fascismes encore moins ») : la révolution sociale qui a chamboulé la vie de centaines de milliers de personnes en Catalogne, en Aragon et dans le Levante entre 1936 et 1938. Manuel : « La collectivité a prouvé que les patrons étaient inutiles pour porter l’industrie. Ils étaient utiles pour ramasser les bénéfices,ça oui ! […] C’était magnifique, une économie pratiquement sans monnaie ! » Pepita Carpeña : « Trois ans que je ne voudrais pas ne pas avoir vécus, que nous avons vécus intensément, trois ans de révolution, d’émancipation, d’enseignements… Trois ans où les gens ont eu le droit de dire merde ! » Moins lyrique, Montserrat, comme pour en finir avec sa propre amertume, s’acharne sur la fameuse transition démocratique : « Ce qu’il y a eu de mauvais en Espagne, c’est que quand Franco est mort, il n’y a pas eu de révolution. Comme cette révolution ne s’est pas faite, tout ce qu’il y a maintenant est faux ! »

Isabelle Millé, Remember Spain, Les films du Sud, 2006.

Publié dans CQFD n°52, janvier 2008.






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