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CQFD N°052


TOUT DOIT DISPAÎTRE

LIBERTÉ CONDITIONNÉE

Mis à jour le :15 janvier 2008. Auteur : Arthur.


ON CONNAÎT TOUS la formule : « La dictature, c’est ferme ta gueule, la démocratie, c’est cause toujours ! » Idem pour la liberté. Mon voisin de palier en « semi-liberté » (salut Rouillan !) va retrouver un monde « 100% libre », où tout a changé en vingt ans. Et un conseil d’ami : pas question de sortir des clous ! Les garde-fous se sont multipliés, mate un peu le tableau : Nous sommes aujourd’hui libres d’aller à Carrefour ou à Géant – au choix ! – acheter de quoi becter alors que la ménagère de moins de cinquante ans – esclave de son quartier – était naguère condamnée au seul commerçant du coin. Nous sommes libres de manger la nourriture conditionnée, « micro-ondable », qui réduit les agapes de jadis à de mornes grignotages, avalés vite fait sur le pouce entre midi et 1 heure, pour ne pas rater l’engueulade d’un chef de bureau hépatique. Nous sommes libres de commander une bagnole informatisée, dont l’ordinateur nous indique la voie la plus libre pour échapper aux racailles de banlieue rançonnant le quidam au feu rouge : « Une pièce ou on essuie ton pare-brise ! » Nous sommes libres d’aller pointer à l’ANPE ou de faire la manche à la sortie de la Fnac car les boulots se sont évanouis avec la dignité afférente qui accompagnait les ouvriers, sous la pression de ce que l’on n’appelle plus le capitalisme mais le libéralisme mondialisé. Nous sommes libres de voter Sarko ou Ségo, variantes d’une même liberté de vote où les élus décident à notre place pour garder leurs portefeuilles en plaçant leurs amis, vautours ou éléphants, sur des vols directs vers les coffres suisses. Nous sommes libres de sortir librement dans la rue à condition de n’être ni noirs, ni basanés, ni pauvres, ni agressifs, ni bourrés, sans quoi nous finissons au poste.

Nous sommes libres d’allumer un clope sous la pluie devant le bistrot –mais en évitant de jeter le mégot par terre sous peine d’amende. Nous sommes libres de prendre l’avion après avoir montré le fond de notre slip où pourrait se cacher une bombe à retardement. Nous sommes libres de divaguer sur des chemins creux qui ne conduisent qu’à des décharges publiques où les arbres décorés au plastique symbolisent la société de consumation. Nous sommes libres d’avaler ce que nous ordonnent les journaux, où les enquêtes sont remplacées par des pages de publicité déguisée à la gloire des marchands de soupe, ou d’armes,qui payent des chargés de com’encartés dans leurs pseudo-rédactions. Nous sommes libres de lire les ouvrages des soi-disant écrivains qui ressassent péniblement des histoires d’alcôves surannées dans l’espoir de dégoter le prix qui leur évitera de scribouiller une chronique sans aspérités dans un périodique compatissant. Nous sommes libres de penser dans les clous d’une vulgate formatée où le principe de précaution lamine le moindre chemin des écoliers.

En bref, nous sommes libres de choisir notre servitude. Les historiens diront peut-être un jour, si ce monde est encore en vie, comment a disparu la liberté de penser autrement, de rêver au lieu de se divertir,de préférer l’océan furieux au lac tranquille, de se cuiter au mépris du risque cholestérol, de monter avec un amour de passage sans penser à la capote. Plus tard, les archéologues martiens exhumeront les vestiges de nos civilisations, un feu rouge par-ci, une glissière d’autoroute par-là, un four à micro-ondes, un conteneur de plutonium, une main-courante de commissariat, un morceau de tour Montparnasse, une bobine d’émission TF1, et ils en concluront que nous étions encore plus cons que les dinosaures.
Tant de beautés naturelles pour bâtir un tel cloaque ! Tant de cerveaux pensants pour s’endormir devant la télé-réalité ! Tant de morales religieuses pour justifier tant de massacres ethniques ! Tant de science pour perfectionner tant de missiles ! Tant de forêts sauvages pour leur préférer tant de gazons banlieusards ! Et, au crépuscule du 7e jour, Dieu, en pissant dans le lavabo, dira devant sa glace : « C’est quoi ce merdier que j’ai créé ? Je devais être drôlement bourré ce jour-là ! » Et son clebs prendra encore une avoinée !

Publié dans CQFD n°52, janvier 2008.






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