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CQFD N°051


COMME DU BÉTAIL

DÉZINGAGE D’ÉLEVEURS BIO

Mis à jour le :15 décembre 2007. Auteur : Jean-Claude Leyraud.

Mais que fait du cadmium, ce métal lourd très toxique, dans la viande produite par les éleveurs de sept départements français ? Discrètement, services vétérinaires et experts mènent l’enquête. En attendant, circulez, il n’y a rien à voir.

« DEPUIS DEUX OU TROIS ANS, nos troupeaux étaient décimés par des maladies anormales. On s’est dit que pour des petits élevages non productivistes comme le nôtre, c’était aberrant ! »,confie Laurent Pacheteau, président d’une association d’éleveurs de Poitou-Charentes. Alertée, la Fédération nationale de l’agriculture biologique (FNAB) mène l’enquête.On découvre alors qu’en septembre 2004 Odifa,une entreprise des Côtes d’Armor, a importé 120 tonnes de sulfate de zinc d’une société chinoise, Jiang Su Overseas. 68 tonnes furent destinées à l’alimentation animale et commercialisées dans des compléments minéraux par dix entreprises [1] dans sept départements, de septembre 2004 à juillet 2005.
Un ordre de service de la direction générale de l’Alimentation (DGAL), daté du 6 février 2006 et signé par sa directrice, Sophie Villers, fait état d’« enquêtes relatives à un dépassement important en cadmium dans du sulfate de zinc importé de Chine.[…] La teneur très élevée en cadmium sur ces lots de sulfate de zinc, entre 37000 et 76 000 mg/kg [la norme est à 10 mg/kg] n’est pas un cas unique puisque c’est le 4e cas en 5 ans dans l’Union européenne de dépassement sur du sulfate de zinc de cette origine ». Explication de texte : le zinc se trouve à l’état naturel dans des minéraux polymétalliques, en compagnie de plomb, de cadmium, etc. On ne s’en débarrasse qu’au prix de processus industriels complexes et coûteux. Le sulfate de zinc,recommandé aux éleveurs par les techniciens nutritionnistes, nécessite donc une épuration et des contrôles sévères.
La note de service de la DGAL révèle un « dépassement important », c’est-à-dire une teneur de 3 700 à 7600 fois la dose maximale. Quand on sait que l’extrême toxicité du cadmium est connue depuis les années 50, que des études sont menées sur la pollution atmosphérique au cadmium en provenance des usines d’incinération des ordures ménagères, il est impensable d’utiliser du sulfate de zinc non purifié pour l’alimentation animale. Et pourtant, la DGAL affirme que « cette contamination a été repérée tardivement lors d’un plan de surveillance de la DGCCRF [2] sur les aliments minéraux contenant des pré-mélanges fabriqués à partir de ce sulfate de zinc. […] Il apparaît que le sulfate de zinc n’a pas toujours une destination affichée pour l’alimentation animale lors de son importation sur le territoire communautaire, et peut être importé comme simple produit chimique (auxiliaire technologique), puis être utilisé en tout ou partie dans l’alimentation animale ». Pas de quoi émouvoir une institution qui a « pour mission de veiller à la qualité et à la sécurité des aliments du champ à l’assiette »… Comme pour les contaminations d’ordre chimique (chlordécone aux Antilles, PCB dans le Rhône, amiante partout…) ou nucléaire, le repérage arrive tard, l’enquête s’éternise, les mesures se font désirer. Par contre, la moindre alerte microbienne provoque un branle-bas de combat : abattage massif d’animaux (même si la maladie n’est pas transmissible à l’homme), fabrication lucrative de vaccins, etc.


« Tous les grands métabolismes du corps dépendent du zinc.Le cadmium absorbé par l’animal, en prenant la place du zinc, accentue la carence en zinc, qui à son tour entraîne la baisse des défenses immunitaires. Donc plus d’infections (mammites…), de problèmes de reproduction (kystes sur les ovaires), et la chute du taux de calcium.Enfin le cadmium passe dans le lait et passe la barrière placentaire. La descendance sera même plus affectée que la mère (de plus le cadmium est cancérigène) », affirme le docteur Jean-Louis Tillier, expert européen en évaluation des risques sanitaires.
Pourtant, quand en mars 2006 les services vétérinaires de départements comme la Vendée et la Manche informent par courrier certains éleveurs, leur recommandant de détruire foies et reins des animaux contaminés, ils certifient que « le cadmium ne passe ni dans le lait ni par la barrière placentaire, aucune mesure n’est donc envisagée en ce qui concerne la production laitière et la descendance. [3] »
Fin 2006, la poignée d’éleveurs à l’origine de l’enquête porte plainte contre Symbiopôle, le distributeur dans la filière bio. Les autres 5 000 éleveurs concernés ? Ils n’ont pas été informés. Mais pas de souci, madame la directrice générale de l’alimentation agit : elle demande aux directions départementales des services vétérinaires (DDSV) « d’inviter les entreprises du secteur de l’alimentation animale […] à réaliser des autocontrôles en cadmium sur tous les lots de sulfate de zinc en provenance de Chine ». On en est là.
Pourquoi des éleveurs, même bio, achètent-ils ces compléments minéraux ? « On le faisait par habitude, les techniciens, les vétérinaires nous l’ont rabâché. En fait, après cette histoire, nous n’en donnons plus à nos bêtes, on s’est aperçu que ça ne sert à rien », explique aujourd’hui Laurent Pacheteau. Pour les éleveurs industriels, c’est différent : leurs animaux sont tous carencés.
Et le problème vient de loin : un sol rendu malade par des pratiques agricoles industrielles lègue des carences à la plante qui,absorbée par l’animal,transmet à son tour ces carences à l’homme… On vous le disait : pour l’instant, tout va bien !

Publié dans CQFD n°51, décembre 2007.


[1] CCPA, Évialys, Cofathim (Symbiopôle),Nutral (Tecna), Calcialiment, MG-Mix, Agro-01, Ana (Supranimal), BTE-Ecarm/Broviflor, Prisma.

[2] Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression de fraudes.

[3] En gras dans le courrier.





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