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CQFD N°051


MARQUAGE SOCIAL DANS LES CENTRES DE VACANCES

LE SARKOZYSME EXPLIQUÉ AUX ENFANTS

Mis à jour le :15 décembre 2007. Auteur : Olivier Cyran.


AUX SALES GOSSES devenus parents, la colonie de vacances évoque des marches interminables, des touche-pipis dans des tentes poussiéreuses déstockées par l’armée, des batailles fratricides autour du plat de frites, le lit en portefeuille et la teinture d’iode. C’était pas Byzance mais c’était pour tout le monde. Fils à papa ou gosses de prolos, on était logé à la même enseigne.
Mais l’air du temps qui fouette le pays a dissipé ces archaïsmes. On s’en est rendu compte aux dernières vacances de la Toussaint, à l’occasion de la première colo de Nico, 8 ans. Le programme était prometteur : une semaine à Ancelle, dans les Hautes- Alpes, avec « jeux en pleine nature, randonnées, acrobranches ». Comme ses darons ont la chance d’émarger au taux le plus bas de la Caisse d’allocations familiales,dame tartine du séjour,celui-ci nous revenait tous frais compris à une cinquantaine d’euros.Merci la CAF ! Les années de filouteries bureaucratiques que nous avait fait subir cette monstresse trouvaient là enfin un début de contrepartie.
On attend le deuxième jour pour prendre des nouvelles. Un numéro surtaxé donne accès à un répondeur sur lequel le directeur du centre dépose les nouvelles du jour. Elles sont excellentes : il fait beau, les enfants sont sortis, ils ont fait de l’acrobranches et même – c’était pas au programme – de l’équitation. Vive la sociale ! Puis on appelle Nico. C’est l’heure du repas et il a les boules. Pas plus de cheval ni d’acrobranches que de beurre en broche. « On n’est pas sorti de la journée ! On est resté là à dessiner, puis on a dû faire la sieste pendant deux heures. C’est nul, venez me chercher ! » Il nous passe le directeur, qui nous sèche à froid : « Attendez, votre fils il est venu avec quoi ? La CAF ou le CE ? Ah parce que c’est pas pareil. S’il est CAF, c’est normal, c’est pas les mêmes activités. » Loi n°1 : garder son calme. Loi n°2 : penser à recharger son lanceflammes. Ainsi s’explique pourquoi Nico est dans le groupe des 6-8 ans, où il s’emmerde à mourir, au lieu d’être avec les 8-10 ans, comme c’était prévu : les petits sont « CAF » alors que les grands sont de filiation plus noble, leur séjour ayant été réglé au prix fort par le comité d’entreprise de la boîte où travaille papa ou maman (en l’occurrence, les CE de Danone et de l’administration fiscale de Marseille). Pour les uns, la sieste forcée. Pour les autres, le grand air, la cavalerie et les galipettes de Tarzan.
Le lendemain, coup de fil à la Fédération des oeuvres laïques (FOL) des Bouches-du-Rhône, organisatrice du séjour. Non, explique son directeur, la FOL n’a pas rallié en masse le PSOUMP (fusion PS-UMP), c’est juste que les « CE paient pour des activités spécifiques ». On comprend que les temps sont durs, que « l’éducation populaire » défendue par la FOL doit s’adapter au triomphe des prestations individualisées, qu’il faut bien gagner des euros et « remplir les centres ». Mais pourquoi ne pas mettre le fric des CE dans le pot commun et en faire profiter tout le monde ? Impossible, se récrie le dirlo, les bons clients iraient voir ailleurs. « Certains CE insistent pour que leurs enfants ne soient pas mélangés aux enfants des quartiers populaires, mais ça, nous, on refuse. On reste très attaché à la mixité sociale. » La suite du séjoursera un peu moins déprimante. Le dernier jour, Nico aura même droit à sa séance d’acrobranches. En passant le prendre, ses parents constatent que les tentes mitées de leur enfance sont devenues des chambres style Formule 1, avec des lits aux normes européennes et des salles de bains désinfectées. Victoire de la mixité sociale ? L’hygiène et la sécurité s’appliquent même aux enfants « CAF ».

Publié dans CQFD n°51, décembre 2007.






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