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CQFD N°051


REPORTAGE AU SALON DES RFID

CES PUCES QUI CAFARDENT

Mis à jour le :15 décembre 2007. Auteur : François Maliet.

Les puces électroniques s’insinuent dans les cartes de transport en commun, dans les animaux, et même sous la peau des êtres humains. Le vivant comme l’inerte deviennent des « objets communicants » repérables en permanence. Pas grave, on n’a rien à cacher…

POUR NOËL, N’HÉSITEZ PLUS, achetez le très médiatisé lapin Nabaztag : ce joujou high-tech lira de belles histoires à votre progéniture grâce à un bouquin équipé « d’une étiquette RFID […] qui permet à votre Nabaztag, lorsqu’il le renifle, de reconnaître l’histoire, d’aller la chercher sur Internet, et de vous la lire à voix haute ». Ouf ! Finie la séance de lecture qui fait rater Les Guignols. Merci qui ? Merci les RFID, ou,en anglais,Radio Frequency IDentification. Ces mini-étiquettes –la plus petite fait 0,4 mm2 pour 60 microns d’épaisseur– sont constituées d’une puce pour enregistrer et stocker l’info plus d’une antenne pour communiquer. Concrètement ? Certaines cartes de transport en commun, comme Navigo à Paris, utilisent la technologie RFID. Selon le cabinet d’études américain ABI Research, le marché mondial de ces « code-barres » électroniques lisibles à distance devrait passer de 3,8 milliards de dollars en 2007 à 8,4 en 2012. « Dans quatre ans,les mouchards électroniques infesteront trente milliards d’objets », précisent nos camarades de PMO [1]. Inquiet de la prolifération de ces mini-balances qui s’insinueront jusque dans nos fringues, CQFD s’est invité les 21 et 22 novembre au CNIT de La Défense, à Paris, où se tenait le « Salon RFID » réservé aux professionnels. Ici,l’étiquette électronique se dit « tag » et il est préférable de « taguer » que de « pucer », c’est plus classe et moins connoté Big Brother.Un premier tour dans les allées donne l’impression que cette technologie est surtout destinée au transport et à la logistique. « On propose à nos clients des RFID pour assurer la traçabilité des palettes et contrôler ainsi au plus près la chaîne du froid », explique à CQFD un monsieur pas très frais de la société Agrostar, spécialisée dans le transport de produits surgelés.
Mais les palettes de chez Picard n’ont malheureusement pas l’exclusivité du flicage par radiofréquence : la puce supplantant le tatouage, le chatchat à sa mémère devient lui aussi un objet communicant. De même pour les canassons puisque, du baudet au pur-sang,l’identification électronique se systématise. La généralisation à tous les animaux d’élevage se met en place, et un règlement de la communauté européenne prévoit le puçage obligatoire des troupeaux ovins et caprins dès janvier 2008. Mais pour Étienne Drouard, avocat spécialisé en télécommunications rencontré au salon : « C’est retardé d’au moins un an car cela n’a pas été traduit en droit français. Il y a un problème : qui va payer toutes ces puces ? » Les éleveurs ? Le Crédit agricole ? La FNSEA ? Actuellement,ça ne se bouscule pas au cornadis mais, « traçabilité » et « sécurité alimentaire » obligent, les bougres dégoteront bien de quoi cracher au bassinet.

« C’est 1,60 euros la boucle avec la puce », nous informe-t-on sur le stand de la société Réseaumatique, qui commercialise des RFID pour animaux. Elle propose aussi des puces « de la taille d’un grain de riz, dans du verre biocompatible pour une implantation sous-cutanée ». Ces « grains » peuvent-ils être utilisés sur des êtres humains, comme ces clients branchés d’une boîte de nuit espagnole qui règlent leur conso d’un simple bip ? « C’est des conneries… », répond un bonimenteur de Réseaumatique. Jean-Pierre Bruneval, autre salarié de cette société, affirme qu’il ne voudrait pas « en avoir sous la peau ». Pourquoi ? « Oh, ça ne représente aucun danger pour la santé, mais… c’est pas mon truc. Aux États-Unis, une société propose de vous pucer en intégrant vos données médicales… Mais c’est très américain. » Ce qui signifie que, comme McDo et Internet, cela ne débarquera jamais sur le vieux continent.
Chez IBM, ils ne sont que légèrement américains puisque leurs essais ne sont pas sous-cutanés : « Nous avons expérimenté aux urgences de Nice la géolocalisation des malades à l’aide de bracelet RFID. L’objectif est d’éviter qu’un malade ne soit oublié dans un couloir. » Et d’éviter d’embaucher du personnel hospitalier. Mais attention, « il ne s’agit pas de contrôler », bégayera trois fois le représentant d’IBM.
Par contre, l’excité du stand Evolynx, qui assure être « le clin d’oeil du salon » car lui ne tague pas de vulgaires palettes,se félicite de « contrôler l’accès physique ». Il saute de joie en présentant les plus grands succès de sa boîte : fliquer les salariés de Thales, du CNES, d’Airbus ou d’EDF à l’aide de technologie RFID « sans générer de file d’attente ». Une avancée de taille pour l’humanité…
Sous la peauou dans tous les objets qui nous entourent,ces puces finiront par communiquer entre elles, créant un « Internet des objets », transformant le monde en réseau total où les infos circuleront en continu. Imaginez : le tag contenu dans le papier de ce journal a été repéré par votre téléphone portable, qui en a informé votre ordinateur. Via Internet, CQFD identifie votre PC et y affiche d’autorité le site des éditions du Chien rouge, à la page de présentation du bouquin de Sade et Rémi. Pénible, non ?

Publié dans CQFD n°51, décembre 2007.


[1] Piecesetmaindoeuvre.com, site de bricolage pour la construction d’un esprit critique et grenoblois.





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