LA PRÉFECTURE DE MARSEILLE,
qui espérait renvoyer en
Algérie le petit Walid, a dû
ravaler son arrêté de reconduite
à la frontière sous la pression
des associations de soutien. Atteint
de la maladie de la lune, la moindre
exposition aux rayons du soleil provoque
des tumeurs de la peau. Le
titre de séjour accordé à sa famille,
non sans mal, lui permettra de poursuivre
son traitement.
La préfecture de police de Paris
devrait s’inspirer de cette sage décision.
Les époux R., entrés légalement
en France en mars 2004, ont accueilli
leur premier bébé quelques mois
plus tard. L’heureux événement leur
réserve cependant une vilaine surprise :
une phénylcétonurie, maladie
héréditaire affectant le métabolisme,
est détectée chez le nouveau né.
En l’absence de soins spécifiques,
cette saloperie conduit à une arriération
mentale, aussi grave qu’irréversible,
en moins de trois mois.
Coup de bol contre coup du sort, la
maman a accouché en France. « En
Algérie, cette maladie génétique ne
peut faire l’objet d’un dépistage à la
naissance », affirme l’avocat de la
famille, Me Emmanuel Nicolino [1]
après avoir interrogé plusieurs professeurs
des hôpitaux algériens. Et le
bavard d’enfoncer le clou : « Elle ne
peut pas plus y être soignée qu’elle n’y
est diagnostiquée. » La famille R.
demande donc à rester en France
pour espérer sauver l’enfant. Dans
un premier temps, la maison poulaga
n’accorde des papelards provisoires
qu’au père et au minot. Facétie
policière. Mais madame finira par
obtenir elle aussi son autorisation
provisoire de séjour.
En avril 2006, se pointe le deuxième
enfant du couple, porteur de la
même maladie. Vient le temps du
renouvellement de l’autorisation de
séjour, alors que la mère a bien des
bambins à panser. Qu’importe, le
médecin chef de la pref’notifie que
« la présence de l’intéressée auprès de
ses enfants n’est pas indispensable ».
Eh oui, « l’intéressée », c’est bien la
maman des deux gosses atteints
d’une maladie génétique grave !
Suivant l’avis de ce jean-foutre, la
préfecture notifie une obligation de
quitter le territoire français à Mme
R. le 24 septembre dernier. Choix cornélien
pour cette femme sur qui le
sort et l’administration française
s’acharnent : soit retourner au bled
en abandonnant ses minots, soit les
embarquer et les vouer à une mort
certaine. Ou rester et s’exposer à une
peine d’emprisonnement de trois
ans et à une interdiction du territoire
de dix ans.
La génitrice du fonctionnaire qui
impose ce dilemme devait sans
doute ranger son avorton dans la
poubelle sous l’évier. Mais pourquoi
un tel acharnement ? Quid du père
qui n’est nullement ennuyé ? Décodé,
le message de la préfecture pourrait
se résumer ainsi : que Mme R. aille
pisser ses côtelettes cacochymes de
l’autre côté de la Méditerranée.
Publié dans CQFD n°54, mars 2008.