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CQFD N°054


MALADIE GÉNÉTIQUE SANS PAPIERS

VA PROCRÉER AILLEURS !

Mis à jour le :15 mars 2008. Auteur : François Maliet.




LA PRÉFECTURE DE MARSEILLE, qui espérait renvoyer en Algérie le petit Walid, a dû ravaler son arrêté de reconduite à la frontière sous la pression des associations de soutien. Atteint de la maladie de la lune, la moindre exposition aux rayons du soleil provoque des tumeurs de la peau. Le titre de séjour accordé à sa famille, non sans mal, lui permettra de poursuivre son traitement.

La préfecture de police de Paris devrait s’inspirer de cette sage décision. Les époux R., entrés légalement en France en mars 2004, ont accueilli leur premier bébé quelques mois plus tard. L’heureux événement leur réserve cependant une vilaine surprise : une phénylcétonurie, maladie héréditaire affectant le métabolisme, est détectée chez le nouveau né. En l’absence de soins spécifiques, cette saloperie conduit à une arriération mentale, aussi grave qu’irréversible, en moins de trois mois. Coup de bol contre coup du sort, la maman a accouché en France. « En Algérie, cette maladie génétique ne peut faire l’objet d’un dépistage à la naissance », affirme l’avocat de la famille, Me Emmanuel Nicolino [1] après avoir interrogé plusieurs professeurs des hôpitaux algériens. Et le bavard d’enfoncer le clou : « Elle ne peut pas plus y être soignée qu’elle n’y est diagnostiquée. » La famille R. demande donc à rester en France pour espérer sauver l’enfant. Dans un premier temps, la maison poulaga n’accorde des papelards provisoires qu’au père et au minot. Facétie policière. Mais madame finira par obtenir elle aussi son autorisation provisoire de séjour.

En avril 2006, se pointe le deuxième enfant du couple, porteur de la même maladie. Vient le temps du renouvellement de l’autorisation de séjour, alors que la mère a bien des bambins à panser. Qu’importe, le médecin chef de la pref’notifie que « la présence de l’intéressée auprès de ses enfants n’est pas indispensable ». Eh oui, « l’intéressée », c’est bien la maman des deux gosses atteints d’une maladie génétique grave ! Suivant l’avis de ce jean-foutre, la préfecture notifie une obligation de quitter le territoire français à Mme R. le 24 septembre dernier. Choix cornélien pour cette femme sur qui le sort et l’administration française s’acharnent : soit retourner au bled en abandonnant ses minots, soit les embarquer et les vouer à une mort certaine. Ou rester et s’exposer à une peine d’emprisonnement de trois ans et à une interdiction du territoire de dix ans.

La génitrice du fonctionnaire qui impose ce dilemme devait sans doute ranger son avorton dans la poubelle sous l’évier. Mais pourquoi un tel acharnement ? Quid du père qui n’est nullement ennuyé ? Décodé, le message de la préfecture pourrait se résumer ainsi : que Mme R. aille pisser ses côtelettes cacochymes de l’autre côté de la Méditerranée.

Publié dans CQFD n°54, mars 2008.


[1] Qui est aussi le bavard de CQFD. Il mêle si bien hargne et persuasion que plus personne n’ose nous traîner en justice.





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