Jurisprudence ?
Brest 2002. Un commandant de bord roule
vers l’aéroport. Une patrouille de police
arrête sa voiture. Motif : elle aurait grillé un
feu rouge. Le pilote conteste, mais, pressé,
empoche l’amende. Le lendemain, il envoie
une lettre de protestation au commissariat.
Habitant Paris, c’est dans celui de son
quartier qu’il est convoqué. Questions des
pandores : « Comment expliquez-vous que le
collègue ait vu un feu rouge ? » Réponse :
« Ou bien il a une mauvaise vue, ou bien il
était bourré. » Boum ! Outrage à agent.
Procès, re-procès, l’affaire dure six ans, pour
finalement aboutir à un non-lieu. Motif :
l’insulte n’a pas été faite en présence de
celui auquel elle s’adressait. « Dont acte »,
conclut mon voisin, qui est militaire : « Le
sous-brigadier Martin est le roi des
fumiers ! »
Scienti-flic 1
« Les jeunes des cités crachent beaucoup »,
d’après un Sherlock Holmes de banlieue. Il
est donc facile de retrouver les émeutiers en
traquant des traces ADN autour des
carcasses calcinées. Et ce n’est pas un gag.
« La police agit désormais pour les violences
urbaines comme pour les crimes les plus
graves. Recherche d’empreintes, d’ADN, vérification de la téléphonie à grande
échelle, enquêtes de voisinage, activation des
“indics”, recours aux “témoins anonymes”,
garde à vue pouvant aller jusqu’à quatre-vingt-seize heures –comme pour le
terrorisme », rapporte Le Monde du 27
février. David Skuli, directeur de la sécurité
publique de la Seine-Saint-Denis, relativise
ce triomphe de la science poulaga : « La
difficulté, c’est qu’il s’agit généralement
d’infractions collectives alors que nous
devons établir des responsabilités
individuelles. » L’ADN de la rage du peuple
n’a pas encore été répertoriée.
Scienti-flic 2
« Les experts de la police scientifique vont
bientôt pouvoir disposer d’un nouvel outil
d’investigation », s’enthousiasme Le Figaro
du 25 février. « Un géologue et un biologiste
de l’université d’Utah à Salt Lake City (États-
Unis) proposent aujourd’hui dans les
Proceedings of the National Academy of
Sciences (PNAS) une méthode qui permet de
déterminer,à partir de l’analyse des
cheveux, la ou les régions géographiques
dans lesquelles ont vécu les victimes ou les
auteurs présumés d’un crime. » Il paraît
qu’on va aussi pouvoir déterminer
par l’analyse de l’isotope d’oxygène
contenu dans leurs dents ou
dans un poil de cul la différence
fondamentale entre
un chercheur
et un flic.
Pax americana
Les bons élèves de l’axe du Bien
prennent de sales habitudes. Imitant
Israël et son mentor états-unien,
l’armée colombienne est allé trucider le
n°2 des FARC sur le sol équatorien sans
même s’essuyer les pieds avant d’entrer.
L’agression, qui a bloqué le processus de
libération des otages, est unanimement
dénoncée par les pays de la région.
Récemment publiée, une note des
services de renseignements US datant
de 1991 décrit l’actuel président
colombien, Álvaro Uribe, comme un ami
de Pablo Escobar, l’historique parrain de
la coke. Le père d’Uribe aurait été
assassiné à cause de ses liens financiers
avec le cartel de Medellín. Mais la
Colombie n’est pas un « État voyou ».
Dans l’éblouissante lumière de la Vérité
américaine, elle est l’ange
exterminateur d’un sous-continent
décidément trop turbulent.
American way of life
Tous les ans, les résidents de
Brattleboro et Marlboro, deux villes de
l’État du Vermont, nord-est des États-
Unis, sont appelés aux urnes pour
déterminer le budget des pompiers et
plus généralement la politique de la
ville. Le mardi 4 mars, ils ont approuvé
une décision municipale demandant
l’arrestation de G.W. Bush et D. Cheney
pour « crimes contre la Constitution ».
La mairie a donné ordre aux forces de
police de « les extrader afin de les
remettre aux autorités » en mesure de
les juger. Mais, magnanime, le
parlement de l’État a adopté, pour
l’instant, des résolutions non
contraignantes réclamant l’arrêt de
l’intervention américaine en Irak et la
destitution de Bush et Cheney. « Keep on
rockin’ in the free world ! »
Jésus était queer !
« Ah, si Marie avait connu
l’avortement, on aurait aujourd’hui
moins d’emmerdements ! » Mais les voies
du Seigneur étant impénétrables, ce
8 mars, on vit un militant des Brigades
Roses crier « le curé à quatre pattes ! »
aux fervents catholiques rassemblés
devant l’hôpital de la Timone, à
Marseille, pour une « prière publique de
réparation ». Copieusement conspués,
les membres de SOS Tout Petits et de
l’Association des mères chrétiennes
enchaînaient les Je vous salue Marie
avec vaillance. Subir ainsi un Credo
ordurier (« Jésus-Christ, Marie jouit ! »)
ou des professions de foi outrancières
(« Notre corps nous appartient, avortons
le patriarcat »)… Quelle abnégation ! Et
le martyre n’aurait pas été complet si
Dieu n’avait armé le bras
d’un CRS lors d’une
bousculade : Pan sur le nez…
d’un intégriste !
Amen.
Quand la taule est pleine…
« C’est l’Amérique, le pays de la libertééé !!… », braillait Tom Sawyer dans un
dessin animé des années 80. Un rapport
sur l’évolution des populations
carcérales dans le monde, publié le
28 février, nous chante un tout autre
refrain. Avec 2,3 millions de taulards
et un habitant sur cent derrière les
barreaux, les USA atomisent
la concurrence, telles les démocraties
multiséculaires de Chine (1,5 million)
ou de Russie (900 000). Et la patrie du
melting-pot accorde aux minorités une
place de choix : un hispanique sur 36
et un Afro-Américain sur 15, pour
« seulement » un Blanc sur 106,
croupissent en zonzon ! Égalité des
sexes oblige, la population carcérale
féminine progresse aussi. Ces succès
étant dus à une durée accrue de
l’incarcération des récidivistes, on peut
s’attendre à ce que la France remonte
très vite au classement.
…reste l’usine
Retombée du plan anti-glandouille
de Fadela Amara ? Une créature du
président au ministère de l’Intérieur,
nommée préfet de la région Rhône-
Alpes, a décidé d’appliquer la consigne
à la lettre avec des méthodes d’ancien
superflic. Après avoir fait recenser tous
les jeunes diplômés sans emploi vivant
dans les zones urbaines sensibles, il les
a fait convoquer un par un dans les
agences ANPE et leur a collé un
conseiller référent à chacun. Le résultat
ne s’est pas fait attendre : sur les
840 glandeurs identifiés, 750 ont été
casés dans le tertiaire, le bâtiment
ou l’hôtellerie. Seuls quelques petits
veinards, issus de formations
universitaires ou du secteur
de la culture et du spectacle,
ont échappé à la rafle
préfectorale.
Quand on vous dit
que ça peut servir
de faire des études !
Publié dans CQFD n°54, mars 2008.