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CQFD N°053


CHRONIQUE DE GUERRE

LE SYNDROME PLIOUTCH

Mis à jour le :15 février 2008. Auteur : Gilles Lucas.

La loi Dati sur la « rétention de sécurité », permettant de maintenir en détention un condamné après la fin de sa peine a indigné un grand nombre de magistrats et d’avocats. CQFD a demandé son opinion acérée à l’ancien taulard et écrivain Roger Knobelspiess.

CQFD : C’est quoi cette loi sur la rétention de sécurité ?
Roger Knobelspiess : Comme à chaque fois qu’ils veulent faire passer un truc ignoble, l’État nous sert la chanson selon laquelle il est question de s’en prendre aux pédophiles. Avec les assassins de vieilles dames, c’est toujours le même alibi. Ils nous ont déjà fait le coup avec l’ADN. Aujourd’hui on te prend ta salive pour tout et n’importe quoi. Cette loi va s’étendre à l’ensemble des détenus.C’est le but. L’ambition de Sarko et Dati c’est d’avoir 100000 détenus à la fin de leur mandat… C’est de pouvoir dire qu’ils sont les champions de la sécurité. En même temps, ça sert aussi à cacher les prochaines lois qui vont encore dépénaliser la délinquance en col blanc. Quand on sait que les 60000 détenus actuels « coûtent » 800 millions d’euros à la collectivité alors que la délinquance en col blanc, elle, « coûte » autour de 10 milliards sans être poursuivie, on voit bien à qui profitent ces folies sécuritaires.
Depuis longtemps la détention n’est plus seulement la suppression de la liberté. Elle est là pour faire souffrir. Maintenant l’Administration va devenir propriétaire de la liberté des détenus. C’est le retour de la relégation des bagnards. Il ne faut pas oublier que cette loi est directement inspirée d’une loi hitlérienne de 1934 toujours appliquée en Allemagne. C’est la route ouverte à tous les Guantanamo, à tous les arbitraires.
Mais surtout, l’idée centrale qu’il y a dans cette loi,c’est de psychiatriser la misère et la révolte. On en revient à l’URSS de l’époque Brejnev. C’est le « syndrome Léonid Plioutch », du nom de ce dissident, parmi d’autres, qui avait été interné, dans les années 70, et dont la situation avait soulevé un tollé au niveau international à l’époque.
Quand la liberté est confiée à des experts, on n’a plus affaire au droit mais à une conception où le « dissident » social est désigné comme malade mental. C’est comme pour ce gamin de 16 ans qu’on a retrouvé pendu dans l’Établissement pénitentiaire pour mineurs de Meyzieu le 5 février. Premier réflexe du directeur, occulter la maltraitance carcérale et se cacher derrière le psychiatre en affirmant que le gamin « bénéficiait d’un suivi psychiatrique… » … signifiant par là qu’il s’agit d’une mort normale. Interviewée, Dati se déclare, elle aussi, non responsable et au contraire rebondit en disant : ces EPM « nous mettent en conformité avec les règles pénitentiaires européennes »… Là, tout est dit sur l’Europe et le rétablissement de la peine de mort carcérale.

Quels vont en être les effets ?
Ça va engendrer une violence incroyable et une société complètement criminogène, où les mecs n’auront plus rien à perdre.

La loi parle aussi des remises de peines.
La loi Perben 2 de 2004 avait déjà réduit les grâces. Pour donner un effet rétroactif à cette mesure, le ministère de la Justice a dit qu’il ne s’agissait pas d’une loi, mais d’une mesure administrative,contournant de la sorte ce principe de droit sur la non-rétroactivité des peines.

Psychiatrie et « risque zéro »…
Je crois que Cioran dit quelque part que « la vie contient tous les risques, qu’elle est la totalité de tous les risques ». Ce cimetière, cette existence immobile qu’ils veulent mettre partout en place se retournera contre eux, un jour ou l’autre.

Article publié dans CQFD n° 53, février 2008.






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