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CQFD N°053



SUPER-FINK CONTRE L’ENNEMI INTÉRIEUR

Mis à jour le :15 février 2008. Auteur : Naïm Bornaz.

Naïm, alias L’1consolable, saisit le mic pour un clash sanglant avec le néo-réac Alain Finkielkraut.

Pour savoir ce que pense la culture légitime du rap, il suffit de taper « Finkielkraut » et « rap » sur Google. Le nombre d’occurrences dans lesquelles ce type s’acharne sur nous est stupéfiant. Quel que soit le sujet abordé – fût-ce la menace d’éviction des grenouilles vertes indigènes du nord de l’Espagne par des grenouilles rieuses –, Finkielkraut répond : « c’est la faute au rap ».
Mais pourquoi le rap est-il devenu, aux côtés d’un « certain type d’immigration », le bouc émissaire favori de ce grand philosophe ? Peut-être précisément parce qu’il est souvent pratiqué par ce « certain type » de population. N’est-ce pas le même individu qui déplorait dans le quotidien israélien Haaretz que « l’équipe de France est aujourd’hui black-blackblack, ce qui provoque des ricanements dans toute l’Europe » ? Notre penseur télévisuel est formel : « Il y a un problème d’un certain type d’immigration avec l’identité française ; ça s’entend dans le rap à longueur de journée [1], il s’agit de baiser la France ! » [2]. Un peu réducteur, mais quand bien même : Renaud ne chantait-il pas « votr’ République, moi j’ la tringle » [3] ? Ne pas faire partie de ce « certain type d’immigration » est-il une excuse suffisante ? De fait, lorsqu’un auteur rap utilise, par exemple, l’expression « s’faire enculer », il ne se voit pas hissé au rang de poète. Contrairement à Brassens, lequel a pourtant utilisé l’expression dix-sept fois dans une seule chanson ! La différence tient peut-être à ce que Brassens avoue en fin de troisième strophe : « J’suis désolé d’dire enculé. »
Ailleurs, Finkielkraut affirme : « Le rap, comme la culture hip-hop, venant des banlieues ou venant de la rue, est l’objet d’une révérence a priori ; on dit :“Ah, c’est bien !” » [4]. « Une révérence a priori » !… Et il en est intimement convaincu ! Il ajoute même – et là, ça devient hilarant – : « Il faut accepter l’autonomie des critères esthétiques. » Comme s’ils en avaient, de l’autonomie. Bref.


Mais Fink n’en démord pas : « Il y a un lien consubstantiel du rap avec la violence ».Et de poursuivre : « C’est une violence dans le rythme. » La sauvagerie des rythmes nègres, peut-être ? L’urgence de la scansion, en plus d’être une prouesse technique remarquable, ne peut évidemment pas aller de pair avec l’urgence du message ! Il conclut donc : « Qu’est-ce que la musique ? C’est la mélodie. Il n’y a plus de mélodie ; il y a une vocifération monotone ! » Monotone ? Comme toutes les musiques populaires auxquelles l’oreille du pédant reste sourde. Notre intello médiatique réclame alors « le droit de faire une critique esthétique et politique du rap ». Hélas, celle-ci tarde à venir, et nous n’entendons pour l’instant dans sa bouche qu’un acharnement imbécile, saturé de préjugés.

Finkielkraut voit le mal partout, et voit le rap partout où il voit le mal ! Ainsi, selon lui, sont à l’origine des émeutes de novembre 2005 « les paroles des chansons de rap », « paroles très préoccupantes, de véritables appels à la révolte,je crois qu’il y en a un qui s’appelle docteur R qui chante “je pisse sur la France je pisse sur De Gaulle”, etc. Ce sont des déclarations très violentes de haine de la France. » Hélas, « Docteur R » n’existe pas ! Il y a bien un Monsieur R, oui, qui dit que « la France est une garce » et qu’il « pisse sur Napoléon et le général De Gaulle ». Mais ces deux putschistes ne méritent-ils pas d’être un peu bousculés ? D’autant que, n’étant plus de ce monde, ils ne sentiront rien ! Quant aux grenouilles vertes indigènes du nord de l’Espagne, il y a fort à parier qu’un jour prochain, on lira dans une revue : « Finkielkraut accuse : le rap a encore décimé une espèce ! »

Article publié dans CQFD n° 53, février 2008.


[1] M.Finkielkraut a bien de la chance d’entendre du rap « à longueur de journée », car moi j’aimerais bien, et à part Skyrock – et il faut voir de quel rap il s’agit ! – , je n’entends rien, mais rien !

[2] Émission « Mots Croisés » du 21/05/07,France 2.

[3] « Où c’est qu’j’ai mis mon flingue ? », extrait de l’album « Marche à l’ombre » (1980).

[4] Interview sur Grioo.com, janvier 2007.





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