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CQFD N°053


MA CABANE PAS AU CANADA

TRAVAILLEUR SANS TOIT NI RIEN

Mis à jour le :15 février 2008. Auteur : François Maliet.

Y a des cabanes qui n’ont rien de bucolique. De celles qu’on ne choisit pas, genre boîte à chaussures en parpaings. Mais même celles-là sont dures à trouver. Gaston en sait quelque chose.

Fin juin, à peine 19 heures, et Gaston [1] est déjà au réfectoire, installé devant son assiette, les yeux rivés sur l’écran de télé où sourit un animateur de jeu à pognon. Gaston, nous l’avons rencontré au début de l’été 2006 dans le centre d’hébergement d’urgence de la Croix-Rouge d’Aix-en- Provence, dans les Bouches-du- Rhône. Ce centre, ouvert toute l’année et tenu par des salariés et bénévoles,comporte une quarantaine de places d’hébergement pour hommes et femmes. Gaston y mange et dort depuis décembre 2005. « Ici, l’ambiance est familiale nous explique le taulier. On héberge des “grands marginaux” qui ne trouveront jamais de boulot. Il y a aussi beaucoup de gens en souffrance psychique, ainsi que des demandeurs d’asile en recours auprès de l’Ofpra. Et puis on a des travailleurs pauvres, qui ne trouvent pas à se loger, même dans les logements sociaux. Pour les demandes de HLM, les SDF ne sont pas prioritaires. »
Gaston fait partie de ces derniers, ces fameux trimards fauchés qui s’usent au chagrin pour un salaire ne garantissant même pas la turne et la bectance. « Je travaille en CDI dans une boîte de télémarketing depuis novembre 2005, mais à temps partiel… À 32 heures par semaine, je gagne 900 euros par mois, mais j’ai des dettes à régler ». Les dettes, c’est tout ce qui lui reste de sa vie d’avant. « J’ai été technico- commercial dans une société pendant une vingtaine d’années, puis je me suis mis à mon compte. Ça a duré deux ans… » Et c’est parti en vrille…
Gaston ne détaillera pas ce qui l’a conduit à perdre son taf et à multiplier les ardoises. Il préfère parler des conséquences : « J’ai fait deux tentatives de suicide, puis un séjour en hôpital psychiatrique. C’est dur de se dire que, de toute façon, on ne va pas rebondir… À mon âge, je ne retrouverai plus un boulot comme je faisais. » À 56 balais, c’est effectivement difficile de tenir tête à des gamins qui sortent frais émoulus de l’école, prêts à écraser la vieille garde pour se dégoter un poste.Quand on n’est plus un jeune loup, il faut vite devenir un vieux salaud.La règle du jeu de la guerre économique est simple : tu trébuches, t’es fini. Game over.

L’inconvénient d’être travailleur pauvre, c’est que tu n’as ni la thune, ni le temps. « Les services de la mairie pour les logements sociaux ouvrent aux heures où l’on bosse », s’énerve Gaston, qui a quand même déposé une demande d’HLM auprès de Pays d’Aix Habitat en janvier 2006. En vain. « J’ai envoyé un courrier en mars 2006 au directeur général de l’OPAC, poursuit l’ancien cadre. Il a répondu un mois plus tard : “J’ai immédiatement transmis votre courrier au service concerné.” » Qui l’a immédiatement mis sur la pile.

Recroisé récemment, Gaston raconte ses derniers avatars : « Après la Croix-Rouge, je suis allé dans un autre centre, plus craignos, où un baston m’a coûté une dent. J’ai donc pris un studio de 15 m2. C’est insalubre, mais je suis enfin tranquille. Du coup, j’ai signé un deuxième contrat de travail de neuf heures, toujours dans le télémarketing, pour tenter de boucler le mois. » Et le HLM ? D’après le bureau local de l’assoc de défense des consommateurs CLCV, « ici, les délais d’attente sont de quatre à cinq ans pour se voir attribuer un logement social. »

Article publié dans CQFD n° 53, février 2008.


[1] Le prénom a été changé.





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