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CQFD N°054


MAYOTTE, CONFETTI COLONIAL

LE DROIT DU SOL PIÉTINÉ

Mis à jour le :15 mars 2008. Auteur : Sélim Mohamed.

Alors que Christian Estrosi, ministre des Colonies, veut abolir le droit du sol à Mayotte en prévision d’une guerre civile sur les îles voisines, un proviseur de lycée dénonce la chasse aux élèves sans papiers.

« ZAINABA A 18 ANS et prépare un BEP carrières sanitaires et sociales. Elle est mère célibataire d’un enfant d’un an. Arrêtée, elle clame sa volonté de retrouver son bébé resté chez la voisine. On passe outre et elle est expulsée […] vers Anjouan (île la plus proche). Elle revient quelques jours plus tard dans un kwassa-kwassa chargé de trente personnes et de sept cabris. Elle aura versé cent euros pour cela à des passeurs sans scrupules. Elle ne dira jamais comment elle a trouvé cette somme, mais raconte les larmes de terreur et les prières collectives dans cette fragile embarcation sans cesse au bord du naufrage… » Début février, un document circulant sur Internet [1] et signé par le proviseur du lycée professionnel de Kahani, à Mayotte, informe des vicissitudes policières et administratives que subissent ses élèves « sans papiers ».
« Saïd est arrivé de Grande Comore à l’âge de deux ans,des documents l’attestent. Il a 18 ans et prépare un BEP mécanique. Il est arrêté et expulsé vers Anjouan, pays qui lui est inconnu et où il n’a pas de famille. Il dort dans une mosquée où, comme toujours en pays musulman, il trouvera un adulte pour lui porter secours. Il revient clandestinement deux mois plus tard. Cette expérience, et des relations difficiles avec sa mère, le perturbent beaucoup.Il tente de se suicider en avalant une dose de raticide. Il effectuera un long séjour à l’hôpital et gardera des séquelles physiques et psychologiques de ce drame. En octobre dernier, il est à nouveau arrêté en se rendant à l’hôpital pour les soins réguliers qu’il suit en ORL. On n’en tient aucun compte et il est à nouveau expulsé. En décembre, il revient à nouveau dans un kwassa-kwassa qui est intercepté. Il parvient à prévenir le lycée dont les responsables interviennent pour faire valoir sa situation. On s’empresse de le reconduire à la case départ avant que l’intervention ne se fasse plus pressante. Il est encore à ce jour aux Comores où les contacts (dans une cabine téléphonique sur place) s’espacent progressivement. Sa voix est devenue un filet, il dit saigner de la gorge. Il vit là-bas sans ressources. »

Ces témoignages, partie visible de l’iceberg (ce proviseur est bien le seul à oser parler), sont d’autant plus accablants qu’en vertu des lois internationales la présence française est très discutable. Ce qui n’empêche pas M.Estrosi de proposer une « révision du droit du sol » spécifique à l’île, où un tiers des habitants sont des clandestins…
Les Comoriens doivent rester des étrangers à Mayotte, même s’ils y sont nés ! Il invoque pour cela la crise anjouanaise qui menace l’équilibre de l’Union des Comores indépendantes. Sans oublier que Mohamed Bacar, président de l’île d’Anjouan élu en 2002, refuse de quitter le pouvoir à l’expiration de son mandat en juin 2007, comme le prévoit la Constitution. Depuis, en dépit des entraves de la France qui le juge trop « islamophile », le président de l’Union tente, en vain, de rétablir l’ordre constitutionnel. Après une médiation franco-américaine, un débarquement de troupes sur l’île sécessionniste serait imminent, fort de deux hélicoptères ukrainiens. Cela pourrait démultiplier l’exode vers l’île française. « Souffou vient d’avoir 18 ans, il est en seconde et est admis à entrer en première. En juillet dernier, il est arrêté et expulsé. En août, juste avant la reprise des cours, il revient en kwassa-kwassa. Et c’est le drame : la barque fait naufrage au large de Mayotte. Souffou a péri en compagnie d’enfants, de femmes enceintes… Un responsable de la PAF, nouvellement arrivé, confiera, bouleversé, que cette vision insoutenable change son appréhension de l’immigration clandestine… » Décidément,l’esprit des lois et le baratin du codéveloppement comme remède à l’immigration sauvage ressemblent de plus en plus à de l’art abstrait.

Publié dans CQFD n°54, mars 2008.


[1] « Mayotte, où est donc la République ? », sur les sites de la Cimade et de RESF.





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