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CQFD N°054


RENCONTRE INTERCONTINENTALE

DES PLANÈTES AMAP

Mis à jour le :15 mars 2008. Auteur : Christophe Goby.

Partout dans le monde,de plus en plus de gens cherchent à se nourrir autrement tout en défendant une agriculture humaine. Fin janvier à Aubagne (13), Amap [1], Teikei et autres Reciproquos se sont rencontrés pour resserrer les liens entre producteurs et consommateurs.

« JE SUIS UN CITADIN et je ne connais rien à l’agriculture », se présente Joseph Richard, membre de l’Amap des Chartreux, à Marseille. Mais depuis qu’il est salarié d’Urgenci, le monde rural lui semble moins opaque. Née à Pamela, au Portugal, lors d’un précédent colloque sur les Amap, l’association Urgenci réunit pour la première fois des Amap du monde entier pour échanger sur leurs pratiques. Aujourd’hui basée à Aubagne, elle est soutenue par des financements de la ville auxquels s’ajoutent ceux de la région et de la communauté d’agglomérations.

Pour l’heure, Joseph se démultiplie : il répond en anglais aux Japonais membres d’une Teikei, indique la salle de conférence aux Américains des Community Supported Agriculture et s’étonne devant des Québécois qu’il n’y ait plus de café. Tabernacle ! Le café n’est pas équitable ! Déjà que le repas offert par la mairie d’Aubagne était industriel ! Toutefois, elle a déclassé une zone constructible en zone agricole : 20 ha, dont deux ont été alloués pour la création d’une Amap . La chose est assez rare en Provence pour être soulignée. Jocelyne Fort,maraîchère près de Nîmes, râle parce qu’on ne mange pas bio mais est ravie de ces rencontres. Elle héberge un couple de Portugais membres des Reciproquos : José Gomes, apiculteur,et une consommatrice, Idalia José, appartenant au Conselho de Odemira. Entre Douro et Tage, ces Reciproquos sont des projets soutenus par l’Europe et le ministère portugais de l’Agriculture pour revitaliser les terres abandonnées. Là-bas,on prend son cabaz hebdomadaire, l’équivalent du panier hexagonal. « Les produits sont traditionnels », affirme Idalia. Mais pas biologiques. José raconte sa région de Saõ Pedro do Sul, désertifiée, et comment les agriculteurs ont mis en place, avec le projet Criar Raizes (« Créer des racines »),une boutique,une vente aux hôtels et des paniers délivrés à Viseu, une ville de 50000 habitants toute proche.

Le facteur biologique semble inversement proportionnel à l’industrialisation du pays. Ainsi, les Teikei japonais, qui pour la plupart restent de petites structures,sont tous en bio mais sont opposés à la certification décidée par l’État. Teikei signifie « partenariat ». On s’interdit les intermédiaires et les organismes de contrôle qui coûtent cher. Les Teikeis’appuient,comme dans la tradition japonaise,sur trois grands principes : recycler, réutiliser et réduire.Ils sont nés en 1965, suite au scandale de Minamata et du mercure retrouvé dans le lait. Au Japon, un foyer sur quatre s’alimente avec ce système.

En Afrique, le démarrage des Amap est plus lent. On compte le Cameroun, le Mali et le Togo, d’où vient Pierre Kpebou, qui est devenu agriculteur après une formation de comptable.Sans travail, il est revenu à la terre près d’Amlamé. « On livre le gombo, le piment et le haricot sous un Apacam. » Dans ce pays long comme un haricot et dirigé d’une main de fer par le clan Eyadema, cent deux agriculteurs « amapiens » fournissent… cent soixante-deux familles ! « C’est que chez nous, une famille c’est au moins dix personnes », s’esclaffe Oumar Diabaté, qui est venu du Mali. Installé à Bamakoro, il est venu observer et comprendre,car ils n’ont fait encore qu’une seule distribution dans son Amap. Oumar s’étonne des SEL, Systèmes d’Échanges Locaux : « Mais les SEL, c’est ce que les Occidentaux ont supprimé en arrivant chez nous : le troc ! »
Plus au nord et plus urbanisés, nos voisins belges ont créé les Foodteams, des sortes d’équipes de food décidée à résister au marché libre. La partie se joue à trois, les paysans dans leurs bois, les consommateurs dans les cages en face, et l’arbitre c’est Foodteams lui-même. La crise de la dioxine de 1999 a donné le coup d’envoi de ces Foodteams, qui se comptent désormais par centaines.

New York fait figure de tête de pont au pays de McDonalds et de Monsanto. Les Community Supported Agriculture y organisent des relations paysans-producteurs,mais installent aussi des jardins communautaires avec l’aide de groupes comme les Green Guerillas. Les habitants du Bronx ou de Manhattan déplorent la disparition de 67% des exploitations agricoles en vingt ans. Plus de 1000 CSA ont déjà germé sur le continent nord-américain.
Un peu partout naissent des structures de ce type, de la Roumanie jusqu’en Malaisie. Jusqu’à présent, ce sont les classes les plus aisées « culturellement » qui s’y inscrivent. Mais à ceux qui y voient un mouvement de repli sur soi et sur son estomac, comme une aporie alimentaire, les Amapiens répondent par des ponts jetés entre les continents et des liens solides avec un monde rural trop souvent perdu, tel un paradis à la Milton.

Publié dans CQFD n°54, mars 2008.


[1] Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne.





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