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CQFD N°054


DES ARMES+DU NUCLÉAIRE=

PAS SI VIL, L’ATOME

Mis à jour le :15 mars 2008. Auteur : François Maliet.

Ce n’est pas un, ce n’est pas deux, c’est trois contrats d’armements que je vous offre. Et ce n’est pas fini, mesdames, messieurs : les vingt premiers qui me tendent un chèque gagnent deux centrales nucléaires EPR. C’est pas cher, c’est moins que cher !

PETITES PHRASES et gros caprices de notre président marqueront l’Histoire autant que l’oeuvre littéraire de Serge Dassault [1]. Malheureusement, les contrats militaires et nucléaires que ce bonimenteur patenté veut refourguer à la terre entière laisseront de plus sinistres traces. « Les ventes d’armes repartent dans le monde », se réjouit le quotidien économique La Tribune du 19 février, précisant qu’elles sont, youpi !, « au plus haut depuis la fin de la guerre froide ». En 2006, le volume total des livraisons d’armes s’élevait à 65 milliards d’euros, alors qu’elles ne représentaient que 55 milliards les années précédentes. Signe des temps, les dépenses militaires mondiales ont progressé de 37% en dix ans, atteignant 902 milliards d’euros en 2006,selon le dernier rapport de l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm, publié en juin dernier. Mazette, la planète a soif d’artillerie lourde ! Et une guerre sans armes françaises, c’est un peu comme un tas de fumier sans coq.

Le pépère Sarkozy se donne donc du mal pour que nos vaillants industriels puissent participer à la curée. Mais la concurrence est rude dans cette joyeuse course à la mort, et l’Hexagone aurait tendance à traîner la patte tel un gamin ayant shooté dans une bombe à sous munitions. Longtemps troisième fournisseur mondial, Paris s’est fait chourrer sa place par les Russes, qui ne se contentent plus de refiler leurs vieilles kalach’à des enfants-soldats en guenilles. Pis encore, avec 5,9% du marché en 2006, la France est en passe d’être rattrapée par Israël,qui ne manque pas d’arguments pour refourguer drones et missiles tactiques testés en situation.

Spécialité toute française, la paperasse plombe nos vaillants marchands de mort dès les moindres prémices de contrat. Cela n’encourage pas l’esprit d’entreprise. Heureusement, l’endive de la Défense, Hervé Morin, s’est lancé dans la simplification de certaines procédures administratives relatives aux transferts d’armement. Trop compliquées, elles nuisent au bon développement de ce pan prestigieux de notre économie. « Quand nous sommes arrivés, le taux de dossiers d’autorisation d’exportation ajournés pour instruction complémentaire était de 26%. Il est tombé aujourd’hui à 11% », s’enorgueillit dans Le Figaro Économie du 13 décembre ce ministre au charisme de souriceau mort-né. Ces tracasseries administratives n’ont pourtant pas empêché la France de signer avec la Chine, le 26 novembre 2007, des contrats commerciaux incluant la vente par Eurocopter de dix hélicoptères EC155 pour un montant de 80 millions d’euros. Selon EADS, le géant européen de l’aéronautique auquel appartient Eurocopter, il s’agit d’appareils « civils » mais néanmoins « polyvalents ». Un petit bond en avant et ces engins se retrouveront au Soudan, couleur sable et mitrailleuse « polyvalente » fixée aux patins.

Anticipant les « simplifications » d’Hervé Morin et afin de contrecarrer les mauvais résultats de 2006, le chef des armées s’est donc lancé à l’assaut de ce juteux marché. En 2007, l’ami Kadhafi a acquis auprès d’EADS des missiles antichars Milan et un système de communication radio.En Algérie, Eurocopter devrait placer sans mal quelques hélicos. EADS toujours, à qui les États-Unis ont passé commande pour renouveler leur flotte d’avions ravitailleurs. Au Brésil enfin, où le loufiat de Lagardère s’est rendu en février dernier, furent évoqués des sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire,véritable écoutille ouverte vers la bombe.

L’atome…Voilà le second volet de la politique extérieure de la France. Sous couvert d’accès à l’indépendance énergétique et de lutte contre l’émission de gaz à effet de serre, notre VRP de choc ventile à tout va les centrales nucléaires. C’est bien simple,pas un mois ne se passe sans qu’une proposition commerciale soit imprimée. Juillet dernier, en sus des missiles, une centrale de « désalinisation » d’eau de mer est promise au larron Kadhafi. Fin octobre, c’est au Maroc qu’un papelard radioactif est paraphé. En novembre, relâche, mais en décembre le voyage de Sarkozy chez les généraux algériens conduit à la signature d’un accord pour « une large coopération dans tous les domaines de l’atome civil ». Même limonade en janvier aux Émirats arabes unis avec, à n’en point douter, deux réacteurs nucléaires à la clé. Et fin févier, si Nicolas a embarqué Anne Lauvergeon, patronne d’Areva, en Afrique du Sud, c’est sans doute pour qu’elle y fasse du shoping avec sa légitime…
Il y a plus de trente ans de cela, la France, les États- Unis et l’Allemagne participèrent généreusement à la nucléarisation de l’Iran, aujourd’hui « État voyou » qui aurait le toupet de bricoler sa propre bombinette. Comme s’il fallait encore démontrer qu’à semer nucléaire et militaire, on finira par récolter… des champignons.

Publié dans CQFD n°54, mars 2008.

Précision publiée dans le n°55 de CQFD d’avril 2008 :
L’article publié en page sept le mois dernier recensait les divers accords et contrats de nucléaire civil signés par Nicolas Sarkozy lors de ses séjours à l’étranger. Le marché emporté à Pékin par Areva en novembre 2007 est malencontreusement passé à la trappe. La rédaction condamne l’auteur à courir un 110 mètres haies. Paix à son âme.


[1] Mais si,souvenez-vous… Mon Projet pour la France, qui ne lui avait pourtant rien demandé (éditions Valmonde, 2001).





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