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CQFD N°054



CONTRÔLE AU FACIÈS

Mis à jour le :15 mars 2008. Auteur : Eric Dourel.

Ces derniers temps, sans doute pour faire joli sur la brique rose, Arnaud-Bernard, dernier havre populaire et métissé de Toulouse, vire au bleu képi.

QUASI QUOTIDIENNEMENT depuis janvier, une quinzaine de flics nationaux et municipaux déboulent dans le quartier, entrent dans les bars et les restos, ratissent les porches et les ruelles. Contrôles d’identité, fouille à corps et tutoiement de rigueur. Les interpellations sont à chaque fois héroïques. Un riverain descend ses poubelles en babouche ? « Papiers ! » Un chef d’entreprise, d’origine nord-africaine,déjeune au milieu de visages pâles dans un restaurant marocain ? Il est contrôlé, lui et pas un autre, et fouillé mains contre le mur. Tout juste s’il n’est pas embarqué pour port illégal de fourchette !
Face à cette ambiance de Fort Alamo, les riverains fulminent.
Le 11 février,aux alentours de 14 heures,alors que le soleil inonde les terrasses de la place Arnaud- Bernard, une quinzaine de fonctionnaires quadrillent le secteur. Un individu d’origine maghrébine, donc forcément suspect,est repéré. Quatre flics l’entourent fissa. Il s’avère que c’est l’un des boulangers de la place qui a eu le malheur de traverser le périmètre pour aller faire de la monnaie. Ses clients l’attendent dans sa boutique. Déboule le deuxième boulanger du coin. Il est blanc, « de souche ». Et s’énerve. « Pourquoi vous ne me contrôlez pas, moi ? Vous faites ça au faciès ? »
Le ton monte. Un médecin du quartier intervient aussi. La tension grimpe d’un cran. Le boucher hallal sort de son repaire, les ouvriers d’un chantier à proximité se rapprochent, les collègues du médecin et certains de ses patients arrivent à la rescousse, des voisins s’en mêlent. Des discussions lapidaires s’engagent avec les flics, qui se sont regroupés. L’un d’entre eux est prêt à demander du renfort. Un OPJ en civil veut faire le ménage et calmer le docteur Justice. « Papiers ! », « Je ne les ai pas », « Alors on l’embarque. » Une fliquette lui fait aussitôt une clé de bras par derrière pour lui passer les menottes. Il crie. L’attroupement devient plus compact. Le médecin est fouillé et un pandore tombe sur sa carte professionnelle. Flottement, les bleus pâlissent et relâchent leur proie aussi sec. La foule moqueuse se disperse, laissant derrière elle les flics les bras ballants. Humiliés, ils quittent le quartier.
Toute la scène s’est déroulée devant Claude Sicre qui déjeune à quelques mètres de là. Le barde d’Arnaud-Bernard n’a pas levé un sourcil. Et encore moins dégainé son tambourin pour s’interposer entre volaille et piétaille. Que de la tchache !…
Trois jours plus tard, trois flics viendront remettre au toubib une convocation au commissariat central pour y répondre de ses actes. Mais la veille de l’entrevue, l’instructeur du dossier annule le rendez-vous. Depuis cette affaire, le bleu se fait beaucoup plus rare dans le quartier…

Publié dans CQFD n°54, mars 2008.






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