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CQFD N°011


Dégradation de biens

Etat de siège à Beaucaire

Mis à jour le :15 avril 2004. Auteur : Rémi Comment.


Mercredi 31 mars. Près des Baux-de-Provence, des policiers prennent en chasse une voiture occupée par trois jeunes. Voyant le chauffeur en fuite amorcer un demi-tour, un adjoint de sécurité jaillit sur le bitume l’arme au poing. Il tire. Toufik, 17 ans, originaire de Beaucaire, reçoit une balle en pleine tête. Transporté à Marseille, il était toujours dans le coma au 9 avril. Incapable de justifier d’une quelconque légitime défense, l’apprenti tireur d’élite a été mis en examen puis écroué. Le soir même, des jeunes se rassemblent dans le centre-ville. Un frère aîné de Toufik descend leur parler « pour essayer de les calmer ». Des voitures de police sont caillassées. Le lendemain, une centaine de jeunes affrontent les forces de l’ordre. Une voiture part en fumée, des vitrines explosent. La police arrête sept personnes « grâce » à la vidéosurveillance, omniprésente à Beaucaire. Puis verrouille l’accès à la ville afin de parer à une fantasmatique invasion de « casseurs ». On se croirait à Bagdad : cinquante CRS, cent gendarmes mobiles et des équipes de la BAC de Nîmes quadrillent le terrain. C’est sous un violent orage que les jeunes se dispersent dans la nuit. À la justice d’entrer dans la danse. Quatre personnes sont poursuivies devant le tribunal correctionnel de Nîmes pour « dégradations de biens », trois autres pour « jets de pierres ». Les peines dégringolent. Accusé d’avoir frappé un policier et proféré des menaces, le petit frère de Toufik est condamné à six mois de prison, dont cinq avec sursis, et à 1 000 euros de dommages et intérêts. Au rendu du jugement, des dizaines de jeunes venus de Beaucaire et des quartiers de Nîmes s’écrient : « Pas de justice, pas de paix ! » Il y a tout juste un an, ce même slogan avait accueilli la mort de Mourad, un jeune de la cité nîmoise de Valdegour, abattu par des gendarmes d’une balle dans la nuque. À ce jour, aucun des agents impliqués n’a été sanctionné ni même suspendu [1].

État de siège, arrestations, prison ferme : ce seront les seules couronnes offertes à la victime d’un policier en herbe qui s’estimait en droit de faire cracher son calibre au nom de la « défense des biens et des personnes ». Mais quels biens ? Quelles personnes ? Dans le délire ambiant, dans la course au rendement d’une police de plus en plus agressive, l’arrestation du tireur apparaît comme un rectificatif de circonstance, une exception destinée à absoudre la banalité de la violence en uniforme. Il est vrai qu’en matière de sécurité, Beaucaire est une ville pionnière : couvre-feu municipal, caméras à chaque coin de rue, 40 % de voix d’extrême droite aux dernières présidentielles… Certains n’ont pas oublié qu’il y a sept ans, sa police municipale était allée cueillir un élève de CM2 à l’école pour le ramener dare-dare chez lui avant le déjeuner. Motif : sa mère n’avait pas payé la cantine… « Ça paraît barbare, mais c’est pour gérer convenablement l’argent du contribuable », avait expliqué un membre du cabinet municipal (Midi Libre, 10/06/97). Preuve qu’il y a quand même un avenir pour la jeunesse locale, c’est à Beaucaire que les « programmes immobiliers de la justice » prévoient d’installer bientôt une prison de haute sécurité.

Publié dans CQFD n°11, avril 2004.


[1] Infos : Comité justice pour Mourad, 8, pl. Galilée, 30900 Nîmes.





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En colère.
| 18 mars 2008 |
Le nouveau maire de Beaucaire, Jacques Bourbousson, a été élu avec le soutien du Front National qui a appelé par courrier ses militants à voter pour lui. > Etat de siège à Beaucaire
| 25 juin 2004 |
justice pour toufik !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
 

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