Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°054
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°054


LES VIEUX DOSSIERS D’IFFIK

MONSANTO M’A TUER

Mis à jour le :15 mars 2008. Auteur : Iffik Le Guen.


« Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre un dollar de business ».Cette phrase de l’un des dirigeants de Monsanto résume à elle seule le cynisme mercantile de l’une des plus puissantes firmes multinationales d’agrochimie au monde. Tout a commencé dans les années 30, lorsque Monsanto s’est lancé dans la chimie industrielle en rachetant toutes les entreprises productrices de PCB (connu en France sous le nom de pyralène, utilisé surtout comme liquide réfrigérant pour les transformateurs électriques) dans les États du Sud états-uniens. Dès 1937, le service médical de Monsanto pond un rapport sur les risques graves du PCB pour la santé. Qu’importe, l’usine principale étant située au beau milieu du quartier pauvre et noir de la ville d’Anniston (Alabama), les autorités locales puis fédérales ne se soucient guère du sort des victimes de la contamination de l’eau, du sol, de l’air avant le début des années 70. Il faudra finalement attendre 2002 et l’intervention d’un ténor du barreau de Los Angeles (celui-là même qui avait obtenu l’incroyable acquittement d’O.J. Simpson) pour voir condamné le géant de Saint-Louis à la plus grosse indemnité de l’histoire industrielle des USA, soit 700 millions de dollars. Mais, si la production de PCB est définitivement interdite sur le sol américain en 1977, les filiales européennes continuent à fabriquer et à rejeter les résidus de ce polluant organique persistant 10 ans plus tard, notamment dans le Rhône (CQFD n°49).

L’agent (orange) n’a pas d’odeur

Parallèlement au PCB, l’activité de Monsanto se concentre sur les herbicides chargés à la dioxine. Très vite, les effets délétères de ces produits sur l’organisme des ouvriers et des agriculteurs ne peuvent plus être tus et le Pentagone est contraint de venir à la rescousse de l’empoisonneur publicn°1. Dès 1961, Kennedy autorise l’opération Ranch Hand (ouvrier agricole), un programme de défoliation de la couverture végétale au Vietnam ayant pour objectif le dégagement des routes,des voies d’eau, des frontières,avant de s’attaquer aux récoltes dans les zones rebelles. Monsanto, devançant les exigences de l’armée, prépare un petit cocktail surdosé à sa façon (30 fois la norme limite de dioxine tolérée pour l’agriculture nationale) sous le nom d’agent orange. Entre 1962 et 1971, 50 millions de litres d’agent orange et l’équivalent de 400 kilos de dioxine pure (80 grammes dans un réseau urbain d’eau potable suffisent à éliminer huit millions d’habitants) sont épandus sur plus de 3 millions d’hectares. Manque de pot,la frappe tient plutôt de l’abattoir industriel que du bloc opératoire, et des GI’s, dont les fistons de quelques grosses badernes, se comptent parmi les victimes (cancers, malformations congénitales). Pas de problèmes, l’agent n’a pas d’odeur et Monsanto ressort le carnet de chèques, en 1984, pour indemniser les vétérans à hauteur de 180 millions de dollars, juste avant le début du procès. Et pour les Vietnamiens ? Keutchi ! selon le jugement rendu par la cour d’appel de New York, le 22 février 2008, au motif que rien dans les textes du droit international n’interdit l’utilisation d’herbicides et après que l’administration Bush a pesé de tout son poids sur la procédure.

Mais rien ne semble devoir arrêter Monsanto qui commercialise, dès 1974, le Roundup® dont l’agent actif, le glyphosate, est annoncé 100 % biodégradable. Des études grassement rémunérées et réalisées par d’éminents spécialistes sur des utérus de lapins mâles (sic) sont formels à ce sujet. En revanche, le fait que ce produit soit devenu la coqueluche des candidats au suicide dans certains pays asiatiques (trois quarts de tasse sont nécessaires) n’a eu que peu d’échos. Pourtant, plusieurs actions en justice aux USA ont obligé Monsanto à revoir sa copie promotionnelle sur l’innocuité pour l’homme et l’environnement et à la remplacer par une notice de précaution de dix lignes. Heureusement, le Pentagone revient à la charge, comme à la grande époque de l’agent orange, et commande un stock de Roundup® ultra pour les besoins de son plan Colombie d’éradication de la culture de la coca (300 000 hectares « traités », des centaines de milliers d’indiens intoxiqués depuis 2000). Et, petite devinette pour achever le tableau, qui est le leader actuel dans le développement et la commercialisation des OGM ?

À lire :
Le monde selon Monsanto, Marie-Monique Robin, La Découverte/ARTE éditions, 2008

Publié dans CQFD n°54, mars 2008.






>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |