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Sommaire du N°054
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CQFD N°054



COURRIER DES LECTEURS

Mis à jour le :15 mars 2008. .


DO IT YOURSELF
Vous voulez que nous, lecteurs, sortions les doigts de not’cul pour critiquer votre canard. Ok, mais pas longtemps alors, pas que ça à faire.[…] Ce que je vous propose ce serait de faire au moins une page sur une multitude de bons plans, d’alternatives et de contacts, du style plan de récupération d’aliments, alternatives à la conso avec des liens Web et pourquoi pas des petits plans détaillés pour erroristes bricoleurs. Bref une page pour contrer la consommation qu’on nous impose pour sauver cette société ruinée qui,même si on le voulait,ne nous est pas accessible.

Max M., Névache

PASSE À TON VOISIN ZIN-ZIN
Depuis le début, je lis CQFD de la première à la dernière ligne, sans me poser de questions (je veux dire par là que je lisais tout sans sélectionner ce qui aurait pu me plaire et ce que je n’aurais pas voulu lire). Or, depuis un mois à peu près, je ne lis plus tout. Je ne lis plus les articles qui dénoncent. Cela ne me touche plus. Ce n’est pas la faute du journal. L’étincelle a été la lecture de l’Essai 1,Wittgenstein, la modernité, le progrès et le déclin, de Jacques Bouveresse, aux éditions Agone. J’ai peut-être mal compris le propos, mais j’ai eu le sentiment que « se battre » ne servait à rien. Je ne dis pas « plus à rien » car je ne me suis jamais battu, à part manifester avec Sud-Éducation, envoyer connement de l’argent à diverses ONG, je ne me suis jamais engagé dans une lutte – sauf deux mois de grève entre avril et juin 2003, où ma femme et moi avons mangé des pâtes les six mois suivants. Merci le Trésor public et l’Éducation nationale. Et le feu a été mon attente dernièrement aux urgences de l’hôpital d’Aix. Un maquereau menaçait six policiers, des policiers riaient graveleusement au passage d’une ambulancière, une mamie mordait les aides-soignantes, un clochard insultait les infirmières, une interne qui n’a pas mangé depuis douze heures et qui me fait un travail d’orfèvre et, pour couronner le tout, une grand-mère qui pleurait en demandant qu’on lui dise la vérité (« Est-ce que vous allez m’enlever mon foie ? ») et chantait de magnifiques chansons. Tout ça dans l’indifférence totale des soignants fatigués. Depuis, je ne crois plus en rien.[…] Lorsque j’ai fini CQFD, je le passe tout de suite à mon voisin Gérard, 73 ans, ex- infirmier militaire, ex-d’Algérie, qui le passe ensuite à son voisin Jean-Claude, 65 ans, ex-ouvrier qui est un vrai connard au demeurant dans la copropriété, et après, CQFD, je ne sais pas où il va, mais en tout cas il a déjà pas mal voyagé.

Franck D., Aix

SORTIR DU « FOND TRANSITOIRE »
Cher CQFD, je suis désolé de ne pas t’avoir donné de mes nouvelles à propos du renouvellement de mon abonnement. Ce n’est pas un oubli et ce n’est pas non plus la volonté de ne pas reconduire cet abonnement qui m’ont poussé au silence.Je suis intermittent du spectacle depuis 20 ans. Pour la première fois,et ce n’est pas la dernière, mes droits aux Assedic ont chaud aux fesses et le gouvernement va sans doute finir par m’éjecter définitivement du métier de comédien, comme il semble s’y acharner. Merci encore à la CFDT d’avoir signé cette modernisation de mon champ professionnel. Dire que mon vieux a cotisé toute sa vie pour ce syndicat ! Il s’en mord les doigts et ça lui pourrit sa retraite. Bien que je ne sois pas encore fini et que je parviens cette fois à me sortir du « fond transitoire » destiné à m’envoyer dans les prochaines années au RMI. Comme je n’ai droit à ce fond qu’une seule fois dans ma carrière,je ne vois pas comment j’échapperais à cette ascension sociale… vers le bas. Donc je t’envoie ce chèque d’abonnement petit budget qui, j’espère, ne te fera pas trop de peine.

Philippe G., Paris

MES GALÈRES EN PÉNICHE
Bonjour, j’ai 21 ans et en septembre 2006, je suis entré en CAP navigation fluviale, en apprentissage sur un bateau de la compagnie CROISI-EUROPE (croisières fluviales et côtières sur les grands fleuves d’Europe), sur le Rhône. Rêvant un jour d’être aux commandes d’un de ces bateaux, j’ai voulu apprendre le métier. Hélas, la désillusion a été violente…
Engagé en tant qu’apprenti, rémunéré à hauteur de 600 euros (nourri et logé), ils m’ont en effet utilisé comme main-d’oeuvre facile, ou comme bibi gratteur… J’ai par exemple dû exécuter des tâches non prévues à mon programme d’apprentissage, c’est-à-dire,dans le désordre :
1) Procéder aux « livraisons », comprenez par là passer deux heures dans plusieurs cales séparées les unes des autres, pour aller chercher des caisses de bouteilles d’eau en verre, d’un poids de près de 20 kg, qu’il fallait faire glisser sur le sol de la cale, remonter sur le pont inférieur, puis livrer au bar sans toucher aux rampes de l’escalier si on perdait l’équilibre…
2) Ranger les transats du pont supérieur,et cela même certains soirs à 23 heures, sous la pluie et le vent,sans imperméable. Et il fallait que les transats soient bien alignés, sous peine de se faire pourrir par le commandant, puis par le capitaine, puis par le reste de l’équipage.
3) Casser les bouteilles : alors ça, c’était le pire. Qui dit bateau-hôtel dit boissons alcoolisées, donc bouteilles non consignées. Croyez-vous que les responsables de cette compagnie s’embêteraient à jeter les bouteilles dans des conteneurs prévus pour ça, dans les différents ports d’escale ? Non,sur la poupe du bateau se trouve la sortie de la cuisine, les bouteilles vides arrivent dans une poubelle, et je devais les briser au sol (muni heureusement de lunettes, casque et gants de protection), pour laisser tomber les débris dans le fleuve !
De plus, j’ai risqué ma vie à cause d’une erreur de manœuvre du capitaine, un poivrot fini. Un matin (il était 1h30), nous partions de Tain l’Hermitage, direction Lyon. Rien n’a bien commencé ce matin-là. Le capitaine m’a engueulé pour être arrivé sur le pont à 1h30 passé de 45 secondes. 5 minutes, j’aurai compris, là non, ça passe pas. Puis vient le moment du largage des câbles. Simple en théorie : préparer les treuils,larguer à l’arrière, au milieu et à l’avant. Puis réenrouler les câbles d’acier. Sauf que le capitaine s’est appuyé sur la manette de commande du propulseur d’étrave (celui qui permet de faire tourner le bateau de 180° en un rien de temps). Le matelot qui avait serré le treuil la veille au soir avait forcé comme un bourrin, et ni moi ni mon collègue ne sommes arrivés à le dévisser avant que le câble soit tendu à mort,proche de la rupture. Nous aurions pu être décapités à cause d’une bande d’abrutis.
Je n’étais pas seul… Outre les quatre matelots français (dont moi), travaillaient sur ce bateau cinq hôtesses hongroises… Comprenez par « hôtesses », femmes de ménage bien plus corvéables qu’un apprenti matelot, c’est dire. Elles travaillaient jusqu’à seize heures par jour, avec une pause pour le petit déjeuner (pris en vitesse à la cuisine) et pour le déjeuner (pris en 10 mn lorsqu’elles n’avaient pas exécuté la totalité du travail demandé…).
En dépression, j’ai abandonné après un mois et demi. Depuis puis j’ai écumé les grandes surfaces et fait des mois de mise en rayon,mais aussi de la plonge… et de la livraison de burgers. En septembre, j’attaque une nouvelle formation, un CAP de conduite routière. […] Mais j’ai plus envie d’être exploité par un patronat néo-fascisant (parce que sur ce bateau de merde,j’en ai entendu des belles sur les Arabes,les homos, les Juifs, les femmes… De bons gros franchouillards comme on les aime !).
Maintenant, je sais dans quel genre d’entreprise je vais tomber. Je ne me fais plus d’illusion sur cette société, j’aspire juste à exister et à être heureux de mon métier. Salut,camarades.

Tonin, Isère

Publié dans CQFD n°54, mars 2008.






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