Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°056
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°056


TRIBUNE AU SCALPEL

COLLABO PHOTO

Mis à jour le :13 mai 2008. Auteur : Éric Hazan.


DANS LA FRANCE d’aujourd’hui, il n’est pas fréquent que de vrais scandales éclatent au grand jour. Ce n’est pas que les occasions manquent, mais plutôt que la caisse de résonance –les médias, comme on dit– est étouffée. En voici un pourtant, à propos de l’exposition « Les Parisiens sous l’occupation » à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris. Les journaux et même certains édiles se sont indignés de ce que les photos d’André Zucca aient été présentées sans qu’il soit précisé que ce photographe travaillait pour l’édition française du magazine de l’armée allemande Signal. D’où des pages entières sur la relation entre histoire et photographie, photographie et réel, et autres joyeusetés.
Ce qui permet de ne pas trop parler des photos,qui sont pourtant bien intéressantes. Ce sont des images en couleur, Zucca ayant reçu des Allemands des pellicules Agfacolor. Et ce sont de bonnes photos, ou plus précisément des clichés qui datent d’une bonne époque de la photographie. Certaines images –les semelles compensées,les pêcheurs à la ligne,les Halles– pourraient être signées Doisneau, par exemple.
Mais surtout, les responsables de l’exposition ont eu la cruauté involontaire de faire un accrochage par quartiers, ce qui montre la vérité sur la présence de l’armée allemande à Paris. Les terrasses des cafés des Champs-Élysées sont pleines, et les officiers s’y promènent aussi tranquillement que s’ils étaient sur le Kurfürstendamm. Les belles dames sont sans doute les mêmes qui, trois ou quatre ans auparavant, acclamaient le triomphe de Daladier à Munich et criaient sur les trottoirs de l’avenue « Les communistes sac au dos, les Juifs à Jérusalem ! ». À l’hippodrome de Longchamp, les pilotes de la Luftwaffe se font photographier aux côtés de beautés coiffées de chapeaux fleuris à la dernière mode. À la Madeleine, des élégantes (à la sortie de la messe ? d’un mariage ?) descendent les marches accompagnées de jeunes gens décorés, en uniforme vert-de-gris.
Dans les quartiers populaires, au contraire, on ne voit pas un seul soldat allemand sur les photos de Zucca. Ni aux Halles, ni à Ménilmontant, ni à la République, ni à Belleville,où il a pris une belle vue de foule entre le café La Vielleuse et son pendant de l’autre côté de la rue de Belleville, le Point du Jour. C’est simple : dans ces quartiers-là, les Allemands n’y allaient pas, ni en touristes, ni même en voitures et en armes – il y avait la police française pour ça. C’était le Paris de la Résistance, comme le rappellent les nombreuses plaques rappelant dans ces rues ceux qu’on a déportés, torturés, fusillés.
Là est le vrai scandale de cette exposition : elle montre la différence entre deux parties de la ville, celle de la collaboration et l’autre. Cette différence existe toujours, mais ceux qui tiennent les places des collabos d’autrefois n’aiment pas qu’on en parle.

Article publié dans CQFD n° 56, mai 2008






>Réagir<

La Poésie du Photographologue
| 3 juin 2008 |
Comme il respire, il graphe. Ses épreuves il les écrit. Ses expériences sont sa vie. L’épreuve majeure reste celle qui le surprendra. Dans le sens réel de l’absolue reconnaissance. C’est son portrait craché. Pour l’épreuve qui le déçoit c’est séchage immédiat. Archivage à l’écart. Foutue puisqu’exposée. A la lumière du Révélateur. Mais voilà le miracle de la chimie. Des hormones et de l’ennui. Et le printemps peut-être aussi. Alors on sort les ratées du placard. Pour des jeux de bon goût entre affranchis. Tant de luances et nudités exposées. Qu’importe la brutalité de l’expérience. Lorsqu’on répond à l’impétuosité de sa propre science. L’épreuve est-elle vivante encore. Se prêtera-t-elle aux manipulations réjouissantes du photographologue averti ? Attrapera-t-elle le ponpon pour un tour d’honneur devant la galerie ? Mais les bains acides répétés, Ont pour seuls résultats de noyer le sujet. Et de lui ôter les traits. Les grains et la blancheur. Reste un noir sec bon pour le grattage. Qu’importe,après tant de tentatives échouées, la douceur du cutter révèlera-t-elle du Neuf ? Enfin, à explorer ? L’épreuve ratée exprimera-t-elle Le Photographologue ? Et ce printemps qui n’en finit pas de ne jamais s’achever…. COLLABO PHOTO
z | 28 mai 2008 |
Merci pour cet article, c’est le premier parmi tous ceux que j’ai lu à ne pas cracher simplement sur l’expo et les organisateurs. Pauvres organisateurs d’ailleurs, qui avaient espéré un minimum d’esprit critique de la part des visiteurs.Loupé,les réactions de pucelles effarouchées hurlées à qui mieux mieux ont été écœurantes. COLLABO PHOTO
noir-dessein | 19 mai 2008 | http://www.noir-dessein.weboserv.org
rraa…entouré de beaufs sarkosistes, a militer jusqu’a l’essoufflement, ça fait du bien de lire un texte intelligent. T’a bien raison, les petites minettes des plateaux télé et autres foucault justifiront nos morts et la dictature, jusqu’au bout, dans la grande jouissance des puissants qui nous mènent une guerre de classe impitoyable. Et pendant qu’on milite aujourd’hui, faut pas avoir un mot plus haut que l’autre dans un tract, etre « mo-dé-ré »,bien sage dans ses propos ext…. Z’ont bien rigolé les p’tites bourges de ces temps là. Comme elles rigoleront quand ces temps reviendront. et on en est pas loin.Chus pas un assassin mais y’a des jour ou j’regrette de pas savoir tirer pour pas que mon gamin subisse le même sort.(je craque)
 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |