Irradiés sur parole
En mars, Lhomme Stéphane, porte-parole
du réseau « Sortir du nucléaire »,
était placé en garde à vue dans les
locaux de la DST, à Paris. Le 23 avril, c’est
au tour de Marcon Jean, représentant
du même réseau en Provence, de se
faire alpaguer par les bleus chez
cézigue. En route pour un séjour de dix-neuf
heures en maison poulaga. Il lui
est reproché d’avoir utilisé le sceau de la
République sur un tract dénonçant la
construction d’Iter (le Goldorak de la
fusion thermonucléaire) à Cadarache.
Marcon nie pour le sceau, mais
confirme sa vive opposition au réacteur
nucléaire à fusion. Quoi ? Marcon ! On
récidive ? Au gnouf !
Sauvageons la planète
En un an d’existence, les
Établissements pénitentiaires pour
mineurs (EPM) ont connu soixantedouze
tentatives de suicide. L’EPM de
Meyzieu (69) se distingue avec une
mutinerie, réprimée par les encagoulés
des ERIS, sept jours après son
inauguration, le 11 avril 2007. Et la mort
d’un jeune de 16 ans en février 2008.
Depuis, les juges pour enfants de
Bourg-en-Bresse préfèrent envoyer les
lascars à la maison d’arrêt d’un
département voisin. Le sixième EPM, à
Porcheville (78), a été saccagé par ses
treize détenus dans la nuit du 26 au 27
avril, deux semaines après sa mise en
service. Les langues (syndicales) se
délient sur les « dysfonctionnements »
de ces nouvelles colonies
pénitentiaires : lourdes condamnations
de mineurs au premier dérapage,
vexations disciplinaires, éducateurs
inexpérimentés et en sous-effectif, loi
du silence généralisée.
Ordine nuovo
Pour Gianfranco Fini, vice-président
du Conseil italien, le tabassage à mort
d’un jeune par deux skinheads néonazis
à Vérone lors du 1er Mai « est moins
grave » que les manifestations
antisionistes qui se sont tenues à Turin,
où les drapeaux israélien et américain
ont été brûlés. Selon le grand vizir de
Berlusconi, le premier cas relèverait de
la pure criminalité, alors que la critique
de l’État d’Israël serait « une violence de
type idéologique ». Il est vrai que pour
cet ancien leader néo-fasciste
métamorphosé en politicien
présentable le respect des insignes et
des drapeaux a toujours constitué une
impérieuse priorité.
Razzia dans la Casbah
Depuis deux mois, à Alger, Annaba et
Oran, la police opère des descentes
préventives dans les « milieux
délinquants ». 69 711 personnes ont été
interpellées, « dont 1 470 placées sous
mandat, 33 sous contrôle judiciaire et 281
ont bénéficié de la liberté provisoire ».
« Les personnes interpellées sont
poursuivies pour […] détention d’armes
prohibées (couteaux, barres de fer),
détention et usage de drogue, séjour
illégal, etc », nous apprend
Le Soir d’Algérie du 11 mai. On devine que
ces opérations ont pour but de juguler
la jeunesse dans un pays au bord de
l’explosion sociale. D’ailleurs, pas moins
de 75 000 policiers doivent être formés
d’ici 2010, pour atteindre un total de
200 000. « Ils veulent du pain ? Donnez-leur
des pains dans le gueule ! »
Berlue tuberculée
L’Helvétie est inquiète : bien que les
stocks soient supérieurs à la moyenne,
une pénurie de pommes de terre
menacerait. Dans l’ambiance actuelle
de crise alimentaire internationale, on
assiste à une ruée sur le tubercule de
Parmentier, affirme Swisspatat,
l’organisme interprofessionnel de la
branche. Et comme un malheur ne vient
jamais seul, à la venue de l’Euro 2008 de
football, dont plusieurs matchs doivent
avoir lieu dans la Confédération, il faut
ajouter, dans les prochains jours, la
tenue du congrès international
Europatat. Le pays des pendules à
coucou tremble déjà à l’idée de
manquer de chips et de pommes frites
pour fêter ça. Certains se remémorent
avec effroi la terrible époque que fut la
Seconde Guerre mondiale, quand le
chocolat vint à manquer.
Con cul rance
La loi sur la modernisation de
l’économie (LME) enfonce le clou déjà
rouillé de l’hyperconcentration. Sous
prétexte de booster le pouvoir d’achat, le
gouvernement vient de libéraliser encore
un peu plus la grande distribution. La
liberté de marché fait chuter les prix,
selon le dogme en vigueur. Mais c’est du
flan. En France, cinq centrales d’achat
(Carrefour, Leclerc, Intermarché, Casino et
Super U) se partagent le territoire en
autant de fiefs régionaux où elles sont de
fait en position de monopole. Malheur
au paysan et à l’épicier du coin sur qui
leur ombre plane… À moins de trouver
naturel d’être pris pour un con, le
consommateur lambda serait bien avisé
d’éclater de rire au nez de ceux qui
viennent lui seriner la berceuse de « la
concurrence libre et non faussée ».
Free money
« La crise financière s’apaise, mais la
crise économique s’aggrave », selon
Le Monde du 2 mai. Rien sur la crise
sociale, mais à ce petit jeu des poupées
russes à gueules d’ogresses, on imagine
qu’au cœur du monde des vivants, ça ne
va pas très fort. Les banquiers, eux, se
font soigner. Gordon Brown a
nationalisé la Northern Star mise sur la
paille par la crise des subprimes, le
temps de renflouer les actionnaires avec
l’argent public. Même opération de
l’US Fed avec la banque d’affaire
Bear Stearns (souvenez-vous ici du
Crédit Lyonnais…). Ça s’appelle
« intervenir massivement pour refinancer
les banques en difficulté ». Dites…, à
moins de trouver naturel d’être pris
pour un con, le bon peuple a-t-il encore
une seule bonne raison de communier
avec la liturgie des économistes ?
Bruit de prétoire
Ils sont deux lampistes à passer en
appel devant la justice militaire du
Congo Kinshasa pour le meurtre du
journaliste congolais Serge Maheshe, le
13 juin 2007, alors que des indices laissent
à penser que les coupables –des
soldats ?– courent toujours. Il n’y a pas
d’expertise balistique, les accusés sont au
bord de la famine et « Tu es un cadavre
sur pattes » est le genre de SMS que
Sophie Roudil, présente au procès en tant
qu’observatrice internationale, reçoit sur
son portable. Dans « justice militaire »,il
y a « justice », mais bon, visiblement ça
compte un peu pour du beurre.
Article publié dans CQFD n° 56, mai 2008