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CQFD N°055


ARCHIPEL DES COMORES

LA FRANCE EN EAUX TROUBLES

Mis à jour le :15 mai 2008. Auteur : Rémi Carayol.

À quoi joue Paris aux Comores ? L’exfiltration du colonel Bacar, dictateur anjouanais, vers Mayotte puis la Réunion, a provoqué des mouvements anti-français dans tout l’archipel. Rémi Carayol, du journal comorien indépendant Kashkazi, décrypte la situation pour CQFD.

ANJOUAN, l’opération « Démocratie aux Comores », visant à détrôner le séparatiste Bacar, a été un succès. Après deux jours, l’île était contrôlée par l’armée nationale des Comores et des troupes soudanaises et sénégalaises mandatées par l’Union africaine. Mais la situation reste précaire. Les règlements de compte qu’on craignait ont eu lieu. « Si ce sont les civils qui retrouvent les ministres ou les officiers, ils les passent à tabac et les humilient.Si c’est les soldats de l’AND aussi, car ils ont vraiment la haine contre ceux des FGA [Forces de la gendarmerie anjouanaise, ndlr] », affirme Fatima, de la Fédération comorienne des droits de l’homme. Le ministre de l’Intérieur de Bacar, Djaanfar Salim –surnommé Sarkozy et détesté par la population– a ainsi dû balayer le tarmac de l’aéroport de Ouani. « On l’a fait danser aussi ! » Au port de Mutsamudu et à Ouani, les pro-Bacar sont soit enfermés dans des conteneurs,soit laissés pieds nus sur le quai, au soleil. On est quand même loin des actes de torture décrits par certains médias régionaux, soutiens de Bacar.
La tension reste cependant palpable, à Anjouan comme dans le reste de l’archipel. La fuite de Bacar n’a fait qu’envenimer les relations entre Blancs et Comoriens. Selon la préfecture de Mayotte, le colonel est arrivé à Mayotte avec vingtdeux hommes de main,à bord d’une embarcation de fortune, et sans l’accord des autorités françaises. « Il a profité d’une faille du dispositif de lutte contre l’immigration clandestine », se justifiait le préfet Bouvier dès le lendemain, alléguant l’absence de radar dans cette zone du lagon. Le 27 mars, le colonel et ses hommes étaient envoyés à la Réunion afin, dixit les autorités, « d’apaiser la situation ». Si cette exfiltration a pu laisser croire à un énième coup fourré de la France, l’incarcération du dictateur déchu à Saint-Denis, « sur ordre exprès de l’Élysée », « afin que la demande d’extradition formulée par les Comores soit étudiée », tendrait à prouver que la France officielle n’est peut-être pas impliquée…
Mais de nombreuses zones d’ombre laissent penser que, comme souvent aux Comores, des réseaux d’influence nostalgiques de la coloniale, à Mayotte comme à la Réunion, ont agi en sous-main. Pourquoi l’embarcation –certains parlent d’une vedette rapide et non d’une barque de pêche– qui a permis à Bacar d’arriver à Mayotte est-elle introuvable ? Pourquoi la préfecture a-t-elle d’abord cherché à loger les vingt-trois fugitifs dans des gîtes avant d’annoncer leur arrestation ? Autre interrogation : depuis l’arrivée de Bacar, les autorités ont annoncé avoir intercepté une dizaine d’embarcations chargées de « clandestins ». Une efficacité bien tardive… « Pourquoi n’ont-ils pas été capables d’attraper la barque de Bacar ? », s’interroge Michel, militant des droits de l’homme. De plus, les cartons de munitions estampillés « Ambassade de France – Moroni » trouvés dans la résidence de Bacar à Anjouan font resurgir le souvenir des barbouzeries françaises dans l’archipel –des coups d’État de Bob Denard de 1978 et 1995 au soutien du séparatisme anjouanais en 1997. Ceci explique la réaction violente des Comoriens.
À Moroni, des manifestants ont crié leur colère devant l’ambassade. À Mayotte, des dizaines de jeunes, pour la plupart sans papiers, s’en sont pris aux Blancs. À Mamoudzou, plusieurs d’entre eux ont été frappés.D’autres ont été brièvement pris en otage –leurs ravisseurs voulant les échanger contre Bacar. Si l’on n’a compté que dix-huit blessés ce jour-là, on n’est pas passés loin du drame. Et en réaction, dans certains villages, des Mahorais ont menacé les sans-papiers. Des cases ont été détruites ou caillassées. À Moroni et Mutsamudu, la libération de Bacar par la Justice réunionnaise se retournerait contre la communauté française et l’ambassadeur, honni depuis des déclarations guère diplomatiques faites en 2007. À Mayotte, les autorités ont demandé le renfort de quatre-vingts gendarmes mobiles, venus de Toulouse. Ici, l’affaire Bacar n’a pas fini de faire parler d’elle…

Article publié dans CQFD n° 55, avril 2008.






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LA FRANCE EN EAUX TROUBLES
| 18 mai 2008 |

Excellente synthèse.

Que fait d’ailleurs la France à Mayotte ? Certes, la plupart des Mahorais la réclament - par défaut. Mais est-ce une raison suffisante ?

L’épine dans le pied de la République n’a pas fini de s’infecter ! Et on se garde bien d’en informer les citoyens français.

 

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