Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°055
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°055


CHRONIQUE DE GUERRE

L’HÔPITAL SE MOQUE DE LA CHARITÉ

Mis à jour le :15 avril 2008. Auteur : Marco Pilori.


« Globalement, tout ce qui est essentiel est fait. » Pierre Lamotte [1] tente de rassurer ses collègues sur le « niveau des soins » appliqués aux prisonniers. Ce chef du service médico-psychologique régional de la maison d’arrêt de Lyon sait de quoi il parle, lui qui dispense à tout-va des cocktails de calmants aux détenus. Contenir les symptômes et les crises, gérer l’enfermement et ses conséquences désastreuses sur la santé mentale, voilà bien « l’essentiel » dont nous parle notre carabin. Dénoncer le fait que seuls 1% des prévenus soient reconnus irresponsables des faits qu’ils ont commis en 2005, contre 17% il y a 20 ans [2], et que la place de beaucoup n’est donc pas en prison, ce n’est pas de son ressort. Le bougre se félicite même de la création de nouvelles structures afin d’accueillir les détenus psychotiques les plus dangereux « avec ou sans leur consentement », dont les sept cent neuf lits –disponibles d’ici 2010– des hôpitaux-prisons construits au coeur même des établissements de santé.

« Améliorer les soins »

Mais maintenir en détention des fous ne suffit pas, il faut aussi parvenir à garder les patients « somatiques », entrés malades ou dont la santé s’est dégradée dans l’enfer pénitentiaire. Les centres médicaux dans les prisons ne peuvent faire face aux maladies chroniques ou à certaines urgences. Et les hôpitaux publics, qui comptent parfois une à deux « chambres sécurisées », ne peuvent répondre à tous les besoins. Dès lors, au nom de l’« amélioration des soins », la loi de programmation judiciaire de 2002 a prévu la construction de huit unités hospitalières sécurisées interrégionales (UHSI) partout en France avec, en tout et pour tout, cent quatre-vingt-deux lits. L’une d’elles se construit au beau milieu de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Pour livrer le bâtiment au troisième trimestre 2008, les sous-traitants font travailler à marche forcée… quelques sans-papiers – qui pourraient bien s’y retrouver internés un jour ou l’autre. Peu d’employés de l’hôpital savent que les soins ne pourront être administrés qu’« après information de l’autorité pénitentiaire qui seule est habilitée à ouvrir les chambres » [3] et qu’il suffira, au final, de traverser une allée pour entrer en prison. Une fois mis au courant,les personnels et les étudiants rencontrés hésitent entre la peur de s’y voir affectés, l’opportunité d’y trouver un emploi et la satisfaction de voir que les détenus pourront y recevoir les mêmes soins que des patients lambda. La lettre de l’URHSE précise à ce sujet que « les droits des patients détenus sont identiques à ceux de tous les patients ». Un coup d’oeil sur la « charte du droit des patients » [4] suffit pourtant à en douter. Comment assurer « une vie digne » aux patients-détenus ? Comment préserver leur « intimité » et leur « tranquilité », facteurs déterminants pour assurer un bon rétablissement ? En fait, de tels lieux sont un prétexte de plus pour repousser les demandes de suspension de peine pour raisons médicales. C’est l’eugéniste de l’Élysée qui va être content ?

Article publié dans CQFD n° 55, avril 2008.


[1] Lettre de l’Union des régions hospitalières du Sud-Est (URHSE) de décembre 2007.

[2] Voir à ce sujet le dossier sur les hôpitaux-prisons de L’Envolée, octobre 2007.

[3] Lettre de l’URHSE, décembre 2007.

[4] Voir le site de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris, www.aphp.fr.





>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |