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CQFD N°055


PRÉCARITÉ PILE ET FACE

RMI, C’EST FINI

Mis à jour le :15 avril 2008. Auteur : Guy David.


SES ACTIVITÉS sociale, politique et familiale ne lui laissant que peu de temps pour aller au chagrin, voilà dix ans que Guy David pointe au RMI à Toulouse. Mais depuis peu, il doit rencontrer tous les mois un monsieur très gentil qui ne lui veut que du taf. Pour mieux comprendre la psychologie de l’animal, Guy a cuisiné une amie, conseillère en insertion elle aussi,à propos de ce dur labeur, réalisé « dans un contexte de précarité prégnant puisque l’accès à l’emploi ne garantit plus une autonomie économique et sociale », comme le reconnaît le conseil général de Haute-Garonne.

Tu travailles dans une association d’insertion. Quelle est ta mission ?
Le conseil général confie à l’association le suivi de personnes bénéficiaires ou en demande de RMI. Nous les convoquons pour entamer ou poursuivre leurs démarches d’insertions professionnelles. Il peut arriver que certaines personnes aient demandé un suivi « social » ou « santé » et ils ne s’attendent pas à être convoqués pour entamer des démarches professionnelles. On a de plus en plus de gens qui n’ont jamais eu de suivi avec des démarches d’insertion professionnelle obligatoires et que l’on « rattrape ». On les appelle les « anciens ». Ces personnes sont au RMI depuis trois, sept, dix ans… Ce qui est nouveau, c’est qu’on nous demande de les suivre de façon un peu plus rapprochée. Au début, on nous demande de les voir une fois par semaine, puis une fois toutes les deux semaines, avec des objectifs bien précis.

Le gouvernement a annoncé 7% de RMistes en moins. Penses-tu que ce sont de vrais retours à l’emploi ?
Je ne pense pas qu’il y ait moins de RMistes. J’ai vu des gens qui sont en suspension de RMI pour trois mois : une punition suite à de fausses déclarations CAF, ou autre. On nous demande d’avoir des suivis avec des RMistes complètement désocialisés, qui n’arrivent pas à adhérer au système, trop compliqué pour eux. On veut que tout le monde s’insère professionnellement, mais pour certains ce n’est pas possible ! Ils sont dans des situations qui ne leur permettent pas de se lancer dans une recherche d’emploi. On leur refuse un suivi social, alors ils ne répondent plus aux convocations, on leur sucre le RMI et… ils se retrouvent sans rien. C’est la tendance du moment. Avec quelqu’un qui est éloigné de l’emploi depuis longtemps, on peut avoir un accompagnement dans une dynamique sociale, pour un accès aux soins. Mais pour ce qui est de l’accès à l’emploi…

Toi-même confrontée à la précarité, comment juges-tu ce dispositif d’insertion professionnelle ?
Je travaille à temps partiel, je gagne moins de mille euros par mois. Il est important de ne pas laisser les gens dans la précarité, parce qu’avec le RMI on n’a pas de moyens, et sans moyens, pas de projet… Mais je suis travailleuse précaire, au-dessus du seuil de pauvreté, certes, mais pas de beaucoup ! Et on me demande de sortir les gens de la précarité ! Si je disais la vérité aux gens dont je m’occupe,ce serait catastrophique. Je leur donne de l’espoir, les redynamise en leurs disant qu’ils vont s’en sortir, alors que moi-même je ne m’en sors pas ! C’est parfois un peu schizophrénique. Je fais partie des gens qui pourraient se retrouver sans logement du jour au lendemain et je m’occupe d’insertion professionnelle au nom de la collectivité. Quand j’ai commencé à bosser, je travaillais à temps très partiel, je ne pouvais pas assurer mon loyer. Je suis allée voir une assistante sociale de la CAF. Elle m’a dit que je faisais partie des paradoxes de notre système !

Article publié dans CQFD n° 55, avril 2008.






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