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CQFD N°055


LES VIEUX DOSSIERS D’ANATOLE

GANT NOIR, GANT BLANC

Mis à jour le :15 avril 2008. Auteur : Anatole Istria.


DIFFICILE D’ÉCHAPPER en ce moment au marketing mémoriel sur 68 et aux polémiques de tartuffes à propos des J.O.de Pékin… Une commémoration reste pourtant dans les oubliettes : le souvenir des Jeux de Mexico de 1968.
Tout le monde a bien en tête la photo de ces deux sprinters noirs, John Carlos et Tommie Smith, chacun brandissant un poing ganté de noir durant l’hymne national américain. Du reste, on oublie généralement le troisième médaillé du podium, l’Australien blanc Peter Norman, qui arborait un badge avec un slogan en faveur des droits civiques. Un beau symbole et une histoire exemplaire assurément,mais qui masque le drame qui a précédé l’ouverture des Jeux de Mexico.
Dix jours avant le début des Jeux Olympiques d’été,durant la nuit du 2 octobre 1968, sur la place des Trois-Cultures de Mexico, 200 à 500 étudiants sont massacrés par les forces de l’ordre lors d’une manifestation. Cette triste soirée consacre l’hypocrisie de la Pax olympica.
L’air du mai 68 français a probablement inspiré l’agitation étudiante qui secoue Mexico depuis juillet 1968. Les mêmes slogans libertaires s’affichent sur les murs et les banderoles. Mais aussi le même sectarisme de groupuscules en rivalité permanente les uns avec les autres et les mêmes dogmatismes, selon l’écrivain Paco Ignacio Taibo II [1]. Lequel convient toutefois que l’essentiel de ces cent vingt-trois jours de grève générale contre le gouvernement de Díaz Ordaz réside finalement dans la pratique auto-organisée du mouvement :
« Les délégués n’étaient pas permanents, l’assemblée pouvait les révoquer s’ils n’étaient pas d’accord avec les positions de la majorité. La direction du mouvement revenait donc à une grande assemblée qui ne pouvait être détruite ni par cooptation ni par la répression, puisqu’elle renouvelait ses membres aussitôt. […] À la base, le mouvement était organisé en brigades et en commissions qui étaient dissoutes quand prenait fin leur mission. Les brigades étaient des groupes affinitaires généralement réduits, de sept ou huit compañeros, mais parfois énormes, de vingt ou trente personnes, qui agissaient à leur guise, surtout dans le domaine de la propagande. » (Paco Ignacio Taibo II, « 1968 au Mexique : Presque quarante ans, mais on n’oublie pas », La Jornada, 02/10/2007).

Un gant blanc à la main gauche

Pour le pouvoir mexicain, l’approche des Jeux impose la nécessité de frapper fort. Le spectacle olympique ne peut tolérer une telle effervescence contestataire. En coulisses, la police organise secrètement le Bataillon Olimpia. Ces flics provocateurs, portant un gant blanc à la main gauche afin de se reconnaître dans la foule, tirent sur les soldats qui encadrent le meeting du 2 octobre,donnant au régime le prétexte d’en finir avec le mouvement étudiant. L’armée et les forces de l’ordre réagissent avec une extrême brutalité, pourchassant les étudiants jusque dans les immeubles voisins. Au lendemain, les sources gouvernementales indiquent « 4 morts, 20 blessés ». Le nombre exact d’arrestations est tenu secret, il est impossible alors de compter les disparus. Des cadavres sont largués dans le golfe du Mexique du haut d’hélicoptères, selon la méthode initiée par l’armée française en Algérie. Le Comité international olympique et l’opinion internationale font l’autruche. Durant trois décennies,une chape de plomb va couvrir ce drame. Un homme était au coeur du dispositif répressif : Luis Echeverría Álvarez, ministre de l’Intérieur.Élu président de 1970 à 1976, il initiera la « guerre sale », durant laquelle des centaines d’opposants et de paysans sont torturés et disparaissent. Le brave homme, proche de Castro et d’Allende, aurait aussi été un agent de la CIA… Le souvenir refoulé du massacre de Tlatelolco ressurgit après la décrépitude finale du Parti institutionnel révolutionnaire (parti d’État affilié à l’Internationale socialiste au même titre que le PS), en 2000, mais bien des zones restent encore obscures. Le 30 juin 2006, un juge fédéral ordonne l’arrestation d’Echeverría pour les massacres de 1968 et 1971, mais le 20 mars 2007, il est finalement relaxé et les faits sont prescrits. Cet assassin de 88 ans court toujours.

Article publié dans CQFD n° 55, avril 2008.


[1] À lire 68, de Paco Ignacio Taïbo II, éditions L’Échappée, 2008.





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