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CQFD N°055


ÉLECTIONS MUNICIPALES RURALES

UN BOUFFON DANS LES CHOUX

Mis à jour le :15 avril 2008. Auteur : Gilles Lucas.

« Faire des villes à la campagne ! » Vieux de plus d’un siècle, le slogan est devenu sinistre réalité. Dépossédées de la majorité de leurs pouvoirs, les petites municipalités voient leurs prérogatives transférées, au nom de « la solidarité territoriale  », vers les Communautés de communes. Mais quand des requins se proposent de gérer l’entreprise-village, certains résistent encore passivement à « l’urbanisme ».

DOMMAGE que Monsieur le Maire de ce petit village du Languedoc n’ait pas décidé de faire une affiche électorale pour les municipales de 2008. Le slogan qui aurait synthétisé au mieux et son bilan et son projet aurait pu tenir dans cette expression : « Je n’ai servi à rien, je ne servirai à rien. ». Promesse tenue et vérifiée. Car Monsieur le Maire, élu et réélu régulièrement depuis maintenant cinq mandats, rassemble contre lui de nombreuses récriminations. Ça maugrée, ça se plaint, ça murmure. « Il ne fait rien ! », entend-on ici, où des conteneurs à poubelle s’accumulent à quelques mètres des fenêtres d’une habitante, et là,lorsque la distribution des coupes de bois doit attendre plusieurs mois. Il est vrai que le village ne ressemble pas à un catalogue de mobilier urbain et qu’un seul et inutile trottoir a été installé. N’a-t-on pas vu Monsieur le Maire expédier, il y a quelques années, avec cette inertie du taiseux, un fringant représentant de SFR à la recherche d’un site élevé pour y installer un émetteur-relais ?
Seule une personne, et une seule, a osé porter son courroux sur la place publique. Quelques mois avant les élections, ce conseiller municipal a démissionné après avoir dénoncé publiquement l’immobilisme de l’équipe communale et les avantages que tireraient des conseillers municipaux du Plan local d’urbanisme (ex-Plan d’occupation des sols). Et la rumeur s’est nourrie de « pourquoi ? » et de « qui ? » au point que la semaine précédant le scrutin, une réunion publique a rassemblé plus de la moitié des habitants du village. D’autant que – surprise !– le démissionnaire est à nouveau inscrit sur la liste de l’équipe municipale sortante.

Mais l’homme par qui le scandale arrive est absent. Patience ! Autour d’une grande table, les candidats se présentent, énonçant leurs noms et qualités. Une femme dans l’assistance : « Ce n’est pas la peine, on se connaît tous. Faites nous plutôt un bilan. Et comment se fait-il que la personne qui vous accuse soit à nouveau sur la liste ? » Les têtes de l’aréopage entourant la table s’enfoncent dans les épaules. « Heu ! On ne s’était pas bien compris… et puis il n’est pas au courant des procédures du PLU », tente un conseiller. « C’était quoi ce différend ? » demande un habitant.« …Il avait l’intention de construire un lotissement sur cette parcelle proche du centre du village… faire une dizaine de maisons…  » Un souffle passe sur la salle. « Mais c’est un scandale ! », s’emporte un Suisse, résidant à l’année, provoquant un assentiment général. L’homme arrive, écouteur blue-tooth fixé à l’oreille. Le brouhaha cesse. « Nous ne nous étions pas bien compris… Il y a beaucoup de choses à faire dans ce village,à tout point de vue. Si des gens sont intéressés par les questions d’urbanisme, je propose que l’on créée des commissions… » Un ange plombé traverse l’auditoire.
Et l’homme poursuit. « Vous savez, je sais de quoi je parle, je suis économiste et entrepreneur. Il faut que ce village bouge. Rien n’a été fait et tout est à faire. » Chacun regarde ses chaussures. « Je pourrais proposer que la mairie finance l’accès à la propriété… » Un éclat de rire général emplit la salle comme pour effacer, juste un instant, la situation désastreuse des finances communales. Un électeur susurre à l’oreille de son voisin : « C’est qui ce type ? C’est bien lui qui s’en prend au berger sous prétexte qu’il y a des crottes de moutons sur la route devant chez lui ? Qu’il aille habiter à la ville ! » « Tout est sujet à problèmes avec son entourage : le mur est trop haut, l’arbre dépasse… qu’il nous foute la paix ! », reprend un autre.

Vote, dépouillement, élection du maire. Et voilà l’édile sortant reconduit dans ses fonctions pour un mandat supplémentaire. L’économiste-entrepreneur aura lui aussi, de justesse, une chaise à la mairie. « C’est vrai que le maire ne fait pas grand-chose. Mais au moins avec lui, on aura gagné du temps contre ce genre de type. C’est toujours ça de pris ! », entend-on dire dans le village. Juste un répit sur cette ligne de front que sont les villages face à l’avancée ravageuse de l’urbanisme.

Article publié dans CQFD n° 55, avril 2008.






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