Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°057
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°057


FAUX AMIS

MOYEN, LE PÉKIN

Mis à jour le :15 juin 2008. Auteur : Le bouledogue rouge.


On lit Badiou et on se dit : allez, pourquoi pas ! Vu le caractère exsangue de la critique contemporaine, en voilà un qui garde le moral et qui prétend le redonner à tous. Dans son livre à succès, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, il nous propose, avec Lacan, « d’élever l’impuissance à l’impossible ». Belle formulation du passage d’attitudes passive (la victimisation) ou active (la collaboration), à la subversion et à l’invention. Badiou nous rassérène en rappelant que rien n’est joué, que l’Histoire n’est pas finie, et que « le communisme reste la bonne hypothèse  ». D’autant qu’en se référant à Marx, il rassure en précisant qu’il faut « distinguer ce mot du sens entièrement usé de l’adjectif “communiste ” ». On veut comprendre qu’on nous parle ici d’émancipation de l’espèce humaine. On se dit que, pour le coup, on peut passer sur quelques méchants désaccords que suscite ce prof de fac au gré de son propos. S’il cite Mao c’est peut-être, se dit-on, qu’il fait de la provoc’ afin d’anticiper les attaques méritées par son propre cursus. Plus loin, il fait une liste de « huit points praticables », « à tenir », espèce de code moral en forme de posologie déontologique. Pourquoi pas ? Il y a bien des maladies qui exigent des protocoles rigoureux ! Mais voilà que, sans rire, en guise de perspective, il précise que ce qui importe c’est « un nouveau rapport entre le mouvement politique réel et l’idéologie ». Ça commence à sentir mauvais, cette affirmation inchangée et sans mémoire de l’idéologie, ce système de pensée dont la mécanique consiste à tordre la réalité pour la faire rentrer dans sa grille ! Et voilà le Grand Timonier qui la ramène avec « Pour avoir de l’ordre dans l’organisation, il faut d’abord avoir de l’ordre dans l’idéologie ». Bigre ! Quant aux manifestations de « l’hypothèse communiste » depuis le milieu des années soixante-dix, le Badiou, après avoir énuméré la révolution portugaise, Solidarnosc, l’insurrection contre le Shah d’Iran, la création de son propre groupuscule ( !) et le mouvement zapatiste, c’est vers le Hezbollah et le Hamas qu’il tourne son regard tout empli d’ordre et d’idéologie. Quid des mouvements sociaux de 95, des grèves, des lycéens, des chômeurs,du soulèvement des banlieues, de toutes les résistances aussi infimes soient-elles qui tentent et cherchent, sans références politiques et souvent en conflit ouvert avec elles,ici et ailleurs ? Rien ! Et là, la nausée monte.

Dans le n°24 de la revue québécoise À bâbord, consacré à mai 68, le mandarin, quarante années après, confirme et signe : « Pour faire court, on peut dire que la nouveauté politique détenue par mai 68 et ses conséquences s’est présentée, en France, sous le nom de “maoïsme” ». Nous y voilà ! Il ne plaisantait donc pas. C’est ça qui importe : « définir le propriétaire  » et prendre des titres en option sur le futur ! « Nous sommes plus proches […] du XIXe siècle que nous le sommes de la grande histoire des révolutions du XXe siècle » (in De quoi Sarkozy…), vaticine notre pro de la philosophie. C’est vrai que Mao, par l’effet d’un grand bond en arrière lié probablement à l’immortalité surhumaine du leader suprême, a eu une influence majeure sur le XIXe siècle ! Tout s’éclaire : en guise de critique historique et de recherche de nouvelles pistes vers l’émancipation, ce que nous promet l’idéologue, c’est encore et toujours une longue marche, marquée de méchants coups de dialec-triques dans les reins.

Article publié dans CQFD N°57, juin 2008






>Réagir<

à Yves Glass
Vipère lubrique | 2 juillet 2008 |

Vous dites : [« Idéologie » ne veut pas dire « illusion » ou « tromperie », mais désigne tout simplement … les idées.]

C’est oublier que depuis Marx en passant par Hannah Arendt jusqu’aux situationnistes, il existe une critique de l’idéologie en tant que système de pensée encorseté et figé, en tant que pensée séparée. Critique à travers laquelle sont passés Althusser et Badiou.

Friedrich Engels : « L’idéologie est un processus que le soi-disant penseur accomplit sans doute consciemment, mais avec une conscience fausse. »

MOYEN, LE PÉKIN
Yves Glass | 22 juin 2008 |

Cet article comporte d’énormes erreurs. J’en indique deux.

1° « Idéologie » ne veut pas dire « illusion » ou « tromperie », mais désigne tout simplement … les idées. Ce que dit Badiou dans la phrase qui lui est reprochée est donc qu’il faut avoir des idées claires et s’organiser en conformité avec ses idées. Quel monstre !

2° Quand je croise un anarchiste, je ne suppose pas que son idéal de vie social est le viol des bourgeoises et le lynchage des curés comme en 36. De même, quand quelqu’un dit que le maoïsme est une politique émancipatrice, il a peut-être complètement tort, mais on ne peut quand même pas imaginer qu’il admire et défend les crimes commis en Chine.

Que pense Badiou du maoïsme ? Je cite : « La Révolution culturelle a été une référence constante et vivante de l’action militante dans le monde entier, et singulièrement en France, au moins entre 1967 et 1976. […] A la fin des années soixante, nous allions partout, dans les usines, dans les cités, à la campagne. Des dizaines de milliers d’étudiants devenaient prolétaires, ou habitaient dans des foyers ouvriers. Il y avait pour cela aussi les mots de la révolution culturelle. […] Nous luttions contre l’inertie brutale du PCF, son conservatisme violent. En Chine aussi on attaquait le bureaucratisme du Parti. […] Sur tout cela, n’étant pas de ceux qui couvrent leur abandon et leur ralliement à la réaction établie de références à la psychologie des illusions ou à la morale des fourvoiements, nous ne pouvons que citer nous sources, et rendre hommage aux révolutionnaires chinois. »(La Révolution culturelle, 2002)

Le problème avec Badiou
Pierre | 20 juin 2008 |

Le problème, avec Badiou, c’est qu’il essaye de conquérir le rôle de Maître à Penser de la contestation d’aujourd’hui. Dans son univers mental complètement ringard, aucune révolution, aucune insurrection, aucune révolte ne saurait se passer d’un Maître à Penser.

Et les caractéristiques du Maître à Penser sont, depuis Lacan, généralement les mêmes : notamment tenir un langage à peu près incompréhensible. C’est ce que fait Badiou, en bon disciple de Lacan, dans son « système » : « L’Être et L’événement », système à faire hurler de rire tout logicien un peu scrupuleux. D’ailleurs, Jacques Bouveresse écrit à propos des Lacan, Badiou & Cie et de leur charabia : « Si on ne comprend pas les propos de certains intellectuels, ce n’est pas forcément parce qu’on est ignorant ou malintentionné, cela peut-être aussi parce qu’on est un peu intelligent que leurs lecteurs habituel. »

Pourquoi, alors, écrire dans un langage totalement obscur (tous les livres de « philosophie » de Badiou) puis ensuite dans un langage absolument clair (comme c’est le cas dans le pamphlet contre Sarkozy" ? Tout simplement pour rallier des DISCIPLES : c’est le même coup que Lacan que Badiou essaie de reproduire à la sauce 2008 : prendre le pouvoir dans la pensée, être le maître, le Grand Timonier Intellectuel… C’est à cela que nous reconnaissons la pensée réactionnaire, de gauche comme de droite : jamais un Bourdieu, même s’il est souvent intervenu politiquement, n’a voulu être LE MAITRE. Ceux qui veulent des maîtres et ceux qui veulent le devenir sont TOUJOURS DES FAUX AMIS.

Or, ce que nous ne voulons, plus, nous, justement, résistants au sarkozysme et au libéralisme, c’est cela, et c’est ce que qui nous distingue de nos aînés : NOUS NE VOULONS PLUS DE MAITRE. PAS MEME DE MAITRE A PENSER.

Nous nous débrouillerons beaucoup mieux avec des outils à penser (Bouveresse, Bourdieu, Rancière, Deleuze, Guattari, Halimi, Chomsky… il n’en manque pas !) qu’avec des maîtres. Mais nous ne suivrons plus personne aveuglément. Qu’on se le dise.

Encore une chose : il y a tout de même, à mon sens, un « précis » à sauver du livre de Badiou, c’est un peu, si l’on veut, ce qu’il y a de juste dans son livre, sans tout le folklore autour, et cela est admirablement résumé par Gilles D’Elia dans son article sur Badiou : « La démocratie au pied de la lettre ». Lire cet article permet de saisir ce que Badiou dit de vrai, sans s’encombrer de tout le reste, ce reste dont nous ne voulons plus.

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |