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CQFD N°056


RAGE DEDANS

LA BANDE À BADERNE

Mis à jour le :15 mai 2008. Auteur : Sébastien Fontenelle.


DIS, MA COUILLE. T’as quelque chose de prévu, pour la nuit du 20 au 21 mai ? Non parce que si t’es libre, je me disais comme ça qu’on pourrait faire un peu de révolution, toi et moi. On pourrait occuper vers minuit quelques centimètres carrés du trottoir gauche de la rue Gay-Lussac : on lâche deux pétards, on balance trois tamagotchis sur les keufs en criant que la-chienlit-c’est- Kiki, on se replie, et si tout se passe bien on est rentrés pour le petit déj.
Comme ça, au mois de mai 2048, on pourra dire aux enfants de nos enfants : « Tu vois, petit, cette nuit-là, tout faillit basculer dans une violence affreuse, genre bande à Baderne. Mais au matin, comme je trempais ma tartine dans mon café en écoutant Demorand, soudain la grâce me frappa : soudain je sus que l’avenir de la gauche, finalement, et comme je ne cesse, depuis, de le répéter, c’est la droite.
Ce matin-là, je me suis conscientisé velu. (Je m’en suis même laissé pousser quelques poils affreux au menton.) Lors, petit, je n’ai eu de cesse que de rénover-moderniser-réformer la gauche. Que de briser le brisant tabou communiste qui entravait son épanouissement – et son ouverture aux si belles beautés sauvages de la CLENF (La Concurrence Libre Et Non Faussée), petit. Ce fut un rude boulot : car les Rouges – les Rrrrrouges, comme on disait de mon temps – sont comme tu sais partout. (Là, regarde : un Rouge. Et là, et là, et là. Non, pas là : ça c’est pas un Rouge, c’est un Nimmigré. Musulman, de surcroît. Je sais que c’est flippant : reste bien derrière moi.)
C’est ce génie réformateur qui m’a fait devenir quelqu’un dans la grande presse : t’ai-je dit que les ridicules éditos où je pourlèche des culs libéraux sont très aimés à l’Élysée ?
Je n’ai rien renié cependant, tu l’imagines bien, de mon élan de la nuit du 20 au 21 mai 2008 : comme je l’expliquais hier soir encore sur LCI, je suis resté, sous ma barbiche, l’homme de coeur qui, adolescent, voulait changer la life des pauvres gens. (J’ai simplement commencé par changer mon train de vie, et c’est comme ça que j’ai pu t’acheter la Playstation 145, petit. Merci qui ? Merci la rue Gay-Lussac.)
N’écoute pas les jaloux qui te disent qu’on était un glauque ramassis de bouffons carriéristes, prêts à se vendre au(x) plus offrant(s) : ils ne savent pas ce que c’est, eux, d’avoir fait une fois dans sa vie un peu de révolution. (De Rrrrrévolution, comme on disait de mon temps.)
N’oublie jamais, petit, que c’est par des gens comme nous, qui avons cette nuit-là tenu un morceau de la rue Gay-Lussac pendant plus d’un quart d’heure, que la libération des moeurs a si fort progressé. N’oublie pas que nous avons gagné de haute lutte le droit de nous tripoter la teub en nous recomptant les stock-options. Tu m’aides à souffler ces quarante jolies bougies ?
 »

Article publié dans CQFD n°56, mai 2008.






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