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CQFD N°056


MOUVEMENT DE JEUNES

LYCÉENS, PAS MOUTONS !

Mis à jour le :15 mai 2008. Auteur : Anouk Batard.

La levure des grèves lycéennes, démarrées début février en banlieue parisienne et toujours minimisées par les médias, prend doucement. Réflexions éclairées d’une lycéenne marseillaise.

LE MINISTRE DE L’ÉDUCATION semble passer son temps à compter les lycéens descendus dans la rue au cri de « Darcos/Sarko t’es foutu, la jeunesse est dans la rue ! ». Son sommeil est d’autant plus troublé que ces jeunes, en majorité issus de quartiers défavorisés, se montrent fort lucides sur la politique actuelle. « Ça ne sert à rien d’être individualiste. C’est précisément ce que cherchent ceux qui nous gouvernent : qu’on soit chacun pour soi. Mais ils ne vont pas y arriver ! », lance Ashley, élève de terminale économique et sociale au lycée Nord de Marseille.

À la veille des vacances de printemps, 50 000 lycéens défilaient dans la capitale. Xavier Darcos espérait alors que le mouvement ne s’étendrait pas en province, et que la coupure pascale apaiserait l’esprit de ces jeunes déraisonnables, menaçant une fois de plus « une réforme qualitative nécessaire », qui vise à supprimer 11 200 postes et à ramener le Bac Pro de quatre à trois ans. « La vérité c’est qu’il faut retrouver un équilibre budgétaire », martèle Darcos. « Mais tout cet argent économisé, il va aller où ? Certainement pas dans les caisses sociales ! Le gouvernement préfère financer l’armée plutôt que l’éducation », tempête Ashley, d’origine comorienne. Orpheline, elle habite un studio qu’elle loue « grâce à l’aide sociale. Sans ça, je suis finie ». Pour elle, la France est en passe de détruire le système d’éducation pour tous. « Ce pays était réputé pour faire passer l’éducation avant l’argent. Sans éducation, l’Homme n’est pas libre, il peut se faire manipuler et voter n’importe quoi. Des jeunes informés, ça fait peur ! Avec des filières généralistes surchargées, les élèves vont se tourner vers l’enseignement professionnel. En fait, le gouvernement souhaite, non pas que l’école développe l’esprit critique,mais que les jeunes soient juste formés pour travailler. Il veut des élèves naïfs. »

Après sept tentatives de manif avortées, le mouvement a finalement gagné Marseille. Ils étaient plus de 3000 à défiler le 29 avril dernier. Et promettent d’être bien plus nombreux le 15mai. La mobilisation enfle donc, un brin désorganisée. Le ministre les accuse de « répéter les slogans des syndicats [et de] s’abriter derrière les mouvements populaires ». Mais sur la Canebière, ce sont plutôt les chants du stade Vélodrome qui sont revisités. Et les meneurs se voient obligés de suivre les mots lancés par la foule. Certains ont profité du défilé du 1er Mai pour collecter des fonds afin de se mobiliser en toute indépendance. Ces lycéens n’ont pas l’air près de décolérer. D’autant que leur inquiétude dépasse la question des réformes. « Ils veulent supprimer la filière ES [1] car on y apprend tout ce qui est protection sociale, économie, mondialisation. Donc on comprend mieux la politique actuelle. Sarkozy le sait bien, puisqu’il a lui-même passé un Bac ES, qu’il a eu au rattrapage ! », ironise Ashley. « Je suis très remontée car toutes ces nouvelles lois touchent les plus faibles, ceux qui ne peuvent pas se défendre, qui n’ont pas vraiment le choix. » Il s’agit aussi de faire face aux pressions accrues de l’administration – proviseurs en tête. « Peur d’être sanctionnée ? » Célia, en 1re STG au lycée Diderot, répond du tac au tac : « Non, puisque de toute façon, on va se faire sanctionner par les réformes ! »

Retrouvez le reportage en version radiophonique sur les ondes et le site web de Radio Grenouille :
www.grenouille888.org.

Article publié dans CQFD n°56, mai 2008.


[1] À la rentrée 2007, Xavier Darcos a multiplié les déclarations discréditant la filière économique et sociale,« aux débouchés incertains ». Des critiques fort bien accueillies au Medef et à l’UMP, où certains trouvent même que le ministre n’y est pas allé assez fort contre ce nid de « gauchistes ».





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