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CQFD N°056


FAUX AMI

L’AMER DES SARCASMES

Mis à jour le :15 mai 2008. Auteur : Le bouledogue rouge.


On croise parfois, au hasard des estaminets ou des concerts, des individus dont la négativité laisse pantois. Tel l’Alceste du Misanthrope, rien ne trouve grâce à leurs yeux, tout est vain, car tout est corrompu par la société marchande et le racket politique. « L’humanité moyenne t’a toujours été étrangère et tu n’auras connu que les extrêmes », disait Timon d’Athènes. Sûrs de la pureté de leur esprit, certains inclinent même à persifler toute expérience, toute tentative dès lors qu’elle n’émane pas de leur radicalité immaculée. Que ce soit au nom de la lutte des classes ou de l’amitié « qui n’est autre que politique », leur conscience universelle,malgré tout prisonnière de ses limites, conduit plus fréquemment à diviser qu’à chercher des complicités. « La belle âme se pare de la loi du cœur pour s’insurger contre l’ordre du monde » (Hegel)

À CQFD, on aurait mauvaise grâce à nier toute légitimité au goût pour la polémique ou à la pugnacité d’un bel esprit de contradiction. Mais certaines soirées autour d’un tonneau, pour le coup bien rempli, finissent par ressembler à un dialogue entre Apemantus et Diogène. Et à force de cynisme, ça misanthrope énormément. Parfois, les railleries ont une capacité paralysante contraire à leurs intentions initales. Derrière les sarcasmes, il y a souvent la crainte de s’aliéner au contact du monde, de se salir : « La conscience vit dans l’angoisse de souiller la splendeur de son intériorité par l’action et l’être-là, et pour préserver la pureté de son coeur elle fuit le contact de l’effectivité et persiste dans l’impuissance entêtée, impuissante à renoncer à son Soi affiné jusqu’au suprême degré d’abstraction », pensait Hegel. « Dans cette pureté transparente de ses moments, elle devient une malheureuse belle âme, comme on la nomme, sa lumière s’éteint peu à peu en elle-même, et elle s’évanouit comme une vapeur sans forme qui se dissout dans l’air. » On l’aura compris ( ?), la critique radicale conduit souvent à l’isolement romantique, au narcissisme et finalement à l’inaction, donc à l’acceptation passive. C’est la malédiction des utopistes. « Celui qui ne peut vivre en société ou qui se suffit à lui-même n’est pas considéré comme un citoyen mais comme une bête ou comme un dieu » (Timon d’Athènes).

C’est là qu’au-delà du jeu de mot du titre, l’analogie avec l’océanographie nous éclaire. Si on s’intéresse aux particularités de la mer des Sargasses, on s’aperçoit qu’il s’agit d’une zone calme, sans vent ni vague ; c’est une mer démotivée. La mer des Sargasses est la seule mer ne possédant pas de rivages. Très salée, le milieu est pauvre en dessous de la surface, constitué essentiellement d’algues très denses qui provoquent la panique chez les navigateurs parce qu’elles freinent la progression des bateaux. L’équipage de Colomb perdit trois semaines à traverser ce « désert flottant ». Pourtant, cette zone inerte est un sanctuaire : les anguilles viennent s’y reproduire avant de se disperser vers tous les estuaires du globe. Mystérieuse mer, insaisissable conscience sans rivage…

Article publié dans CQFD n°56, mai 2008.






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