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CQFD N°011


La recherche militaire se porte bien, merci

Chercheurs, garde-à-vous !

Mis à jour le :15 avril 2004. Auteur : François Maliet.


Les quelque cinq cent cinquante postes hâtivement promis par un Premier ministre frappé de traumatisme électoral ont redonné le sourire aux chercheurs. Mais ce miracle inespéré, qui arrive après de longues années de dèche cafardeuse, masque mal les vraies priorités défendues par l’État en matière de recherche. Car il en est une qui n’a jamais besoin de faire grève pour obtenir satisfaction : la recherche militaire. Après trois années d’augmentation constante, boostée par la « guerre contre le terrorisme » et sa course aux innovations, elle absorbe aujourd’hui près d’un quart du budget global de la recherche (15,9 milliards d’euros en 2004), soit 3,7 milliards d’euros. Dans le fond, la science n’est pas si ingrate : il suffit de claquer les talons. Curieusement, pas grand monde ne relève cette heureuse exception, pas même les premiers intéressés, regroupés dans le collectif « Sauvons la recherche ». Interrogé par CQFD, son porte-parole Alain Trautmann tombe des nues : « La recherche militaire ? Je ne connais ni le sujet, ni les chiffres. » Maintenant que Raffarin a sorti son chéquier, on peut espérer que les chercheurs « en lutte » trouveront le temps de défricher un autre thème que les relations entre recherche fondamentale et recherche appliquée, entre fonds publics et fonds privés : les chercheurs ont-ils vocation à améliorer le potentiel militaire français ?

Oui, si l’on en croit les rares chiffres disponibles. Alors que l’Institut national de la santé et de la recherche médicale a vu 30 % de ses crédits gelés ou annulés, les chercheurs travaillant sur le nucléaire militaire ont décroché le gros lot : 5,1 milliards d’euros investis sur quinze ans pour la réalisation du laser Mégajoule, près de Bordeaux. Et pas question de lésiner sur les rallonges quand il le faudra : les blouses kaki doivent pouvoir simuler des essais nucléaires tout confort et assurer le perfectionnement de « notre » force de frappe. Rien d’étonnant à ce que ces veinards ne montent guère sur les barricades : « On n’entend pas parler de la lutte des chercheurs », reconnaît un porte-parole de l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA), qui vient de signer son premier contrat d’objectifs et de moyens pluriannuel (2004-2008) avec le ministère de la Défense. De quoi se placer à l’abri du besoin pour quelque temps… Pour survivre, les labos civils n’ont pas d’autre choix que de tendre la sébille aux militaires. « On ne sait pas bien comment on va payer l’électricité dans trois mois, alors nous sommes forcément confrontés à la nécessité d’aller chercher du fric ailleurs, confie à CQFD un chercheur en économie de l’ENS-Cachan. C’est pourquoi nous répondons aux appels d’offre du ministère de la Défense. Ça fait des fonds pour payer les membres de l’équipe… » Sans trop se faire prier, la recherche civile s’acoquine donc avec la Direction générale de l’armement (DGA). Ou comment les explorateurs de l’infiniment grand et de l’infiniment petit sont rémunérés par ceux qui les détruisent…

Pour « payer l’électricité », merci l’armée

Certes, on est encore loin du « modèle » américain : aux États-Unis, le Pentagone subventionne les labos dans tous les domaines de recherche. Indirectement, le moindre rat de laboratoire est susceptible de participer à l’élaboration d’une nouvelle facétie guerrière. Mais petit à petit, la France prend le même chemin, notamment par le biais de la « dualité » entre recherche civile et application militaire. En janvier 2001, les ministères de la Recherche et de la Défense signaient ainsi un « protocole de coopération sur des recherches communes ». Même si ce contrat de mariage est encore peu appliqué dans les faits, Jacques Bongrand, directeur de la recherche à la DGA, se targuait en septembre 2003 de « collaborer avec la communauté scientifique française ». Outre ses propres labos, la DGA finance l’ensemble des unités de recherche placées sous la tutelle partagée de la Défense et de la Recherche. Comme dans les facs de Clermont-Ferrand, Grenoble, Marne-la-Vallée ou Paris VII, où des chercheurs travaillent sur des sujets aussi anodins en apparence que « la modélisation des sols de surface » et la « géographie numérique », mais dont le champ d’application fait saliver des militaires. « La dualité permet d’éviter les recherches en double et ainsi de faire des économies de fonds publics », explique Renelle Guichard, auteur de Recherche militaire : vers un nouveau modèle de gestion ? Voici l’avenir : des programmes qui vont perfectionner missiles, chars et armes « à létalité réduite » tout en faisant plaisir au contribuable. Il est vrai que pour militariser la société, un labo de recherches est plus beaucoup présentable qu’un peloton de Vigipirate. Surtout s’il utilise les formules à la mode. En février dernier, la DGA signait ainsi un contrat de 4 millions d’euros avec le CNRS sur le thème de « l’environnement » et du « développement durable ». Encore un labo de bio qui va pouvoir se racheter des stylos…

Publié dans CQFD n°11, avril 2004.






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Chercheurs, garde-à-vous !
eugene | 18 avril 2007 | gardes a vous de rire !!!!!!!!
EN TANT QUE CHERCHEUR INDEPENDANT EN ANTHROPO,PAS QUESTION DE FLEURTER ,DE MENDIER,JE PREFERE MA LIBERTE D’ENTREPRENDRE !!!!! EUGENE chercheur independant en anthropo
 

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