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CQFD N°056


CULTURES POPULAIRES

BOULBA DE COMBAT, TA RACE !

Mis à jour le :15 mai 2008. Auteur : Sébastien Dubost.

Direction Arras et le festival Colères du présent. Des énervés qui, depuis sept ans, portent haut la célébration des cultures populaires. C’est tous les 1er Mai et ça fleure bon la frite !

PETIT MATIN QUI CHANTE. « Moi, je pense qu’il faut pas rester sur des archaïsmes », répond le contrôleur à la fille aux yeux verts qui le chambre sur sa belle chemise violette. Nous sommes bloqués depuis une heure sous un tunnel entre Marseille et Aix. « La chemise ? C’est Christian Lacroix ; bientôt, le personnel de gare l’aura aussi. iDTGV, c’est moderne : tout par Internet ! » Le mec de la fille,les yeux bouffis, se pelotonne dans son cuir et grommelle un truc sur le service public. Colères du présent. Cultures populaires. 1er Mai. Dans une ville MoDem… À l’hôtel, la connection Internet bogue. Logique. Sous la ville, en 1917, 24 000 soldats ont campé dans des carrières médiévales pour préparer la bataille d’Arras : environ cent mille morts. Une petite diversion avant le Chemin des Dames, environ trois cent mille morts. Cette année, il n’y en aura qu’un, de mort.
Pourtant, y en a du maccab’, mais de papier. Le polar est là, en force. Un gang (Akkouche, Attia, Dumal, Mesplède, Pouy…). Sous la pluie. « Le ciel s’assombrit d’un coup et des gouttes de pluie fouettèrent les vitres du train. Dispersées dans un champ, des vaches semblaient imperméables au nuage noir qui, comme le TGV, ne faisait que traverser leur territoire. » [1] On ne saurait mieux dire. Les yeux verts et le cuir cavalent sous la flotte. Du polar, mais pas seulement. Du conte aussi, de partout. Des projections emmusiquées live. Du dessin, des affiches. Les collègues de La Brique [2]… Le contraire d’une sclérose « archaïque ». Les recettes des soirées sont reversées en soutien à des luttes en cours. Sur le stand CQFD, Rémi dessine. Son gros chien rouge attire les enfants et un photographe de la presse locale. Ses dessins, des fans de toujours et aussi un mec perdu qui veut des dédicaces pour des copines.Il tend trois feuilles volantes. Rémi, tout sourire : « C’est pour qui ? » Le gars a les yeux qui brillent : « Alors, d’abord… Amandine… » Autour, on s’égosille et partage des gorgeons avec les voisins. « Vous connaissez CQFD ? » « Oui, les autocollants sont gratuits, servez-vous… » Sous le chapiteau des auteurs, Babouse dessine « des princesses moches » pour les gosses. Berth assure la promo de son chef d’oeuvre publié au Chien rouge. Le taux de déconne dépasse celui de l’humidité. Le cuir découvre la fricadelle-frites au vinaigre. Sur scène, Travail et Culture (quel programme !), une asso du cru, présente un bouquin : Ma vie s’appelle peut-être [3]. Une vision de la précarité affichée en grand sur les murs de Valenciennes. Des mots sur des peintures murales,pour pêcher la parole des passants. J.-B. Pouy déclame au micro les réactions au collage : « Si vous cherchez des murs murés, il y en a deux là-bas », « Collez pas ça là ! Les gens sortent les poubelles n’importe quand. Ça sent très mauvais », « On rentre des courses, on tombe là-dessus, une bonne surprise, le déjeuner attendra… » De l’action cul pas cul-cul, attachée à rendre compte des « transformations du travail » sous-jacentes aux « métamorphoses du paysage  » du vrai pays ch’ti. Les yeux verts boivent du blanc et les paroles des gens. On finit la soirée avec les copains-copines de la Fanzinothèque de Poitiers [4]. Là-bas, cette expression populaire photocopiée est bichonnée par une équipe de passionnés qui, outre ce labeur d’archivage pas poussiéreux, anime un atelier de sérigraphie, le Labo. Ce 1er Mai, Fred Fajardie est mort. L’équipe, impec’, ne l’a dit à personne. Du coup, le genièvre n’avait pas le goût de l’épitaphe. « Ici votre superviseur iDTGV. Nous arrivons à destination avec 55 minutes de retard.Nous sommes désolés de ce contretemps et vous informons que, sur iDTGV, les retards sont remboursés à partir de 60 minutes. » Finalement, l’archaïsme avait du bon…

Article publié dans CQFD n°56, mai 2008.


[1] Mouloud Akkouche, Sur la route de Bauliac, Baleine, Série grise, 2000.

[2] La Brique, journal régional indépendant, www.labrique.net.

[3] P. Bloas, L.Mauriaucourt, J.-B. Pouy, Ma vie s’appelle peut-être, La Voix du Nord éditions.

[4] La Fanzinothèque : 185, rue du Fbg-du-Pont-Neuf, 86000 Poitiers – fanzino@fanzino.org.





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