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CQFD N°056


MA CABANE PAS AU CANADA

DES SOURIS ET DES ZOMES

Mis à jour le :15 mai 2008. Auteur : Marie Nennès.

L’Ariège regorge de cabanes. Des autoconstructeurs de tout poil y essaiment depuis trente ans,expérimentant sans cesse formes et matériaux. Parmi eux, il y en a de plus matheux que d’autres : les bâtisseurs de « zomes » et autres dômes. Yoann est de ceux-là.

Imaginez que vous viviez dans la géode de la Villette, mais posée en pleine forêt. Toutes proportions gardées, vous aurez une idée assez fidèle de la cabane de Yoann. Cabane qu’il a bien entendu construite lui-même à l’automne 2006, en à peine deux mois, avec du bois et de la toile. 24m2 au sol et un peu plus de trois mètres au point le plus haut, le tout isolé avec du feutre de laine et chauffé par un poêle à bois. Un petit panneau photovoltaïque pour l’électricité, la source à côté et des tuyaux noir en PVC chauffé par le soleil pour l’eau chaude. Cela fait deux hivers qu’il passe dedans – ils sont plutôt rudes en Ariège – et, à l’entendre, il ne s’est jamais senti aussi bien. « J’ai un contact beaucoup plus intime avec la nature. Le rond apporte la sécurité. Et puis, au niveau énergie subtile, c’est quand même assez puissant. Vivre dans du rond, ce n’est pas la même chose. Une maison carrée est plus facile à fabriquer, mais dans la nature il n’y a pas de ligne droite. Ce n’est pas pour rien que tous les peuples dits primitifs vivent dans des lieux ronds. Et puis ça change les rapports entre les gens. Quand tu es assis en cercle, il y a un rapport d’égalité et d’écoute qui se crée. Les amis qui viennent ici ont du mal à repartir. » Tout de même, j’imaginais ça beaucoup plus anguleux,un zome [1], plus pointu quoi, et moins accueillant. « Ah mais ce n’est pas un zome, c’est un dôme géodésique, un icosaèdre de fréquence 3. » Hein ? « Un dé à vingt faces, si tu préfères. Chaque sommet est un pentagone. Ça permet de donner une forme beaucoup plus sphérique à la construction. » Aïe ! Dis comme ça, ça a l’air drôlement compliqué ! « C’est beaucoup plus simple que ça en a l’air », me rassure Yoann. « Et il n’y a même pas besoin d’être costaud. Celui-là, je l’ai pensé comme un habitat léger, style yourte, d’où le choix de la toile,mais c’est beaucoup plus résistant. En fait, c’est indéformable, ça résiste à tous les vents. Le rapport de force entre toutes les arêtes des triangles s’équilibre, et voilà ! Pour faire celui-là, il m’a fallu 170 morceaux de bois que j’ai découpé moi-même dans la forêt avec une scie égoïne. Il faut juste être minutieux au moment de l’assemblage.  »
À 26 ans, Yoann a une idée très claire de ce qu’il veut. Après des études d’électronique poursuivies sans conviction – « c’était pas du tout mon truc » –, Yoann renoue avec la tradition familiale et se met à travailler le bois. Il devient tourneur sur bois pendant quatre ans. Puis, il quitte le Tarn pour l’Ariège, plus sauvage, car la vue des terres labourées par l’agriculture intensive le rend malade. Aujourd’hui, il est au RMI. Provisoirement. Il remonte les terrasses de son terrain pour cultiver son jardin,apprend l’accordéon, envisage de construire un dôme plus grand, en dur cette fois. Il a fabriqué un four à pain, une machine à laver à pédales, va s’attaquer à un chauffe-eau solaire. « C’est une chance de ne pas avoir beaucoup d’argent. On apprend la débrouille et on redécouvre le plaisir de faire par soi-même. Pour moi, c’est logique. J’essaye au maximum de me passer des produits manufacturés. Ce n’est pas juste dans un souci écologique mais par éthique personnelle. Parce que le plaisir que ça apporte est énorme, très gratifiant. » Je veux bien le croire. Ça me fait le même effet quand je réussis un gâteau au chocolat, la seule auto-construction que je pratique pour l’instant. Quant aux souris, cherchez pas, il y en a sûrement, mais c’était surtout pour le plaisir du titre.

Article publié dans CQFD n°56, mai 2008.


[1] www.archilibre.org :une ballade rafraichissante parmi les cabanes ariégeoises et tout ce qu’il faut savoir ou presque sur les dômes





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