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CQFD N°057


CHRONIQUE DE GUERRE

MONTREUIL LA SOLIDAIRE

Mis à jour le :15 juin 2008. Auteur : Marco Pilori.


Parti du foyer de travailleurs – à majorité malienne – de la rue Rochebrune, à Montreuil (93), un groupe bigarré se dirige vers le commissariat en cette fin d’après-midi du mercredi 4 juin. Une heure plus tôt, un sans-pap’ s’est fait interpeller en bas de la rue. Et comme d’ordinaire, un procureur s’est fait réquisitionner. Une chance pour le malheureux enchristé, les habitants du coin ont pris connaissance de la création d’un numéro d’urgence antirafle. Avec trois manifs ce mois-ci, en plus des rassemblements spontanés après chaque arrestation, l’info commence à passer.
Les flics avaient pris l’habitude de se foutre de la gueule des manifestants en singeant les « Libérez notre camarade ». Mais, cette fois, il y a du monde et les deux voies qui passent devant la maison poulaga sont envahies. Malicieux, on bloque aussi les scooters des flics qui sortent du boulot, ce qui a le don de les énerver. Armé d’une écharpe tricolore et d’un mégaphone, le chef de meute Éric Bérot lance une « sommation d’usage » pour inviter les gens à rejoindre le trottoir d’en face. Ne recevant que des huées comme toute réponse, il lâche ses sbires. Une trentaine de flics de la BAC ont été conviés pour tabasser tout ce qui bouge, comme une invitation à ne pas y revenir. Les flashballs, le gaz lacrymo et les matraques laisseront des marques sur les jambes, les côtes, les visages… Tout le monde prend des coups et les flics jubilent. On tente de revenir au score et l’un d’eux se mange tout de même une casserole en pleine tête. À la fin du set, on décompte huit interpellés, dont ma pomme et trois sans-papiers. Le commissaire Bérot nous accueille d’un savoureux : « Bande de petits fascistes ». Un officier de police judiciaire zélé, sac à dos et prêt à rentrer chez lui, veut bien interroger gracieusement les suspects. Le commissaire tente de convaincre un sans-pap’ : « Ils vous manipulent, ils se servent de vous. »

En cellule, je retrouve un gars du foyer. Il a pris du gel lacrymo en pleine face et son sweat est taché de sang. Les flics le chargent, comme les deux autres, espérant les dégoûter de se bouger. Mais, contrairement à ce que les bleus espèrent, des centaines de personnes se massent peu à peu aux abords du commissariat. Des copains et des copines sont allés chercher les élus par la peau du cul et Voynet, la nouvelle mairesse, ramène sa fraise. Au carrefour le plus proche, un grand feu de poubelles est allumé et des jeunes du coin débarquent. Ils ne sont plus seuls face aux cow-boys de l’Est parisien, et ils en sont ravis. Les flics chargeront vers vingt-trois heures. Un type qui filmait est arrêté et accusé de jet de projectile et violences. À 2 heures du mat’, nous sommes cinq à sortir – sans poursuites – sous les acclamations d’une bonne centaine de personnes encore présentes. Deux jours plus tard, les sans-pap’ seront libérés. Ils connaissaient les risques et sont fiers de leur implication  : grâce à cette action, on a parlé des rafles quotidiennes à Montreuil comme à Paris. Mais ils comparaîtront le 4 juillet à Bobigny. Une Verte du coin s’insurge : « Je ne comprends pas comment des sans-papiers ont pu se trouver devant un commissariat ! » C’est pourtant simple : ils luttaient à leur manière pour être payés, respectés, régularisés… Parrainer des sans-papiers est un mode de lutte. Il est loin d’être le seul et les rencontres, la ténacité, l’obstination en sont d’autres.

Article publié dans CQFD n°57, juin 2008.






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