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CQFD N°057


RAGE DEDANS

LA VALEUR ATTEND, PARFOIS, LE NOMBRE DES ANNÉES

Mis à jour le :15 juin 2008. Auteur : Sébastien Fontenelle.


Bien à rebours de ce que nous supposons communément (sur la seule foi de nos souvenirs de potaches encorneillés), la valeur, aux âmes nées, attend, certaines fois, le nombre des années : il arrive, même, qu’elle prenne tout son temps. Prenons, si tu le veux bien, le cas tristement exemplaire de Laurent Joffrin, directeur de Libération, et de sa burlesque barbiche : ça fait plus de vingt ans qu’il sévit dans la presse (qui ment effrontément), et dans l’édition aussi bien, mais sa production est encore d’une médiocrité qui révolte. Ainsi, le 7 juin dernier, dans un éditorial évidemment extravagant, Laurent Joffrin découvre que, de la même façon qu’après l’hiver le printemps vient : « L’inégalité est mauvaise pour la santé », car, « faute de moyens, les classes au revenu modeste » ont bien du mal à se façonner une alimentation équilibrée. Naturellement : Laurent Joffrin, qui n’est quand même pas complètement idiot, « se doutait bien que les riches […] se nourrissaient mieux que les moins riches ». Mais il comprend là que c’est en effet ce qui se passe, et que les possédants, pour de bon, mangent mieux que les gueux – et c’est pour lui une si forte commotion, qu’il en fait, comme je disais, tout un (grotesque) éditorial.
Saisissant que le riche, au moment de faire le choix de s’acheter un kilo de légumes issus de l’agriculture biologique ou un kilo de coquillettes moins directement onéreuses, repart le plus souvent avec des haricots et des courgettes, cependant que le moins riche reste abonné aux pâtes, Laurent Joffrin, qu’enserrent décidément les forces de l’esprit, entrevoit, cependant : « une solution ». Il faudrait, propose-t-il : « Faire progresser le revenu des classes pauvres plus vite que celui des classes privilégiées.  » Mais, problème : « Depuis deux ou trois décennies, la plupart des grands pays ont pris le chemin exactement inverse », constate Laurent Joffrin. Et en effet, la tendance générale est plutôt, sous nos latitudes, à prendre aux moins riches, pour mieux gaver les riches : c’est même le principal ressort du (néo)libéralisme décomplexé, dont le souci constant est de s’engraisser la stock option en se dégraissant le mammouth. Or, chacun(e) le sait : Laurent Joffrin, précisément, est dans la presse (qui ment effrontément), « depuis deux ou trois décennies », l’un des plus fidèles porte-bannières de ce (néo)libéralisme.
Laurent Joffrin s’est donné pour mission, dès il y a plus de vingt ans (lorsqu’il célébra « la Crise », déchaînant l’applaudissement de Philippe de Villiers), de libérer la gauche des pesants « tabous » qui lui faisaient garder naguère un œil sur le sort des moins riches – et de la convertir, justement, aux saines joies de la concurrence (libre et non faussée) qui entretient l’inégalité (parmi les hommes) dont Laurent Joffrin s’émeut aujourd’hui qu’elle nuise grave à la santé. Aux éditorialistes à poil au menton, l’extrême tartuferie n’attend par conséquent jamais le nombre des années.

Article publié dans CQFD n°57, juin 2008.






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