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CQFD N°057


PRESSE INDÉPENDANTE

QUI SE CACHE DERRIÈRE DIAGONAL ?

Mis à jour le :15 juin 2008. Auteur : Anatole Istria.

Un journal d’actualité critique indépendant qui cherche à dépasser les milieux groupusculaires, relaye les luttes locales, mord et tient depuis trois ans ? Eh ben non, c’est pas CQFD, mais notre lointain cousin ibérique Diagonal. Rencontre.

MADRID, barrio de Lavapiés. Ancien ghetto juif au Moyen-Âge, le vieux quartier populeux connaît ces dernières années une évolution classique de gentrification. Aujourd’hui un Sentier chinois de fringues en gros et demi-gros côtoie les nouvelles cantinas gays et bobos. C’est au milieu de cet ensemble encore assez mélangé, que le quinzomadaire Diagonal ouvre ses portes à CQFD. Nous nous attablons en salle de conférence avec Alvar du collectif de rédaction qui nous fait un topo historique du journal. « Diagonal apparaît en mars 2005 par la fusion du fanzine Molotov avec d’autres publications issues de la fac de sociologie de Madrid telle que Camisa de fuerza. Pour la plupart, nous sommes issus du mouvement autonome et des okupaciones (avec un « k » pour marquer la volonté politique de squatter) des années 80, mais au bout de vingt ans nous avons ressenti une réelle insatisfaction à reproduire les mêmes schémas d’action et d’organisation. On avait l’impression d’être comme des mouches à rebondir contre la vitre, alors on s’est dit “ouvrons la fenêtre !”Diagonal se voulait l’instrument pour permettre un nouvel élan des luttes sociales. » Avec la caisse de Molotov qui vendait à 3000 exemplaires, l’équipe du futur Diagonal organise une souscription et un concert de soutien avec Fermin Muguruza pour se financer. Les structures de distribution en Espagne ne permettant pas d’apparaître en kiosques nationalement à moins de 200000 exemplaires, Diagonal doit trouver un réseau de distribution propre. Aujourd’hui avec un tirage de 15000 journaux, il vend à 9000 dont 3600 abonnements, 45 % des ventes se font dans les kiosques de Madrid et alentour, pour le reste ce sont des librairies, des locaux militants ou syndicaux un peu partout en Espagne.

Se sentent-ils comme un journal militant ? « Le journal ne veut pas rentrer dans le “cannibalisme”de l’extrême gauche espagnole qui consiste à passer son temps à donner un coup de poing au voisin. Même chose pour les dépositaires rivaux de l’héritage glorieux de 1936, tout ça commence à sentir la naphtaline. C’est aussi pourquoi on ne fait pas d’éditorial. On favorise des rapports avec des individus ou des mouvements écologistes, des assos de voisins, des occupations… plutôt que de faire la promotion de différents sectarismes. »Pas de ligne politique ? « On cherche à se débarrasser des “démons intérieurs”de l’idéologie ce qui n’a pas été sans conflit avec des vieux camarades.Mais on a gagné en liberté. » Cela ne les met pas à l’abri des critiques. Certains voient comme une compromission le fait de rendre compte des décisions politiques de l’État, Alvar rétorque à ceux qui vivent dans l’abstraction : « Si on met la gueule de tel dirigeant en une, ce n’est pas pour lui faire plaisir mais bien parce que sa politique a une incidence sur la vie de tous ! On ne peut pas faire comme si c’était juste une évanescence du système. » Autre sujet de polémique : la publicité… « Pourtant, reprend Alvaz, on explique bien sur notre site [1] qu’on ne passera jamais de pub pour des entreprises capitalistes, il s’agit à chaque fois d’événements ou de boutiques proches de nous. » Cela n’empêche pas les purs de la cause de les considérer comme « vendus au tout-petit Capital ». Excepté cette part minime de financement, le reste de la trésorerie est constitué par les souscriptions et les ventes… qui payent à peine onze salariés ; pour la quarantaine de membres restants du collectif d’édition c’est « l’esclavage volontaire » et la précarité sociale.

Dans sa forme, Diagonal a l’aspect d’un journal de niouzes assez conventionnel. Une apparence de neutralité pour attirer le chaland ? « On sait par expérience que l’aspect fanzine ou revue théorique style bottin téléphonique ne sont pas attrayants.On est aussi à la recherche d’une autre actualité.Par exemple,dans la rubrique “global”, on peut faire le lien entre trois événements abstraitement séparés dans la presse institutionnelle : une offensive des talibans en Afghanistan, l’envoi des troupes espagnoles et la construction d’un oléoduc en partie financé par des intérêts espagnols. La rubrique “cercanías” traite des luttes de proximité, de voisins, de centres sociaux… on ouvre aussi nos pages à la “culture”mais toujours en cherchant une approche transversale qui peut rebondir sur les luttes. On a même du sport et des recettes de cuisine… »
Dans son fonctionnement Diagonal est proche « d’une forme d’autogestion dans des conditions de marché » et « c’est assez efficace ». « Nous avons deux types d’assemblées : celles propres à la rédaction du journal plusieurs fois par mois et celles, deux fois par an, du collectif des collaborateurs qui constituent un sas de contact avec les gens qui veulent participer et discuter du contenu du journal et des conditions de travail. » « Finalement, on se sent un peu comme une entreprise autogérée en36… », reconnaît Alvar mais avec la modestie de se reconnaître comme « un moustique parmi les journaux des grands groupes de com’liés aux partis, aux banques et aux grands groupes industriels ».
Au bout de deux heures de discussion intarissable à échanger des proximités de vues et d’expériences, Alvar, la bouche sèche, résume par une expression espagnole ce qui anime l’équipe de Diagonal : « Arrieros somos y en el camino nos encontraremos. » (« En tenant les rênes du chariot, nous trouverons le chemin. ») Dos cañas, hombre !

Article publié dans CQFD n°57, juin 2008.


[1] http://www.diagonalperiodico.net/.





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