Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°057
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°057


LES VIEUX DOSSIERS D’IFFIK

VIVE LA KANAKY LIBRE !

Mis à jour le :15 juin 2008. Auteur : Iffik Le Guen.


EN 1853, le contre-amiral Febvrier-Despointes prend pied en Nouvelle-Calédonie, sur ordre de Napoléon III. L’empire y installe un bagne, sur le modèle des Anglais en Australie. Bagnards, puis trafiquants, marchands, aventuriers vont bientôt accaparer les terres. Une première insurrection éclate en 1878, des dizaines de fermes sont brûlées, deux cents colons assassinés. La répression est impitoyable : plus d’un millier de morts, les rescapés déportés au bagne de l’île des Pins. Dix ans plus tard, la République met en place le Code de l’indigénat (travail forcé, impôt foncier…) et crée des réserves (défense d’en sortir sans autorisation des gendarmes). Les Kanaks n’occupent bientôt plus que 7 à 8% de la superficie de l’île. Avec la mise en valeur des richesses minières du pays, la population blanche (Caldoches) atteint 25 000 personnes, alors que les Kanaks ne sont plus que 30000 : moins de la moitié de la population initiale ! Le désespoir engendre une baisse de la natalité. L’Union calédonienne (« Deux couleurs, un seul peuple »), fondée en 1953, regroupe la plupart des Kanaks,mais aussi des petits broussards et des ouvriers Blancs autour d’un programme de justice sociale et d’égalité des droits, tout en avançant la revendication d’autonomie. Mais en 1977 la création d’une deuxième circonscription législative « sur mesure » pour permettre l’élection d’un député caldoche (Jacques Lafleur et son Rassemblement Pour la Calédonie dans la République) matérialise une sorte de partition du « caillou » entre la province Sud (Nouméa et banlieues) et le reste du pays à majorité mélanésienne. Avant de prendre la tête du Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste, Jean-Marie Tjibaou est vice-président de l’UC, qui parle déjà d’indépendance. La plupart des blancs la quittent pour se rapprocher du parti caldoche. L’arrivée de la gauche au pouvoir suscite de vifs espoirs et le gouvernement français reconnaît le droit inné et actif des Kanaks à l’autodétermination et on évoque même un statut d’indépendanceassociation. Mais les durs du RPCR se rebiffent et l’île entre dans une période de troubles, ponctuée par la tuerie de Hienghène, où plusieurs proches de Tjibaou sont abattus par un commando caldoche, et l’élimination par le GIGN d’Éloi Machoro, pour cause de mauvaises fréquentations avec le colonel Kadhafi. En 1986, le retour de la droite aux affaires est marqué par une sévère reprise en main, avec l’adoption du statut Pons, qui réduit le pouvoir des régions kanaks. On ranime les vieilles antiennes néocolonialistes sur la « portée universelle de la civilisation française », ou « la Nouvelle-Calédonie, c’est la France ».

Autodétermination en 2012 ?

Dans une atmosphère surchauffée, l’acquittement des meurtriers de Hienghène met le feu aux poudres. Barrages et troubles se multiplient, alimentant un véritable climat insurrectionnel. Le 22 avril 1988, alors qu’en France se tiennent les élections présidentielles,des militants kanaks prennent d’assaut la gendarmerie de Fayaoué, sur l’île d’Ouvéa. Dans la panique, quatre gendarmes sont tués et quinze autres sont gardés en otage dans une grotte.Montant les indépendantistes les uns contre les autres, Chirac et Pons privilégient la solution militaire. Ce qui aboutit, le 5 mai, à la mort de dix-neuf Kanaks, certains exécutés d’une balle dans la tête.
Sous pression, et alors que Mitterrand vient d’être réélu, les accords de Matignon sont signés et scellés par la poignée de main historique Tjibaou-Lafleur. La loi d’amnistie qui les accompagne arrive à point nommé pour éviter toute poursuite contre les tueurs assermentés. Une position que ne partagent pas tous les indépendantistes, en particulier ceux qui ont eu à souffrir dans leur chair la répression et,le 4mai 1989, Tjibaou est assassiné à Ouvéa. Enfin, l’accord de Nouméa,en 1998,ouvre la possibilité d’un référendum d’autodétermination à l’horizon 2012, tout en reconnaissant l’identité mélanésienne. Mais les embardées nationalistes d’un Christian Estrosi, un temps en charge de l’Outre-mer, l’exaltation sarkozyste de l’identité française génétiquement mesurée et la condamnation de plusieurs militants syndicaux à des peines de prison ferme sous le regard bienveillant du Medef local risquent de transformer un processus pacifique en un nouveau cycle de confrontation entre les possédants et les exploités, entre les indépendantistes et l’État colonial.

Article publié dans CQFD n°57, juin 2008.






>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |