Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°057
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°057


MÉDIAS BIEN CADRÉS

CHOMSKY À L’ÉCRAN

Mis à jour le :15 juin 2008. Auteur : François Maliet.


Marseille, samedi 22 mars, le film Chomsky et compagnie de Daniel Mermet et Olivier Azam est projeté au Daki Ling. Quand arrive l’interview de Normand Baillargeon, prof’ en sciences de l’éducation à Montréal et auteur du Petit cours d’autodéfense intellectuelle (Lux, 2005), au moment, donc, où ce proche de Noam Chomsky doit apparaître à l’écran… Lumière ! Le sympathique Québécois se pointe alors dans la salle pour présenter le sinistre Edward Bernays, inventeur pernicieux de l’industrie des relations publiques [1] Chomsky et compagnie devrait sortir en salle à la rentrée.. Après la première boucherie mondiale, ce gus a pressenti que la propagande, bien utile en temps de guerre, pouvait être terriblement efficace au quotidien. Son plus gros succès, commandité par Lucky Strike, fut de convaincre les femmes américaines que l’émancipation passait par une clope calée au coin des lèvres. Les théories de Bernays illustrent à merveille le thème abordé par Noam Chomsky dans le film,c’est-à-dire la fabrique de l’opinion. Lorsque la bobine reprend ses droits, on découvre le célèbre linguiste et militant « anarchiste socialiste » s’entretenant avec l’équipe de « Là-bas si j’y suis ». Sa cible privilégiée  ? L’imagination déployée par les États dits démocratiques pour façonner l’opinion publique sans avoir recours à la violence.

Un exemple : au début des années 80, deux prêtres sont assassinés. En Pologne, le père Popieluszko est liquidé par « les Rouges ». Au Salvador, le père Oscar Romero, adepte de la théologie de la Libération, est refroidi par des milices armées et formées par les États-Unis. Bizarrement, les médias américains couvriront généreusement le premier drame, beaucoup moins le second…
Mais « comment le gouvernement influence-t-il les médias ? », interroge un étudiant. « Il ne le fait pas », répond Chomsky. « C’est comme si vous me demandiez comment le gouvernement convainc General Motors de faire du profit. Les médias sont d’énormes sociétés qui ont les mêmes intérêts que le business qui domine le gouvernement. » Cela n’empêche pas les journalistes d’être intimement convaincus de jouir d’une totale liberté. Interviewés par les réalisateurs, la crème des journalistes français – Arlette Chabot, David Pujadas, Nicolas Demorand, Marie Drucker… – assurent que, bien sûr, ils sont libres « à 100 %». « Si les journalistes prenaient des positions qui vont à l’encontre des idéologies dominantes, ils n’écriraient plus leurs éditos », souligne Chomsky. « Dans un État totalitaire, c’est le pouvoir à la tête de l’État qui décide de la ligne du parti. Dans une société démocratique, la ligne du parti est sous-entendue. Il pourra y avoir débat, mais il se limitera à ce cadre précis. » Un peu comme Bubulle dans son bocal.

Article publié dans CQFD n°57, juin 2008.


[1] Propaganda, Comment manipuler l’opinion en démocratie, Edward Bernays, Zones – La Découverte, 2008.





>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |