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CQFD N°057


MA CABANE PAS AU CANADA

« EL PUMA », UN PALAIS POUR TOUS

Mis à jour le :15 juin 2008. Auteur : Nicolas Arraitz.

Au cœur de la Séville populaire, El Pumarejo est une maison seigneuriale plutôt décatie. Habitée par des pauvres et laissée à l’abandon par ses propriétaires, elle menace ruine. Mais voilà que le vieil édifice renaît et s’ouvre à la vie du quartier. Histoire…

Lolo, un grand gaillard à l’accent prolo, fait faire le tour du proprio.Il a grandi ici et connaît le moindre recoin de ce palais construit à la fin du XVIIIe siècle par le négociant Pedro Pumarejo, qui avait fait fortune en Amérique. La splendeur passée a de beaux restes : patio majestueux flanqué d’une dizaine de colonnes d’acajou,céramique et fenêtres arabisantes, larges coursives… « En 2002,associés à un groupe d’énervés et à un anthropologue, on a mis la pression pour que l’édifice soit classé patrimoine historique. Pas seulement patrimoine architectural, mais aussi “ethnologique”. Pour que la réhabilitation se fasse sans chasser les occupants. » Il faut dire que ces murs ont abrité depuis des décennies une intense vie sociale. S’y logeaient des ouvriers récemment arrivés en ville (le proprio louait jusqu’aux anciennes chiottes communes, sur les paliers…), des artisans et leurs ateliers, une taverne, des studios de répétition de groupes de rock comme The Vagos (« The Fainéants »), un comité d’intérêt de quartier… Le gouvernement régional a fini par classer El Pumarejo site protégé, mais les héritiers du proprio traînent des pieds. Lorsqu’ils sont contraints de restaurer,ils laissent le chantier inachevé, les plafonds éventrés, des poutres métalliques en travers des couloirs, pour signifier aux occupants qu’ils sont ici en sursis…
En réponse à ce mépris, l’assemblée de la casa Pumarejo a décidé d’ouvrir le palais au voisinage. Les lieux ont ainsi retrouvé un usage public, souvent sans payer de loyer… Une ligue de locataires a pris possession d’une pièce avec mezzanine au fond du patio. Une compagnie de théâtre loue la salle mitoyenne. Un « bureau des droits sociaux », collectif de soutien aux luttes d’immigrés et autres précaires, tient ses permanences dans l’aile droite du bâtiment,en bonne entente avec un centre social occupé. À côté de la bodega Camacho, où tout le quartier vient déguster bière et escargots, une équipe de joyeux bénévoles s’affaire pour réhabiliter une ancienne pharmacie, où il est prévu d’ouvrir un ambigú [1] assorti d’une bibliothèque. Lolo et son frère Pepe – un ouvrier des chantiers navals connu dans le quartier pour avoir pris d’assaut la mairie avec ses collègues en grève contre la restructuration du port fluvial– ont servi de pont entre les habitants et la bande de squatters venus leur prêter main-forte. Lolo raconte : « Bien sûr, mon expérience de syndicaliste a été utile,mais ce que j’ai appris dans cette mise en commun d’un espace qui m’est aussi cher que ma propre enfance n’a pas de prix.Aujourd’hui,je n’ai plus peur de tutoyer un politicien ou un journaliste. » Sa mère Felisa et les voisines ont repris goût à fleurir la cour. Les fêtes religieuses sont détournées dans un sens revendicatif  : une « Croix de Mai », faite d’oeillets rouges, est ainsi pendue face à la porte d’entrée monumentale, penchée de côté, comme en état de fragile apesanteur, soutenue par un montant d’échafaudage, pour symboliser l’incertitude de l’avenir…
Le dimanche, une foire aux livres occupe la place, rappelant à la mairie et aux promoteurs que la vie de quartier est autrement foisonnante que leurs tristes plans de reconquête urbaine… Sur la façade, une banderole : « El Puma, une victoire de tout le voisinage. »

Article publié dans CQFD n°57, juin 2008.


[1] Un ambigú (prononcer « ambigou »), c’est un bar installé dans un lieu improbable,comme un théâtre ou une association antialcoolique…





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