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CQFD N°058


TRAFIC INTERNATIONAL

LE BATEAU PERDU DE MUGABE

Mis à jour le :15 juillet 2008. Auteur : Georges Broussaille.

Ou comment le Père Ubu du Zimbabwe, malgré l’hypocrite complicité de ses gouvernants de voisins, a échoué dans sa tentative de contrer le boycott d’une livraison d’armes chinoises. La faute à qui ? Encore un coup de ces maudits dockers internationalistes !

HÉROS DE LA LUTTE contre le régime raciste de Ian Smith, Robert Mugabe, président du Zimbabwe depuis vingt-huit ans, ne veut pas lâcher le pouvoir. L’ancien guérillero, âgé de 84 ans, aurait pu prendre une retraite dorée comme son camarade Nelson Mandela. Même Fidel Castro s’est résigné à enfiler un pyjama et des charentaises. Mais Mugabe est têtu : pour garder la haute main sur la « pompe à phynance », il n’hésite pas à endosser le costume du Père Ubu. Avec un taux de chômage de 80% et une inflation à plusieurs zéros, le pays s’enfonce dans la misère, les grèves et les manifs sont réprimées dans le sang. Son trône vacille, mais s’il n’en tombe pas c’est grâce à la complicité honteuse des pays voisins. Eux aussi sont dirigés par des gouvernements issus de mouvements de libération nationale. Une solidarité d’anciens combattants que ne partagent pas tous leurs administrés.

Quand le 14 avril, l’An Yue Jiang jette l’ancre au large de Durban, personne ne se doute du remue-ménage qu’il va déclencher en Afrique du Sud. La presse locale révèle que ce cargo, qui appartient à la China Ocean Shipping Company, transporte six conteneurs d’armes chinoises pour le Zimbabwe. Soit 70 tonnes d’armes et de munitions légères, dont trois millions de cartouches de Kalachnikov. Pas de quoi conquérir le monde, mais c’est suffisant pour alimenter la campagne de représailles contre l’opposition qui a suivi les élections du 29mars. Bien sûr, le gouvernement du président Thabo Mbeki ne voit pas où est le problème, tout est en règle, circulez y a rien à voir. Par contre, du côté des défenseurs des droits de l’homme, des communistes, des églises et des syndicalistes de la puissante COSATU, c’est la mobilisation générale. Pas question que les armes transitent par le pays. Le syndicat des travailleurs du transport (SATAWU) appelle ses 300000 adhérents à bloquer le chargement. Même le syndicat des flics et des matons se déclare solidaire. Le coup de grâce est donné le 18 avril par le tribunal de Durban. Saisi en référé, il décide que les armes doivent être consignées à terre en attendant un jugement sur le fond. Une heure après le verdict, l’An Yue Jiang lève l’ancre pour une destination inconnue. Commence alors un périple qui va tenir en haleine l’Afrique australe.
Vogue-t-il vers l’océan Indien ? Ou vers l’Atlantique ? Difficile de répondre, le capitaine a débranché le transpondeur qui permet l’identification automatique des bateaux. L’International Transport Workers’Federation (ITF), qui fédère 654 syndicats de 148 pays, se jette dans la bataille et mobilise ses affiliés d’Afrique australe. La traque du vaisseau fantôme est lancée. Il est repéré dans l’Atlantique, naviguant au large de la Namibie, dont le gouvernement entretient de bon rapport avec Mugabe. Rebelote, les dockers et les camionneurs du NATAU annoncent la couleur : le chargement d’armes ne passera pas par eux. Face à la tempête internationale qui grossit, le 24 avril, la Chine déclare forfait. Le vaisseau fantôme va rentrer fissa au pays sans livrer sa cargaison maudite. Victoire ! Les vainqueurs mettent en perce un tonneau de rhum. Mais la fête est de courte durée : l’An Yue Jiang réapparaît au large de Luanda, la capitale de l’Angola,autre pays ami du dictateur. Re-rebelote, les dockers de la Fédération des Syndicats des Travailleurs des Transports et Communication d’Angola refusent de toucher aux armes. Toutefois, le navire peut décharger des matériaux de construction sous l’oeil vigilant des syndicalistes. Le 4mai, il reprend la mer après avoir fait le plein de fioul et de vivres. Mais le Père Ubu est mauvais perdant, des hiérarques de son régime affirment que les armes sont arrivées à bon port. Un canard sud-africain prétend qu’elles auraient été déchargées en République Démocratique du Congo, puis acheminées au Zimbabwe par avion. Ce n’est que de l’esbroufe, dans le but de sauver la face du dictateur. Dix de der, le 21mai, la Chine dément formellement, obligeant la dictature à reconnaître sa défaite. Entre l’orgueil d’un bon client et le succès des Jeux olympiques de Pékin, le régime chinois n’a pas hésité longtemps.

Article publié dans CQFD n°58, juillet 2008.






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