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CQFD N°058


MÉDIAS

LE JEU DES 7 ERREURS

Mis à jour le :15 juillet 2008. .

Une lectrice de CQFD, tombée à titre exceptionnel entre les griffes du Monde, règle ses comptes avec les journalistes en uniforme, les tartufes de la déontologie et autres « médiateurs  » assermentés. Manon, ces gens-là, c’est voleur et compagnie ! Et les forums Internet, des déversoirs de haine à bon marché.

J‘AI PARFOIS LA FAIBLESSE, lors d’une attente particulièrement prolongée dans une gare, de lire Le Monde. J’ai même eu celle, le 3juin dernier, de leur écrire : « J’ai été extrêmement choquée par les commentaires consécutifs aux deux articles du 27mai sur l’affaire du jeune homme assassiné par un gendarme, et intitulés, l’un : “À Draguignan, hommage de la communauté tzigane au défuntet l’autre : “L’affaire de Draguignan ravive la grogne des gendarmes”. J’ai lu ces articles sur votre site Internet, ainsi que les bien nomméesréactionsde vos lecteurs. Les trois quarts de ces vingt commentaires sont violemment xénophobes. J’en rapporte ici quelques-uns :
Ayant fais [sic] mon service dans la gendarmerie, j’ai côtoyé de nombreux camp [sic] des gens du voyage et force est de constaté [sic] que la plupart sont des voyous […]. C’est une réalité, ce ne sont pas des anges. Moi j’aimerai [sic] penser plus aux victimes de ce voyou dont on parle jamais. Ce gendarme a peut etre fais [sic] une erreur, mais le voyou en a fais [sic] de nombreuse [sic] lui. C’est Jouer avec le feu.
Un gitan multirécidiviste, [c’est] un pléonasme, mais moi je soutiens ce gendarme qui n’a fait que son travail de défense de la société et donc de notre défense, tant pis pour le gitan multirécidiviste qui était en contrôle judiciaire et qui avait continué à agresser les chauffeurs routiers.
Cela ne m’étonne pas de voir qu’il y a quelques partisans de la voyoucratie qui osent charger le gendarme […]. Moi, je le décorerais. Le fuyard en s’échappant faisait aveu de culpabilité. Les honnêtes gens n’ont rien à craindre en allant dans nos gendarmeries.
Le gendarme a fait son travail. Il mérite d’être défendu. Les gendarmes ne comptent pas leurs heures. Ils font partie de la France qui se léve [sic] tôt et se couche tard (pour leur travail). J’attends la publication par les médias du CV complet du malfaiteur.
“[…] je vous souhaite d’avoir à faire [sic] avec ces « braves gens du voyage » et la douce tranquilité [sic] dans vos fauteuils ne sra [sic] plus la même. Arrêtons de pleurer sur les bandits de tout poil.Il s’est fait arréter et à [sic] tenter [sic] de s’évader. Pas de chance il a perdu.
Ne condamnons pas une institution vieille de plus de 200 ans et composée de plus de 100 000 hommes pour un manque de jugement grave d’un de ses membres. L’usage des armes à feu dans nos services de police est rarissime, même si celui-là est regrettable. Le maintien de l’ordre public n’est pas une science exacte et, depuis 40 ans, ses victimes sont bien peu nombreuses, relisons l’histoire de mai 68. Alors, restons calmes et ne bouleversons pas hâtivement des équilibres qui nous servent bien.
Etc. Quand j’ai voulu à mon tour “réagir” à ces articles, on m’a aussitôt informée que seuls les abonnés du journal pouvaient mettre en ligne leur point de vue. Je n’en revenais pas : les commentaires que je venais de lire étaient donc ceux des plus fidèles lecteurs du journal ?Nos gendarmeries”, “ nos services” ? Il faut se rendre à l’évidence : les derniers lecteurs du Monde sont manifestement des flics analphabètes – ce qui, pour le coup, est un grossier pléonasme. […] J’imagine que vous êtes pourtant tout à fait en mesure d’effacer certains commentaires, et que vous ne manquez pas de le faire quand vos lecteurs vont trop loin. Si ce jeune homme avait été arabe ou juif, jamais les médiateurs du site n’auraient osé laisser des expressions d’une telle violence sous le logo du journal le plus « politiquement correct » du pays. Rien d’étonnant à ce que, concernant les Tziganes, de tels propos circulent en toute impunité : ce n’est qu’un nouvel exemple de la haine inqualifiable dont ils sont l’objet depuis la nuit des temps. […] »
À mon grand étonnement, je reçus rapidement une réponse du médiateur, m’informant qu’il avait lu ma lettre avec attention et qu’il ne manquerait pas de la citer dans une prochaine chronique. En effet, dans la rubrique « Dialogues » du Monde du 29 et 30 juin, un article intitulé « Réactions en chaînes » au sujet du récent afflux de propos racistes ou grossiers sur le site du journal citait quelques gentils passages de ma lettre. Vous connaissez le jeu des sept erreurs ? J’y jouais tout un moment, en m’apercevant que les extraits choisis avaient été, malgré les guillemets, partiellement réécrits. En cinq lignes, je comptais cinq élisions non signalées – qui, il est vrai, n’influaient pas sur le sens général du propos –, la transformation d’une phrase interrogative en une affirmation et, surtout, la substitution d’un mot à un autre dans une intention cette fois clairement politique : je parlais d’un jeune homme « assassiné » par un gendarme, l’article rapportait quant à lui : « J’ai été extrêmement choquée par les commentaires consécutifs aux articles du 27 mai sur l’affaire du jeune homme tué par un gendarme, écrit par exemple M. L. (Paris). » On a beau le savoir, il est toujours instructif de constater soi-même que les journalistes falsifient tout ce qu’ils rapportent.
Mais, vous savez, je ne me plains pas : je demandais le droit de « réagir », il m’a été accordé ; je réclamais la censure, j’ai obtenu la censure ! Comme quoi, tout compte fait, les médiateurs aussi font partie de la France qui se lève tôt.

Article publié dans CQFD n°58, juillet 2008.






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