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CQFD N°058


LES VIEUX DOSSIERS D’ANATOLE

DE LA GENTRIFICATION

Mis à jour le :15 juillet 2008. Auteur : Anatole Istria.


Plus de soixante-cinq ans après la destruction par la Wehrmacht du quartier Saint-Jean sur la rive nord du Vieux-Port de Marseille, nous évoquerons ici la gentrification, autrement dit la « rénovation » des quartiers populaires. Certes, ce dynamitage – qui a servi des plans de transformation urbaine prévus depuis 1932 par l’architecte de La ville Jacques Greber – est incomparablement plus brutal que le presque « pacifique » processus de délogement des populations pauvres et de spéculation immobilière. De même lorsque Joseph Canizaro, un des plus riches promoteurs de La Nouvelle-Orléans, se réjouit – « des superbes occasions se présentent à nous » – après que l’ouragan Katrina a déménagé de force les habitants des quartiers populeux de Bâton Rouge, il serait un chouïa exagéré d’établir un parallèle avec le phénomène de gentrification. Quoique…
Alors la gentrification, kezako ? Le terme lui-même apparaît au début des années 60. « C’est une sociologue marxiste, Ruth Glass, qui créa ce néologisme en regard de la colonisation progressive des quartiers populaires entourant la City de Londres par une population nantie. [1] » Puis le processus s’accélère avant de devenir un mode de gestion technocratique généralisé au milieu des années 90.
Deux approches sociologiques s’affrontent. L’une, matérialiste, insiste sur le rôle du capital, des rapports de classe, des besoins de la production. L’autre, plus libérale, met l’accent sur les comportements individuels, le changement de style de vie et le passage à une société de services. Ce seraient ainsi de nouvelles façons de consommer qui doperaient l’évolution des quartiers… Néanmoins, on peut constater que, même si l’investissement audacieux d’une petite bourgeoisie pionnière et bohême est un signe avant-coureur de gentrification, ce sont les tenants de la propriété foncière – promoteurs immobiliers, propriétaires, banques et officines municipales ou gouvernementales – qui décident, en dernier recours, de la renovation structurelle d’un quartier.

« On démolit nos vieilles maisons.
Sur les terrains vagues de la butte,
De grandes banques naîtront bientôt,
Où ferez-vous alors vos culbutes,
Vous, les pauvres gosses à Poulbot ?
 »,

chantait déjà Fréhel en 1926 sur la nostalgie d’un Paris perdu. Le phénomène a touché non seulement les centres des capittales, Londres, Paris, New York, Lisbonne, Istanbul, Séoul, Bruxelles, etc., mais s’étend depuis à toutes les grandes villes, Bilbao, Séville, Barcelone, Lille…
Les rénovations les plus spectaculaires sont liées à de grands événements (J.O., Coupe de l’America, expo universelles…) qui suscitent d’énormes chantiers. Mais le phénomène le plus répandu est un grignotage s’étalant sur plusieurs années. Les commerces de proximité, épiceries, boucheries, merceries, bistrots du coin cèdent la place à des boutiques commerce équitable ou gay friendly, des galeries d’art, des bars lounge aux éclairages mauves, enfin des agences immobilières et des banques. Entre la phase de désolation du quartier et sa rénovation, l’installation des squats est le signe d’un moment transitoire, parfois d’une phase de résistance – comme à la Croix-Rousse de Lyon en 1992.
Dans un quartier gentrifié, la hausse immobilière provoque immanquablement l’expulsion des populations pauvres reléguées en périphérie. La population si pittoresque qui fascinait les amateurs de métissage social indispose désormais.
Les pauvres, leurs mauvaises manières et leur jeunesse trop turbulente, doivent déguerpir. La « tolérance zéro » couplée à un citoyennisme hygiéniste est un des moyens de la reconquête  : « Il est désormais interdit de s’attarder en bas de chez soi. […] Il est devenu incongru, pour ne pas dire inconvenant, d’utiliser la rue, non pas pour faire du shopping, mais simplement pour se promener, vadrouiller, traîner, tchatcher, s’engueuler, vivre. La ville se retrouve maintenant sur les guides touristiques de nombreux opérateurs, elle est soucieuse de son image. Et nous nous transformons peu à peu en objets décoratifs pour les photos de milliers de touristes », protestait un collectif lillois alors que leur ville s’était vue affublée du titre de Capitale de la culture en 2004 [2]
Mais à peine le temps d’évoquer la gentrification qu’on nous annonce un fléchissement durable du marché immobilier. Qu’enfin crève la bulle immobilère !

Article publié dans CQFD n°58, juillet 2008.
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[1] Mathieu Van Criekingen,
« Comment la gentrification est devenu , de phénomène marginal, un projet politique global »,
in la revue Agone, n°38/39, « Villes et résistances sociales », 2008.

[2] http://lafeteestfinie.free.fr.





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DE LA GENTRIFICATION
Zou | 2 avril 2009 | http://laragedupeuple.org/coope/?q=...

Salut l’équipe de CQFD…

…du nouveau sur la Gentrification :

 

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