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CQFD N°058


SPORT ET MUSIQUE

ÉMEUTE EN KIT

Mis à jour le :15 juillet 2008. Auteur : Sébastien Dubost.


JEUDI 3 JUILLET, en plein bouclage du journal, et alors que le centre-ville supporte une augmentation sans précédent des patrouillages policiers, se profile l’occase d’une soirée détente. Le Ministère des Affaires Populaires vient faire bouger Marseille au rythme de son rap musette festif. Festif mais pas idiot : ces Ch’tis-là ne se laissent pas enfermer dans la guimauve. Leur dernier simple, « La Chasse est ouverte », dénonce le climat délétère de traque aux sans papiers. La pochette montre Sarkozy et son ministre de l’identité nationale en chasseurs ivres. L’occasion, donc, de remuer le corps sans mettre la tête en chômage. Oui mais voilà. Le même jour, ouvre le Med Business Day, raout réunissant 3 000 entrepreneurs venus de trente-neuf pays. En ces temps de disette, cette réunion de winners salivant à la promesse du gâteau euroméditerranéen a fait résonner plus d’un ventre creux. Seule communication grand public autour de l’événement  : des cars de CRS partout. L’après-midi une petite manif exprime un gros ras-le-bol. Vers 21 heures, une autre foule se presse devant le Balthazar, pour ce concert qui devrait nous changer l’humeur. Oui mais voilà. La salle a quelques soucis avec sa licence. Sur dénonciation, intervient la brigade des bars pour constater le flagrant délit. Dans la salle, associative, elle contrôle personnel et public, registres et cartes d’adhérents. Jusque dans les loges, elle traque les indices de la fraude. Saïd, l’un des chanteurs du groupe, envisage alors d’annuler le show. Le contrôle traine en longueur. Le ton monte. Les railleries fusent. Les « bars et jeux » abrègent et, emmenant la responsable pour interrrogatoire, sortent sous les huées. Le public bloqué dehors les accueille idem.
Oui mais voilà. Un équipage de la brigade canine venu en couverture souffre l’intervention d’un farceur. « Impossible de partir », gémit le chauffeur embarassé, « on nous a piqué les clés ! » Stupeur et ricanements. À l’intérieur, le concert a commencé. MAP exprime le sentiment général : y en a marre ! À peine deux morceaux plus tard, on annonce des gazages dehors. « On sort et on va voir », annoncent nos Lillos. Le public suit. Dehors, c’est le oaï. La BAC est venue en force. Flash-balls, tonfas et gazouses sont de sortie. Les Tuniques bleues sont là aussi. La tension grandit. MAP joue l’apaisement et invite les gens à rentrer débattre. Oui mais voilà. Les gros bras en rajoutent des tonnes. Une petite frappe en veste de treillis enfile des gants coqués et tape du poing dans sa main :
« On y va ?
On va où, m’sieur ? Vous attendez le feu vert pour nous casser la gueule ?
Qu’est-ce que t’as, toi ? »
Un autre culturiste assermenté chuchotte : « Je vous déconseille de discuter avec lui.
— Vous voulez dire que votre co llègue est dangereux ?
— Juste un conseil…
 »
Menaces et insultes accompagnent de sincères coups de tonfas sous quelques nuages de lacrymos.
La police respecte la parité : violence et arrogance pour tout le monde ! Qui sème le vent récolte trois gardes à vue et quelques blessés. Finalement, sous les quolibets et quelques « pin-pon, pin-pon.… », une dépanneuse ramène la canine à la niche.
Plus tard, devant le commissariat du centre-ville [1], on recueille des infos sur les gardés à vue, sous les regards narquois des BAC, visiblement satisfaits de leur soirée.
Aux dernières nouvelles, le sentiment d’insécurité progresse chez les amateurs de musique populaire.

Article publié dans CQFD n°58, juilet 2008.


[1] Navire amiral de la police en Méditerranée », selon le préfet Squarcini, (cf. : CQFD 31, février 2006).





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