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CQFD N°058


MA CABANE PAS AU CANADA

DÉTOURNEMENT DE DÉCHETS

Mis à jour le :15 juillet 2008. Auteur : Gilles Lucas.

Pour soutenir la croissance, la récup’est interdite dans les déchetteries. Michelle s’en fout. Employée par une petite communauté de communes, elle a fait de son lieu de travail un espace d’échanges et de solidarité, où on recycle avant tout le don et le plaisir de la conversation.

Le soleil de plomb frappe la maisonnette perdue au bout de la route tortueuse, au milieu de la garrigue gardoise. « Un verre d’eau fraîche ? » Michelle [1] se lève. « Le frigo est plein de bouteilles d’eau. Vous savez, avec ces températures, après avoir déchargé gravats et autres encombrants, un peu de fraîcheur ça fait plaisir. Ici, je connais quasiment tout le monde. » Pour venir vider ici, dans cette petite déchetterie, il faut être résident d’une des communes de la Communauté de communes. « Je suis là depuis que la législation a fait fermer les décharges municipales, en 2001. » Recyclage ? Elle fait la moue, puis après un instant, confirme pour le verre et les emballages : dans un vaste hangar, des employés, au milieu de la poussière, attrapent au passage les papiers et cartons qui défilent sur un tapis roulant. « Je suis allée voir… C’est l’horreur… Quand mes enfants travaillent mal, je leur dis qu’ils iront là-bas. » Accrochées derrière elle, des petites annonces de recherche de vêtements pour bébés, d’une vieille baignoire pour des chevaux, d’une gazinière.… « En fait, la récupération est interdite. Mais, depuis que j’ai commencé ici, j’ai toujours mis à gauche les choses qui peuvent intéresser des gens. D’ailleurs regardez, devant les bennes, ils laissent d’eux-mêmes des objets qui sont encore utilisables. Ils ont pris l’habitude. »
Ici un canapé encore en état n’a pas été jeté dans la benne des encombrants, là une vieille table toujours solide attend un nouvel acquéreur. Elle poursuit  : « Je fais une espèce de redistribution à ma manière. Directement. J’ai eu une mauvaise expérience avec le Secours Populaire de la ville la plus proche. J’avais rassemblé plein de vêtements pour eux, mais ils m’ont dit que c’était en trop mauvais état et trop loin… Alors,je continue toute seule. » Michelle raconte : « L’automne dernier, il y a un couple qui avait ramassé plein de noix. Ils ont porté des sacs ici pour que tout le monde se serve ». « La suppression des décharges municipales a, au début, posé des problèmes à ceux qui gagnent quelques sous en chinant. Alors, maintenant, il y a du monde qui vient la nuit », explique t-elle en montrant le trou béant dans le grillage. « Au début j’avais plein d’idées. Pendant longtemps j’ai voulu faire un journal pour les gens du pays, dans lequel il y aurait eu des annonces gratuites, où on aurait parlé des choses qui se font près de chez nous, de quelques idées pour moins polluer ou consommer… » Elle sourit. « C’est comme pour les bancs que j’ai demandés. Il y a des personnes âgées qui viennent ici parce qu’elles savent qu’elles vont voir du monde. Je leur offre le café… Pour le journal, pour les bancs, les politiques m’ont dit qu’ils étaient d’accord… et voilà, rien… » Posée à côté d’elle sur la table, une collection de flyers multicolores. « J’annonce tout ce qui se passe dans le coin : videgreniers, fêtes, concerts, événements sportifs, activités associatives, réunions, propositions d’artisans… Avec ceux que je connais, et seulement avec eux, je leur propose des pétitions comme celle à propos de Kokopelli. Mais il faut que je fasse attention quand même… Pour trouver toutes ces informations, il n’y a rien, nulle part. Si cet endroit peut être un lieu d’échanges et de rencontres, alors tant mieux ! »

Article publié dans CQFD n°58, juillet 2008.


[1] Le prénom a été changé.





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