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CQFD N°060


FAUX AMIS

LE POTE QUI DÉMÉNAGE

Mis à jour le :15 octobre 2008. .


C’EST LA CRISE, serrons-nous les coudes ! OK, mais en se les serrant, faudrait voir à pas trop se foutre de la gueule du monde, quand même…
L’autre jour, voilà le Jules qui se pointe au journal et commence à enrôler du personnel pour son déménagement. À part le plus malin d’entre nous, qui avait rendez-vous chez le kiné, tous les présents sont mobilisés sur le champ. Quoi de plus normal, direz-vous. Seulement voilà : selon l’un des participants à cette joyeuse expédition, on aurait dit que l’intéressé avait passé la nuit à imaginer des pièges et des chicanes pour compliquer l’affaire à souhait. Une fois rendue, la fine équipe découvre avec dépit que les cartons ne sont pas faits ! Sans doute retardé par quelque apéro plein de rebondissements au fil des bars qui balisent le trajet entre le marché et ses pénates, notre Jules en a oublié d’emballer ses bouquins (nous parlons ici d’un intello,qui n’a jamais empoigné la moindre truelle et qui possède surtout des livres, des tonnes de livres !). Les déménageurs volontaires descendent donc un sac en raphia synthétique plein de linge sale, ainsi que les chaises. Pendant qu’au quatrième étage le premier intéressé s’affaire autour de sa bibliothèque chérie, ils s’assoient et patientent dans le hall, à mi-distance entre l’ascenseur et le fourgon de location garé à cheval sur le trottoir.
La bête mécanique enfin chargée, on se dirige vers le box loué pour entreposer provisoirement ces tonnes de substantifique moelle. Mais l’entrée du garage est trop basse, le véhicule s’y encastre. Au grand dam du chauffeur, qui a laissé au loueur son numéro de carte bleue comme garantie. On fait marche arrière dans un cri déchirant de tôle malmenée et Jules descend la rampe à la recherche du box. On le voit errer dans le sous-sol, la clé à la main. Pendant ce temps, son ex, quelque peu excédée, commence à décharger les paquets.
Vingt minutes après, l’ami n’est toujours pas réapparu. Son stock de patience largement épuisé, le chauffeur descend à son tour et le trouve, perplexe, planté devant une porte. Il vient de casser la clé dans la serrure. « Je ne me souvenais plus lequel c’était, j’en ai essayé un au hasard… » Le plus drôle, c’est que le portail d’entrée s’est rabattu en claquant derrière le chauffeur. La porte communiquant avec l’immeuble est fermée à clé. Le sésame électronique est impuissant à rouvrir le portail métallique. Le chauffeur, souffrant de claustrophobie, tambourine sur le battant en appelant à l’aide. Le concierge déboule et constate les dégâts. On appelle le proprio du box : parti en vacances dans le département voisin. Pendant ce temps, l’équipe essaie de convaincre le principal intéressé de transbahuter la cargaison vers un autre box, loué à un garde-meuble lors d’une précédente débâcle. Par principe, l’intéressé n°1 rechigne à accepter une idée qui ne vient pas de lui,puis il finit par céder. On file alors jusqu’à l’autre bout de la ville. Là-bas, on se rend compte que les cartons débarqués par l’ex sont restés entassés dans la rampe du premier garage. La tension monte d’un cran. On y retourne. Entre temps, la propriétaire du box à la serrure endommagée est arrivée du boulot. Furax, elle veut porter plainte. La marmite bout, les carottes sont cuites. L’équipe se disloque, entre cris et récriminations.
C’est la crise, oui. Serrons-nous les coudes, bien sûr. Mais faudrait voir à pas trop pousser mémé… L’amitié a ses bornes, pute borgne ! La prochaine fois, on aura tous rancard chez le kiné.

Article publié dans CQFD n°60, octobre 2008.






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