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CQFD N°060


LES AMOUREUX DES BANQUES PUBLIQUES

ROBIN BANKS CONTRE LA PHYNANCE

Mis à jour le :15 octobre 2008. Auteur : Nicolas Arraitz.

« J’AI VOLÉ 492000 EUROS à trente-neuf organismes bancaires à travers soixante-huit opérations de crédit. Si on y ajoute les intérêts, la dette dépasse aujourd’hui les 500000 euros. Je ne la paierai pas. » Au moment où les États s’apprêtent à socialiser les pertes de la haute finance spéculative pour la sauver d’une crise mondiale sans précédent, un jeune Catalan tire sur l’ambulance et se vante d’avoir détourné un joli paquet de fric. Pour l’injecter dans « des mouvements sociaux qui construisent des alternatives » et dans la publication d’un journal éphémère, Crisi, dont 200000 exemplaires ont été distribués gratuitement le 17 septembre dernier dans toute la Catalogne [1]. Gros titre du canard sauvage : « Tu penses que les banques te volent ? Rends-leur la monnaie de la pièce. » Enric Duran, Robin des banques en cavale, risque jusqu’à dix ans de prison. Il a répondu en exclusivité aux questions de CQFD.

D’où vient l’idée de demander tous ces crédits sans intention de les rembourser ?
Un ami m’avait expliqué que les banques n’ont pas les moyens de vérifier les fiches de paie d’un client qui sollicite un crédit. Elles vérifient juste que son employeur existe bien.Il y a trois ans, après m’être intéressé à la crise énergétique et à sa relation avec un système économique qui, en poursuivant une croissance exponentielle, est condamné à aller de crise en crise, j’ai voulu mettre en pratique ce savoir. Après quelques coups d’essai, je me suis lancé. Jusqu’à engranger 492000 euros, extorqués à travers soixante-huit opérations de crédit à trente-neuf organismes financiers [2]. Ça m’a coûté quinze heures de boulot hebdomadaire pendant deux ans et demi d’activité intense. J’ai abusé ceux qui abusent de nous avec le crédit à la consommation. J’ai emprunté de l’argent sous prétexte d’acheter une voiture, de réhabiliter mon appartement. J’ai aussi monté des boîtes fictives pour obtenir des prêts plus importants. L’avantage, dans ce cas-là, c’est que ton nom n’apparaît même pas dans le fichier des mauvais payeurs de la Banque d’Espagne !

Tu pensais depuis le début revendiquer ton action à visage découvert ?
Oui, bien sûr. Sinon, on perd le côté exemplaire de cet acte de désobéissance civile. Il fallait le faire sous mon vrai nom. Le rendre public fait la force de mon action.

Dans quelles conditions imagines-tu pouvoir revenir à une existence publique ?
Peut-être que je ne pourrai jamais retrouver ma vie antérieure… J’espère retourner en Catalogne, mais avant il faut que je gagne mon combat contre l’appareil judiciaire. Si les banques portent plainte, je veux transformer mon procès en procès du système financier.

Quel type de projets collectifs te paraissent aller dans le même sens ?
Il y a des expériences comme celle des squats qui nous permettent à la fois de dénoncer la spéculation immobilière et d’ouvrir des espaces physiques où pouvoir vivre et développer nos activités. Tout projet qui se convertit en expérience vivante, en une autre forme d’organisation sociale, même à petite échelle, est intéressant.

La référence aux braquages des Solidarios [3] des années 20 est clairement libertaire.
Te définis-tu ainsi ?

Nous les avons cités en tant que précurseurs de l’action directe contre les banques. Je sympathise avec pas mal d’idées libertaires, mais je n’aime pas me définir, encore moins m’accrocher à une idéologie fermée. Je crois que ce monde nouveau, il faut le construire avec une interaction entre théorie et pratique. Il n’y a pas de meilleure théorie que celle qui s’appuie sur des pratiques réelles, permettant ainsi d’en inventer de nouvelles. Nous avons beaucoup à apprendre des idées anticapitalistes du XIXe et XXe siècles, mais en les situant dans le contexte actuel.

Comment survivre à la crise financière et au nouvel autoritarisme globalisé ?
Au-delà de la bulle spéculative, il y a une question centrale : les limites de la planète ne permettent pas la croissance infinie qui est la base du système capitaliste. Cette croissance touche à sa fin. Le futur va se construire en gérant la rareté. D’en haut, par un fascisme new-look, ou alors d’en bas. Ça signifie mettre en place des alternatives autour de l’idée de décroissance, par exemple. Nous devons nous organiser et rejeter les solutions imposées, pour que la solution vienne d’en bas. Mon insoumission bancaire fait partie de cette recherche.

Existe-t-il par chez toi des associations de victimes d’interdits bancaires ?
Je n’ai pas entendu parler d’associations ou de

communautés de pestiférés bancaires. Nous avons appelé à en créer dans notre publication et à travers notre forum [4]. Et ça a l’air de bouger dans ce sens-là. Cette camaraderie pourrait soulager l’existence de ceux et celles qui ont cessé de payer, mais aussi en encourager d’autres à le faire et à vivre hors du système. Nous travaillons à construire une forme de vie qui soit viable et qui couvre les nécessités réelles des gens.

As-tu conscience d’avoir dévoilé un moyen jusque-là discret de gagner sa vie sans travailler ?
Je ne crois pas avoir « grillé » ce savoir-faire. J’ai dévoilé une méthode et les banques se méfieront un peu plus dorénavant. Peut-être que l’acte individuel, jusqu’à présent très minoritaire, sera rendu plus difficile, mais le travail d’équipe va se développer, et il a un potentiel bien plus grand. Surtout si nous prétendons changer les choses, et pas juste survivre individuellement. De plus, celui qui pense que les banques vont limiter leurs prêts se trompe lourdement. Les banques ont besoin de prêter pour faire des bénéfices. Précisément, la crise mondiale actuelle est due à une réduction des prêts bien malgré elles…

T’as pas des euros pour financer un journal de critique et d’expérimentation sociales,mené par une équipe de chômeurs allergiques à toute autorité ?
Il ne reste plus grand-chose du fric disponible au départ. Et je ne le gère plus moi-même. Nous le réservons en cas d’imprévu, ou pour réaliser une autre campagne comme celle du 17 septembre. Mais si vous avez besoin de conseils pour mener à bien une action comparable, ce sera avec plaisir. ¡Saludos y fuerza !

Article publié dans CQFD n°60, octobre 2008.


[1] http://polaris.moviments.net:8000/.

[2] La plupart des établissements affectés sont espagnols, mais en parcourant la liste on découvre aussi avec un certain plaisir des noms célèbres tels que Barclay’s, American Express, Cofidis, Cetelem, Deutsche Bank, Carrefour, Volkswagen…

[3] Los Solidarios:ce groupe anarchiste, fondé par Ascaso et Durruti pour mettre hors d’état de nuire les pistoleros du patronat catalan, déroba un demi-million de pesetas à la Banque d’Espagne le 30 août 1923 à Gijón.

[4] http://www.17-s.info.





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Rencontre avec Enric Duran | Toulouse | 21 janvier 2010
ATELIER IDEAL | 18 janvier 2010 | Site internet de l’ATELIER IDEAL

Le jeudi 21 janvier 2010, l’Atelier Idéal, association qui anime le lieu d’expérimentation sociale, politique et artistique « LA CHAPELLE » à Toulouse, accueillera ENRIC DURAN.

A partir de 19h !

Venez nombreux.

http://www.atelierideal.lautre.net/spip.php ?article273

ROBIN BANKS CONTRE LA PHYNANCE
OCL | 13 avril 2009 | Traduction des textes de ¡Podemos ! sous forme de brochure A4, 16 pages, format pdf.
La suite des aventures de Enric Duran, et une traduction de la brochure ¡Podemos ! sur le site de l’OCL sur le lien ci dessous
 

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