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CQFD N°059


INTERVIEW D’UN ATHLÈTE

LE REVERS DE LA MÉDAILLE

Mis à jour le :15 septembre 2008. Auteur : François Maliet.

Aux Jeux Olympiques de Pékin, l’escrimeur français Nicolas Lopez a terrassé à grands coups de sabre un Russe super-balaise qui avait raflé tout l’or d’Atlanta. En demi-finale, rebelote, il pourfend la brute roumaine championne olympique à Sidney en 2000. Mais en finale, le Tarbais finira bêtement embroché par un athlète chinois bien peu accueillant.

À CQFD, on a maté les JO d’un oeil torve, à 3heures du mat’, en rentrant de bringue. Nicolas Lopez, en déclarant avoir mis dans ses valoches pour Pékin Dieu et l’État de Bakounine et Le Droit à la paresse de Paul Lafargue, a attiré notre attention. Mazette ! Un athlète, médaillé de surcroît, qui prend le temps de poser un regard critique sur le monde ! Comment peut-on rejeter un système dont le fondement est la mise en concurrence des individus tout en pratiquant la compétition de haut niveau ? Pas simple quand on a le nez sur sa lame…

Tu cumules escrime et études. Quand arrives-tu à faire valoir ton droit à la paresse ?
Je fais de l’escrime depuis une vingtaine d’années, depuis mes huit ans. Je pratique en parallèle de ma scolarité. Après le bac, je suis rentré en STAPS, la formation des profs d’EPS. Puis je suis rentré dans une formation Sport Com mais j’ai arrêté après deux ans. Je n’avais pas envie de travailler tout court, et encore moins dans cette branche ! Maintenant, j’aimerais apprendre un métier manuel, électricien ou plombier. Une activité que l’on peut reprendre à tout moment, facilement. L’entraînement, en plus de ma scolarité, me prend plus de cinq heures par jour. Je sais que j’ai une activité paradoxale par rapport à mes convictions. Le sport, c’est la compétition et la réussite individuelle. Celui qui travaille plus… gagne ! Et en plus, on représente un pays ! Mais je faisais du sport avant d’avoir des convictions politiques. J’ai évolué, mais j’aime toujours le sport. Cependant, cela me frustre quand je lis Le Droit à la paresse. L’entraînement et la compétition ne me laissent pas encore l’opportunité d’expérimenter d’autres modes de vie, comme ne point dépendre du salariat,par exemple. Mais pour le moment, j’ai envie de continuer l’escrime, du moins jusqu’en 2010, pour les championnats du monde qui se tiendront à Paris. J’aurai alors trente ans, ce sera peut-être un tournant.

En 2007, on t’a proposé d’intégrer le Team Lagardère…
Oui, ils m’ont proposé un contrat de trois ans à 18000 euros par an. Mais je n’avais pas envie de partir de mon club de Tarbes où j’ai été formé. Je trouvais énorme qu’ils achètent un gars capable d’aller aux JO ! C’est voler le travail de mon club. En restant à Tarbes, je gagnais moins qu’avec Lagardère, mais je restais chez moi. En plus, le contrat était très précis et exigeait une exclusivité pour les médias Lagardère. Et puis, je n’avais pas envie de bosser pour un marchand d’armes.

Ces médias t’ont-ils boudé par la suite ?
Non, pas du tout. Ils sont venus me voir après ma médaille d’argent. Ils ont compris mon point de vue, il n’y a pas eu de problème.

Comment as-tu ressenti le gigantisme des JO ? La pub, l’argent, le spectacle… ?
Je vais vous décevoir, mais de l’intérieur, on ne le ressent pas trop. On est dans la préparation de la compétition puis dans la compétition elle-même. On se concentre. Je savais bien ce qu’il y avait autour, mais je ne l’ai pas vraiment ressenti. Si, il y avait un truc hallucinant à côté du pavillon de l’escrime : dans des bâtiments en dur, chaque sponsor pouvait à loisir étaler sa marque. Ils vendaient leur image. Eux, ils n’en ont rien à foutre, du sport !

Qu’as-tu pensé de la polémique sur le boycott des JO ?
Je ne me suis jamais posé la question du boycott. Les Jeux Olympiques se tiennent dans un monde et un système capitaliste, la France aussi, et nous, sportifs, en faisons aussi partie. Alors que ce soit en Chine ou ailleurs… Il fallait une polémique afin de rassurer les gens, de dire : « Attention, on sait », et d’éliminer toute culpabilité. Puis le temps des jeux venu, il ne s’est rien passé, on n’a pas vu de badge sur les sportifs.

Les hommes politiques se sont-ils jamais vraiment posé la question du boycott  ?
Non, il y a trop de business avec la Chine ! Le système fonctionne comme ça, alors pourquoi devrais-je m’autopunir en jetant à la poubelle vingt ans d’entrainement ? Soit tu refuses tout, soit tu es dedans. On me demande souvent pourquoi je n’ai rien fait sur le podium. Celui qui fait ça attire plus l’attention sur lui que sur le problème qu’il veut soulever. Depuis les JO, on connaît plus Robert Ménard que le Tibet !

Penses-tu que « l’idéal olympique » existe réellement dans ce grand barnum ?
Les JO sont une compétition comme les autres, à part bien sûr la couverture médiatique. L’idéal olympique est encore vivant chez certains athlètes, j’en ai vu avoir des larmes aux yeux quand la flamme s’est allumée. Et puis, il y a eu des gestes, comme ces basketteuses russes et géorgiennes posant ensemble alors que leurs pays respectifs étaient en guerre. L’idéal olympique existe peut-être plus chez les athlètes qu’au CIO !

Article publié dans CQFD n°59, septembre 2008.






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